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Quand la santé fait mal
Etre jeune et en bonne santé, c’est bien, mais ça peut aussi se retourner contre soi. Moins de rabais pour les franchises élevées, les bien portants et la classe moyenne vont trinquer. A tel point que la cohésion nationale risque ainsi de boire la tasse.

Par Patrick Baumann, Marc David, Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 13.10.2009

Une explosion. Pas seulement des primes de l’assurance maladie mais, plus grave, de la cohésion sociale. Ce n’est pas un scénario de fiction mais bien une réalité du système de santé helvétique. Moins de rabais pour les franchises élevées, augmentation de primes due essentiellement au rattrapage des erreurs d’estimation des coûts des assureurs, et c’est la classe moyenne qui déguste. Bienvenue en 2010. Avec un chômage en hausse, une crise économique qui s’installe, on a de quoi s’inquiéter d’un système de santé qui en prend plus d’un à la gorge. «Nous sommes face à un problème de financement extrêmement important, estime Alberto Holly, professeur honoraire à l’Institut d’économie et de management de la santé, à Lausanne, qui fait à terme courir un risque à la cohésion sociale de ce pays si les primes se font de moins en moins supportables.» Le système de financement actuel introduit une solidarité qui ne tient pas compte de la classe moyenne. Alors, on en revient à échafauder des modèles de caisses uniques cantonales et le spectre de la prime en fonction du revenu redevient actualité. «Je comprends cette vision des choses, mais mon souci, en tant qu’économiste, est de ne pas confondre une assurance maladie avec un instrument de redistribution. L’Etat, par l’intermédiaire de la fiscalité, couvre 17 % des coûts globaux de la santé. Je suis surpris de constater que l’on n’évoque jamais dans le débat la possibilité d’augmenter cette participation, tout en travaillant, bien entendu, à limiter les dépenses de santé.» En attendant des solutions qui peinent à venir, c’est la classe moyenne qui doit se serrer la ceinture (lire témoignages). F. V.



 

La famille Broquet



+38,5% Augmentation: 232 fr. Enfants: 3 Canton: Vaud


«Notre argent va dans un panier percé»

Très ponctionnée, cette famille de cinq personnes incarne les tourments de la classe moyenne.

Directeur artistique dans un magazine romand, Pierre Broquet (48 ans) le dit d’emblée: il gagne sa vie tout à fait correctement. Avec ses trois filles et son épouse, ce Jurassien d’Yverdon appartient cependant à cette classe moyenne que les nouvelles hausses de primes atteignent de plein fouet.

Sitôt publiés les tableaux détaillant les nouvelles prestations, il a ainsi fait ses comptes. Résultat des courses, sec et sonnant: s’il demeure dans sa caisse actuelle, les primes de la famille passeront de 604 à 836 fr. par mois: 232 fr. d’augmentation mensuelle, soit 2760 fr. par an. «Ce n’est même pas tout à fait sûr, ironise-t-il. Ces caisses qui investissent des millions dans de la pub pour offrir du vin ou des dictionnaires ne sont pas fichues d’envoyer un courrier clair pour nous annoncer nos hausses.» Tout de même, il est resté un peu hébété devant l’ampleur du montant. La cause principale de cette différence? Il dispose d’une franchise élevée, 2500 fr. pour les adultes. «Je ne sais pas encore de quoi nous devrons nous priver. Peut-être de nos deux semaines de vacances en Bretagne…»

Il ne cache pas sa désapprobation: «Je suis solidaire avec les gens plus âgés ou les malades, même si je suis allé une seule fois en vingt ans chez un médecin. Mais j’ai l’impression d’envoyer mon argent dans un panier percé. Tout cela est puant: ces prospectus en papier glacé que les caisses nous proposent, ce manque de transparence. Je suis à fond pour la caisse unique.»

Il a réagi illico. «Depuis plusieurs années, je n’hésite pas à faire du tourisme LAMal. Je vais vite changer pour une caisse plus avantageuse!» M. D.



 

Cathy, 40 ans, Lausanne


+9% Augmentation: 44 fr. 40 Enfants: 2 Canton: Vaud

«Un sentiment d’impuissance terrible»


Pour cette divorcée, la situation ne cesse d’empirer.

Cathy a 40 ans et vit avec ses deux garçons de 8 et 10 ans dans un quatre-pièces à Lausanne, pour lequel elle paie un loyer de 1425 fr. Elle travaille à 60% comme éducatrice. Son revenu, qui comprend la pension alimentaire de son ex-mari et deux subventions pour le logement et les assurances maladie, s’élève à 5240 fr. En juillet 2008, Cathy payait 405 fr. de primes pour elle et ses enfants. En 2009, cette somme a grimpé à 487 fr. 10 (elle a une petite complémentaire non comptabilisée ici), soit une augmentation de 20 %. En 2010, Cathy déboursera 531 fr. 50 pour les mêmes prestations, ce qui fait une nouvelle augmentation de 9 %.

Le subside de l’Etat que touche Cathy (environ la moitié des cotisations) n’est pas ajusté à l’augmentation. «Au contraire, il n’a cessé de baisser à mesure que j’augmentais légèrement mon temps de travail. On n’est pas encouragé, dans ce pays, à travailler plus.»

L’an prochain, la jeune femme risque de perdre totalement cette subvention, car elle va travailler à 80 %. «Nous sommes partis deux fois en vacances, ces dix dernières années, et je paie toujours le séjour en Tunisie de 2008. J’ai envie que mes enfants aient les mêmes loisirs que les autres gamins. Quarante- quatre francs de hausse de primes, ça représente une demijournée de ski en moins. J’espère trouver une assurance moins chère en allant sur les sites comparatifs, mais je ne peux en aucun cas augmenter ma franchise de 300 fr., malgré le fait que je ne vais quasiment jamais chez le médecin. Je n’ai pas 1500 fr. à mettre de côté en prévision d’un coup dur.»

Cathy insiste. «Je ne me plains pas, mais je suis en colère. Un sentiment d’impuissance terrible face à toutes ces augmentations qui ponctionnent mon budget. La classe moyenne à laquelle j’appartiens devrait se révolter!» P. Ba.



 

Valérie Legrand-Germanier, spécialiste santé à la Fédération romande des consommateurs

«Tous les acteurs doivent faire un effort»

Pour cette experte, il ne faut pas hésiter à comparer et, le cas échéant, à changer de caisse.



Les primes augmenteront-elles toujours?

Oui, le progrès médical, les attentes de la population, son vieillissement ont un effet direct sur les coûts de la santé et donc sur les primes. Un bon système de santé a un prix. Mais la hausse peut être freinée par une lutte sans tabou contre les gaspillages et les privilèges.

Où est la solution?

Tous les acteurs doivent faire un effort: le prix des médicaments, des moyens auxiliaires et de la technologie médicale peut et doit baisser. Les réserves des caisses devraient respecter le niveau légal et leurs frais administratifs ne pas augmenter aussi vite que les coûts sanitaires. Les surcapacités et le suréquipement hospitaliers doivent être identifiés et supprimés. Osons aussi évoquer la rémunération des médecins, surtout spécialistes, leur répartition géographique et par spécialité.

Et les assurés?

On ne peut pas nous demander de limiter notre consommation si nous n’avons pas de connaissances médicales! Mais on peut agir sur l’organisation des soins, par exemple en généralisant le système du médecin de famille, ce qui éviterait aux assurés de consulter un spécialiste quand ce n’est pas nécessaire.

Trois cents francs de hausse pour certaines familles en 2010: que faire?

D’abord, comparer les primes et changer de caisse-maladie. Pour les mêmes prestations, on peut économiser jusqu’à 2000 francs par personne et par année! On peut aussi passer au modèle HMO ou du médecin de famille: la prise en charge est excellente et les primes moins chères. Attention à ne pas augmenter sa franchise si l’on n’a pas en banque de quoi payer la franchise et la quote-part: en cas de maladie, les problèmes financiers peuvent devenir graves. M. D.


Comment connaître et comparer vos primes

Pour comparer les offres des différents assureurs, plusieurs sites proposent leurs services. Source la plus officielle, le site de l’Office fédéral de la santé publique (www.bag.admin.ch) et son comparateur de primes (www.primes.admin.ch).

Résolument gratuits et indépendants, les comparateurs de primes de la FRC (www.frc.ch), du magazine Bon à savoir (www.bonasavoir.ch), des émissions de la TSR A bon entendeur (www.tsr.ch) et de la RSR On en parle (www.rsr.ch) garantissent ne recevoir aucune commission des assureurs.

La FRC propose en outre une brochure détaillée. Si vous n’avez pas l’internet, l’envoi de la brochure est accompagné de toutes les primes de votre région, le tout pour 10 fr. (non membres). En cas de doute, une permanence est là. Le numéro de téléphone est le 0900 575 105 (2 fr. 85/min) pour les non-membres. Et le 0848 575 105 pour les membres. Sur place: 35 fr. pour les non-membres, gratuit pour les membres.

Des sociétés privées proposent aussi leurs services. Les plus connues sont www.comparis.ch et www.bonus.ch. Mais elles ne sont pas entièrement indépendantes des caisses-maladie. Elles se financent en partie au travers des commissions dès qu’une personne demande une offre.



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Tags: santé, primes maladie, assurances maladie, franchises, classe moyenne, Suisse Aller en haut de page Haut de page

 

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