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Les témoignages
Que signifie être mère aujourd’hui ?
Le 8 mars prochain, c’est la Journée de la femme. La parole est donc aussi aux mères: comment conçoivent-elles leur rôle, comment vivent-elles leur quotidien?

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 03.03.2010

 

«Les mères doivent sans arrêt justifier leurs choix»

 

Rosella Mouzo, 37 ans, mère de Lea. Coiffeuse de formation, elle est femme au foyer depuis la naissance de sa fille.

«Le rôle de mère, c’est avant tout beaucoup de responsabilités. Le changement est total dans sa manière de vivre, de penser, de respirer. D’un coup, on n’est plus seul. On n’est même plus un couple. On pense avant tout à son enfant. Tout ce que l’on voit, tout ce que l’on sait, on veut le lui transmettre. Les mères d’aujourd’hui ont plus de soutien pédagogique qu’avant, mais elles ont aussi plus de casquettes à assumer. Allaiter ou pas, travailler ou pas, faire garder son enfant ou pas: en cinquante ans, les femmes ont acquis de nombreuses libertés. Nous avons plus de choix, mais en contrepartie nous devons sans arrêt justifier nos décisions. Et les regards sont parfois lourds: «Quoi, tu n’allaites pas? Tu ne vas pas retravailler?» Il faut être forte pour ne pas subir ces remarques au moment où vous êtes le plus vulnérable.

Quand j’étais enceinte de Lea, je pensais retravailler après mon congé maternité. Et puis j’ai changé d’avis, je n’avais pas envie de rater des étapes. Peutêtre en raison de mon âge, parce que j’ai vécu longtemps pour moi, je ne voulais pas que quelqu’un d’autre me raconte le premier mot, le premier pas de ma fille. Ne pas retravailler a impliqué des sacrifices financiers et, surtout, beaucoup m’ont regardée de travers. Mais je ne regrette rien. Bien sûr, nous aurions souhaité que mon mari puisse travailler à temps partiel pour s’occuper plus de Lea. Mais avec nos différences de salaires, ça n’avait aucun sens. Et pourtant, si la biologie donne l’avantage à la mère pour créer des liens avec son enfant, le père doit travailler pour former cette complicité. Il doit s’organiser pour trouver sa place. A force de dialogue, nous faisons fonctionner notre famille.»





 

«Je crois vraiment à l’instinct maternel»

 

Julie Nuoffer, 24 ans, mère d’Arthur. Avant la naissance de son fils, elle ne travaillait pas. Aujourd’hui femme au foyer, elle compte reprendre des études.

 
«Etre mère, pour moi, aujourd’hui, c’est assez compliqué. Mon fils ne dort pas beaucoup, alors parfois je me dis que je prendrais bien mon vélo pour faire autre chose que de rester avec lui. Et puis le matin il me sourit, j’oublie tout, c’est fantastique! Je peux compter sur mon mari aussi, nous formons un vrai trio. Le rôle du père est très important, même si je crois vraiment à l’instinct maternel. Ma mère m’a eue très tôt, et j’avais moi aussi envie d’avoir un enfant jeune, pour pouvoir vivre les mêmes instants que ceux que j’ai partagés avec ma mère.
 
Plus tard, j’aimerais être une mère cool, mais capable aussi d’éduquer, de donner des limites. J’ai vraiment la chance d’être très entourée. Je suis une jeune maman mais tout le monde m’a fait confiance. C’est vrai qu’au début ce n’était pas facile de gérer la masse de conseils et de commentaires qui entouraient chacune de mes décisions. Les médecins, les infirmières, les amis, la publicité, chacun vous dit quoi faire. Il faut alors savoir faire abstraction des autres et vivre ses propres expériences. Au départ, j’ai essayé les couches jetables, mais c’était trop compliqué; je pensais allaiter trois mois, j’ai continué jusqu’à six: peu importe les pressions ou les regards, chacun doit pouvoir faire ses choix sans être jugé. Je ne m’y suis pas prise assez tôt pour qu’Arthur aille dans une crèche. Alors ma famille a proposé de m’aider. Ses deux grands-mères le gardent très souvent et son arrière-grandmère le prend un jour par semaine. Je profite donc de lui et, en même temps, j’ai un peu de répit. J’aimerais reprendre mes études. Je me sens libre de faire ce que je veux. J’ai ce que je voulais et même plus.»




 

«Je n’aurais jamais voulu être mère au foyer»

 

Isabel Loewer, 35 ans, mère d’Arnaud. Infirmière cliniciennne en formation, elle a baissé son taux de travail à 80% après la naissance de son fils.

 
«Etre mère, c’est trouver un équilibre entre l’idéal et la réalité avec ses contraintes. Au quotidien, il faut donc savoir jongler pour adapter la vie de notre famille autour d’Arnaud, notre priorité. C’est super, mais ce n’est pas facile. Avec Mathieu, mon mari, nous avons choisi de travailler tous les deux à 80% pour que chacun de nous passe une journée avec Arnaud sans que cela ne soit un trop grand sacrifice financier. Il va aussi deux jours à la crèche et un jour chez sa grand-maman. Je n’aurais jamais voulu être mère au foyer. J’adore mon travail, je m’y épanouis. Le piège d’une femme au foyer, c’est de ne rien avoir qui ne soit qu’à soi. Et avoir une existence propre, c’est essentiel dans l’équilibre d’une famille.
 
En Suisse, le système est plutôt orienté pour que les femmes restent dans leur foyer. Il y a trop peu de places de crèche, les frais de garde sont énormes et, pour les pères, comme parfois pour les mères, c’est difficile de pouvoir baisser son temps de travail. Si j’ai fait un enfant, c’est pour m’en occuper, mais je trouve que j’ai quand même le droit d’exercer mon métier. Or, si je n’avais pas eu la chance d’avoir des horaires réguliers, je me serais certainement résignée à arrêter de travailler ou à occuper un poste peut-être moins intéressant mais qui me permette d’offrir à Arnaud un mode de garde correct. Les théories qui disent que les mères sont là pour apporter de l’amour et des soins et que les pères sont là pour éduquer et transmettre un système de valeurs, c’est n’importe quoi! Hommes et femmes sont égaux. Les parents devraient apporter affection et valeurs ensemble, se partager ces tâches. C’est là qu’est la cohérence.»




 

«La maternité n’est pas forcément une évidence»

 

Valérie Aymon, 32 ans, mère de Léo. Employée de commerce, elle travaille dans une agence immobilière à mi-temps.

 
«Je n’ai jamais eu de véritable déclic pour être mère. Avoir un enfant me faisait assez peur et, quand je suis tombée enceinte de Léo, après trois ans et demi d’essai, j’ai vécu ma grossesse de manière assez mitigée. J’étais très heureuse, mais très flippée, je me posais beaucoup de questions. Pour beaucoup, la grossesse et la maternité sont une évidence. Mais ce n’est pas vécu ainsi par tout le monde. Pourtant, à la naissance de Léo tout a changé. Je me suis sentie complètement mère, mais j’ai quand même choisi de ne pas allaiter. Chacun devrait être libre de faire ce qu’il veut, d’élever son enfant comme bon lui semble et de pouvoir faire les choix qui lui semblent les meilleurs. Mais je ne vous dis pas le nombre de commentaires culpabilisants: «Quoi, vous ne le nourrissez pas au sein?» En même temps, certaines amies qui allaitaient en public ont elles aussi subi certaines réflexions. Je me sentais libre, mais très observée.
 
Après la naissance de Léo, j’avais envie de retravailler. Rester chez moi, je deviendrais chèvre. Mais le mi-temps, c’est presque un piège. Vis-à-vis de mon mari qui travaille à 100%, je me sens obligée de tout faire à la maison et, au travail, j’hérite des jobs les moins intéressants parce que je ne suis pas constamment là. Et s’occuper de Léo, c’est bien plus intense que de travailler, mais c’est très peu valorisé socialement. Tout comme le sont la présence et l’aide des pères. La preuve? Le nombre de jours accordés au congé paternité. On entend ainsi rarement les gens demander à un père: «Comment ça se passe avec le bain? Comment dort-il?» Ces questions sont posées à la mère, comme si, finalement, les enfants restaient une affaire de femme.»



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Tags: Journée de la femme, 8 mars 2010, mères, mamans, maternité, femme au foyer, femme au travail, allaitement, instinct maternel, père Aller en haut de page Haut de page

 

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