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Rififi à la police jurassienne
Qui veut la peau du commandant?
Le chef de la police jurassienne, Henri-Joseph Theubet, est de nouveau au cœur de la tourmente, accusé d’autoritarisme et d’abus de pouvoir. Le Parlement jurassien demande un audit. Portrait d’un homme chahuté qui ne laisse personne indifférent.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 03.02.2010

«Grossier, autoritaire, irrespectueux», fulminent ses détracteurs, dénonçant un climat délétère au sein de la police jurassienne. Le commandant Henri-Joseph Theubet est depuis la semaine dernière au centre de turbulences qui ont des répercussions jusqu’au Parlement jurassien, mettant en cause son caractère irascible et ses méthodes parfois pour le moins expéditives. Selon la TSR, 17 fonctionnaires de police seraient partis en 2009 et d’autres s’apprêteraient à faire de même dans les mois à venir. Chiffres contestés par le ministre Charles Juillard, issu des rangs du PDC, comme Henri-Joseph Theubet, qui parle lui de onze démissions, toutes dues, dit-il, à des occasions professionnelles ou à des raisons familiales. Avant de tirer à boulets rouges contre la «rumeur», alimentée par des «journaux à scandale et autres torchons» visant son copain de collège, fils de paysan et Ajoulot comme lui, avec qui on l’aperçoit souvent boire le café le samedi matin à Porrentruy.

Mercredi dernier pourtant, 52 députés (contre trois) ont voté un audit destiné à faire la lumière sur la police et les systèmes mis en place par Henri-Joseph Theubet: exigence de quotas d’amendes d’ordre (4000 francs par année par agent) et de dénonciations (50 par année) notamment. Y aurait-il le feu dans la maison poulaga?

HJT pour «agité»

Homme entier, froid et sec selon les uns, pragmatique selon les autres, Henri-Joseph Theubet (ou HJT, pour «agité», ricane-t-on dans les bistrots jurassiens) cristallise en fait les passions depuis plusieurs années. Il faut dire que ce personnage haut en couleur, tête de Turc incontournable du mensuel satirique La Tuile, n’en est pas à son coup d’essai. On lui prête notamment d’avoir eu, durant l’affaire sulfureuse du «pornogate», la peau du procureur général PDC Yves Maître. Ce dernier avait demandé quelques mois plus tôt, sans l’obtenir, la condamnation de HJT lors du procès dit des BMW – une sombre affaire dans laquelle le commandant de la police avait cautionné un système mis en place par son prédécesseur, consistant à immatriculer des voitures au nom de l’Etat pour obtenir un rabais de flotte avant de repasser les véhicules en mains privées. Au printemps 2009, une autre rumeur tenace – et démentie depuis – relayée par Fréquence Jura, affirmait qu’Henri-Joseph Theubet se serait fait pincer à la douane avec 150 bouteilles de vin, en compagnie de deux figures jurassiennes bien connues du PDC, affaire qui aurait été bien entendu étouffée ensuite au plus haut niveau. En août 2003 déjà, lors de la spectaculaire embardée du conseiller national PDC François Lachat à l’entrée de Porrentruy, on accusait le commandant Theubet d’avoir volé au secours de l’ancien ministre en minimisant son alcoolémie… Mais qui veut donc la peau d’Henri-Joseph Theubet?

Cauchemar policier

Quand on pose directement la question à l’intéressé, il ne peut s’empêcher de sourire et de répondre par une pirouette: «Je ne peux pas vous le dire, vu que je n’ai pas encore reçu de lettres anonymes m’annonçant ma mort.» Pris une nouvelle fois dans la tourmente, l’homme veut rester solide comme un roc et, surtout, ne rien laisser paraître. L’œil vif derrière de petites lunettes, la cigarette éternellement posée sur les lèvres, cet Ajoulot de 50 ans donne le change avec les mêmes mots qu’il répète inlassablement: dévouement, travail, résultat, intégration, motivation, avenir. «Il y a des règles pour tuer quelqu’un, des fois la nature s’en charge, parfois c’est la calomnie et la rumeur», déplore-t-il, assurant voir venir l’audit sur la police demandé par le Parlement comme un bienfait. «On va en sortir plus riche», prédit-il. «Si l’on peut ne rien bouger dans le corps de police, combien de temps vat- on tenir comme ça?» s’interroget- il. «Il y a encore des gens chez nous de l’ancienne génération qui ne sont plus dans la philosophie de l’époque actuelle. Moi, je n’ai pas pris un abonnement pour la retraite en entrant dans la police!» s’emporte-t-il encore avant de se défendre face à la tourmente: «Aujourd’hui, on polémique parce que je fais mon métier. Certains n’ont pas su comprendre mon message et ne l’ont pas intégré. Que voulez-vous, j’ai adapté au corps de police les méthodes du secteur privé dans un monde qui est régi par les règles du secteur public. Tout cela ne plaît pas du tout à certains. Je dois préciser que nous n’avons jamais proposé une mesure de licenciement ou de non-reconduction d’un agent dans sa fonction…»

L’homme affiche une volonté invincible de surmonter les obstacles les plus ardus. Il vise un but, dit-il, l’excellence de la police jurassienne, et n’entend pas changer de cap. Ordre, sens de la précision, logique, disséquant et soupesant les moindres détails: c’est sa méthode, qu’elle plaise ou pas. «Je ne vais pas capituler, confie-t-il; 95% des employés du corps de police font bien leur travail. Ceux qui bossent dans cette boîte n’ont jamais eu de problèmes, mais certains n’ont pas encore compris que policier, c’est un métier difficile. Dans les séances de recrutement, quand je demande à un jeune homme pourquoi il veut entrer chez nous et qu’il me dit que ce métier l’a toujours fait rêver, je lui réponds: «Il vous faut rentrer chez vous, rester dans votre rêve, parce qu’ici vous allez cauchemarder.» Il y a un mythe derrière ce métier, mais dans la réalité, vous savez, c’est dur. On ne peut pas se laisser aller à des sentiments, on doit être très strict. Moi, je construis en permanence, je positive, j’aime le dynamisme. Je suis chargé d’une mission, y compris chargé des embêtements qu’on peut avoir, mais j’assume. Je n’ai pas choisi cette fonction pour être aimé.»

«Je n’ai jamais voulu tuer personne»

Depuis plus de vingt ans au service de l’Etat jurassien, Henri-Joseph Theubet a été tour à tour juge, juge d’instruction et chef de l’office des véhicules. On lui a prêté l’ambition d’avoir voulu être procureur, ce qu’il dément énergiquement. Le commandant de la police jurassienne donne l’image d’un homme qui veut jouir de l’existence plutôt que la subir. «Je suis impatient, il faut que ça avance, admet-il. La vie est courte, il y a assez de gens qui traversent l’existence sans rien amener.» Il avoue avoir «du plaisir à se lever chaque matin et à aller de l’avant» et revendique avec fierté ses racines campagnardes. «Le bon sens paysan, dit-il, certains l’ont un peu oublié. A l’époque où j’étais juge, quand j’avais un dossier difficile, il m’arrivait d’aller me ressourcer sur mon tracteur.» Des défauts? Il n’en reconnaîtra qu’un seul: «On peut admettre que je suis prompt.» Sanguin? «Non, je n’ai jamais voulu tuer personne, ironise-t-il, mais une chose est sûre, je ne laisserai jamais la médiocrité prendre le dessus.» Mais est-il toujours compris de ses troupes? «Si quelqu’un ne veut pas comprendre, il ne comprendra jamais. Moi, je peux vous donner des listes de gens qui vont bien et qui sont prêts à le dire. Il n’y a pas une catégorie de gens qui bossent et une autre qui les regarde bosser.»

Avant de nous quitter, samedi dernier, et d’aller rejoindre ses deux enfants, âgés de 9 et 13 ans, il confiera encore sa philosophie de vie: «Permettre à chacun de s’en sortir.» Pas sûr que ses ennemis, qui rêvent de le voir tomber de son piédestal, la partage intégralement. 




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Tags: Jura, police, Henri-Joseph Theubet Aller en haut de page Haut de page

 

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