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Rapatriement
Quand les vacances virent au cauchemar
Il a suffi d’un peu d’eau par terre et d’un pied qui glisse pour que Sibylle El Mulki, une Rolloise de 55 ans, passe du paradis à l’enfer. A peine débarquée en Tunisie, la Vaudoise s’est retrouvée à l’hôpital, douzième vertèbre dorsale fracturée. Consolation, elle a bénéficié d’un rapatriement cinq étoiles de la Rega.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 07.10.2009
L’avion survole les dizaines de touristes qui se prélassent sur les plages d’Hammamet. Le soleil qui inonde la marina de Yasmine est radieux. En ce dernier jour de septembre, le thermomètre affiche 29 degrés. Tout près, à l’aéroport Habib Bourguiba de Monastir, le Challenger CL 604 de la Rega se pose, une heure cinquante- cinq après avoir décollé de Zurich. Il vient chercher la Vaudoise Sibylle El Mulki, qui n’aura pas profité longtemps des charmes de la cité balnéaire, située à 60 kilomètres au sud de Tunis.
«J'ai bougé mes jambes, mes bras et je me suis dit: «Ouf! Sauvée!»
Sibylle El Mulki
Une fine mais redoutable pellicule d’eau dans le lobby de l’hôtel où elle passe régulièrement ses vacances depuis trois ans a tout gâché. Septante deux heures à peine après son arrivée, c’est l’accident bête, dont personne n’est à l’abri. «L’eau s’est écoulée des plantes qu’un employé venait d’arroser, explique-t-elle. Sur la faïence brillante, je ne l’ai pas vue. Mon pied a glissé et je suis tombée sur le dos. Violemment. J’ai tout de suite ressenti d’horribles douleurs», raconte-t-elle en esquissant un petit sourire qui s’évanouit aussitôt dans une grimace de souffrance.

Alertés par Rolf, son compagnon, les secours sont rapidement sur les lieux. Un gros quart d’heure après sa terrible chute, Sibylle est évacuée par ambulance vers la polyclinique d’Hammamet. Là, un scanner révèle une fracture de la douzième vertèbre dorsale, heureusement sans lésion neurologique. Enserrée dans un épais corset, elle est immobilisée sur son lit. «Vous parlez de vacances, de soleil, de sable blanc», ironise-t-elle, soulagée d’avoir évité le pire: la paralysie. «J’ai bougé mes jambes, mes bras, et je me suis dit: «Ouf! Sauvée!»

Rapatriement à 28 000 francs

Huit jours après son accident, l’un des trois jets-ambulances qui font la fierté et l’efficacité de la Rega est venu la chercher. Après les échanges d’informations entre les médecins de la polyclinique et ceux de l’institution helvétique, Sibylle, donatrice de longue date de la Rega, a été déclarée intransportable par avion de ligne. Même surclassée en première avec accompagnement médical, compromis moins coûteux dont 420 patients ont bénéficié en 2008. Le rapatriement de cette dame coûte environ 28 000 francs. «Mais toutes les assurances maladie réunies au sein de SantéSuisse sont liées par contrat avec la Rega et bénéficient d’un tarif social grâce aux donateurs. 

«Si nécessaire, on se déplace à deux médecins»
Dr Robert Tailleur

Pour l’assurance de Mme El Mulki, le coût réel de son rapatriement serait donc ramené à 19 000 francs, mais en réalité à 13 000 francs car il s’agit d’un vol combiné avec un deuxième patient», explique Ariane Güngerich, porteparole de l’institution. Le médecin lausannois Robert Tailleur, forgé au feu des opérations de sauvetage par dix-huit mois de mission africaine pour Médecins sans frontières et plus d’une centaine d’interventions avec la Rega, renchérit: «Le mode de prise en charge ne repose pas uniquement sur la gravité de l’état du patient.

Il arrive que nous connaissions de grosses difficultés à obtenir des informations médicales fiables. Dans ce cas, il n’y a pas d’alternative au rapatriement par nos soins.» A bord du jet, véritable unité volante de soins intensifs pouvant accueillir quatre patients, deux infirmières, déclarant elles aussi plus de cinq cents interventions chacune, complètent le staff médical. «Si nécessaire, lorsque l’état des patients n’a pas pu être stabilisé, nous nous déplaçons à deux médecins», détaille encore le thérapeute vaudois.

De la chance dans le malheur

Ce n’est pas nécessaire pour Sibylle, employée à la Fédération vaudoise des entrepreneurs, qui fait au passage l’éloge du réseau de santé tunisien: «Tout le monde, tant à l’hôtel qu’à l’hôpital, a fait preuve d’un grand professionnalisme et témoigné de beaucoup d’empathie », souligne cette Rolloise d’adoption. Un soutien, doublé de celui de son compagnon Rolf, qui a contribué à soigner son moral parfois chancelant. «J’ai eu de gros coups de blues. Même si je suis consciente d’avoir eu de la chance dans mon malheur, la situation est difficile à supporter.» Une souffrance que Robert Tailleur et ses assistantes se sont évertués à adoucir tout au long du retour vers Kloten, après avoir rapatrié, au passage, un second blessé, à Bastia, en Corse: un patient victime d’un accident vasculaire cérébral.

Prise en charge par une ambulance sitôt après l’atterrissage à Zurich, Sibylle a été conduite à l’hôpital de Morges et admise en chambre privée, conformément aux prestations de son assurance. Elle évitera l’opération, mais pas une longue période de rééducation et de convalescence dans une clinique spécialisée. «Deux ou trois mois selon les médecins», apprend-elle à Rolf, omniprésent au côté de Sibylle mais qui avait rêvé de circonstances plus heureuses. D’un cinq-étoiles moins médicalisé, les pieds dans l’eau et la tête au soleil…




En chiffres

La Rega, c’est…

L’entreprise la plus aimée des Suisses, 2,14 millions de donateurs, 14 125 missions en 2008.

Le mode de fonctionnement de la Rega est unique au monde. Née en 1952, cette fondation à but non lucratif est financièrement indépendante et ne perçoit aucune subvention. Au contraire, en 2008, elle a versé 5 millions de francs de TVA à la Confédération (7,6% sur les dons de ses membres), impôt qu’elle conteste devant le tribunal administratif. L’institution, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 120 millions en 2008, vit grâce aux cotisations de ses donateurs (72,8 millions) et à l’exploitation de ses interventions (45 millions, parts des assurances maladie).

L’an passé, 2,14 millions de personnes, soit près de 30% des Suisses, ont payé leur cotisation annuelle: 30 francs pour une personne seule, 40 francs pour un couple avec un enfant, ou 70 francs pour une famille. Un record d’adhérentsd’ores et déjà battu. Seule ombre au tableau, les turbulences des marchés financiers ont entraîné un résultat financier négatif de 33,4 millions l’an dernier, perte qui n’altère cependant pas la bonne marche de l’entreprise.

Installée à Zurich-Kloten, mais possédant 10 bases d’hélicoptères à travers le pays, la Rega occupe environ 300 personnes. Sa flotte est composée de 3 jets-ambulances et de 13 hélicoptères. L’an dernier, l’organisation a effectué 14 125 missions. Plus de 10 000 par hélicoptère et 1304 par les avions-ambulances, le solde étant notamment des rapatriements par vol de ligne avec accompagnement médical. Sondage à l’appui, la Rega, atteignable 24 heures sur 24 par le biais du numéro 1414, demeure solidement installée au premier rang des entreprises les plus aimées des Suisses.




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Tags: Rega, Tunisie, vacances, rapatriement Aller en haut de page Haut de page

 

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