L’insoutenable suspense aura duré jusqu’au bout. Par où et avec qui Max Göldi, l’otage suisse en Libye sorti de prison vendredi dernier, allait-il pouvoir regagner son pays? Via Madrid en compagnie de Micheline Calmy-Rey et de son homologue espagnol Miguel Moratinos, afin de remercier ce dernier pour le rôle déterminant qu’il a joué dans cette affaire? Via Milan, le Cavaliere Silvio Berlusconi essayant en dernière minute de tirer la couverture à lui? Ou plus discrètement en prenant un vol de ligne, comme l’avait fait avant lui son compagnon d’infortune Rachid Hamdani, histoire de priver tout le monde d’un retour triomphal? C’est finalement un scénario mixte avion de ligne - avion officiel qui s’est réalisé. Jusqu’au bout, le colonel Kadhafi aura donc réussi à brouiller les pistes tout en dictant sa loi.
Bien décidé à faire payer la libération de Max Göldi au prix fort, le fantasque monarque a exigé et obtenu la signature d’un accord extrêmement contraignant pour la Suisse: excuses réitérées, création d’un tribunal arbitral chargé de faire toute la lumière sur les circonstances de l’arrestation de son fils Hannibal, en juillet 2008 à Genève, voire même versement à celui-ci d’un important dédommagement financier.
L’ardoise est salée, mais l’objectif prioritaire est finalement atteint: les deux otages suisses détenus en Libye ont pu rentrer chez eux, sains et saufs.
Quelles leçons peut-on tirer de cette pénible affaire?
Que, sur le terrain politique, la naïveté se paie cash. Candeur de la police genevoise tout d’abord qui, sous couvert de bons sentiments, a traité le fils d’un chef d’Etat arabe comme un criminel de droit commun. Car, s’il est bien sûr injustifiable de battre ses domestiques comme plâtre, le premier flic genevois venu sait bien que la pratique n’est pas rare dans l’entourage des princes arabes, hôtes réguliers de la ville du bout du lac. Candeur du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz ensuite, qui, n’écoutant que son cœur et son courage, essuya une cinglante humiliation en se piquant d’aller jouer les Zorro en solo à Tripoli.
Plus positivement, l’affaire a démontré que, seule, la Suisse ne peut plus grand-chose sur la scène internationale, mais qu’en s’appuyant sur ses voisins et alliés européens elle peut obtenir infiniment davantage.
Une vérité dont nos deux otages en Libye se feront à coup sûr les ambassadeurs éclairés.
En attendant, nos pensées vont à Max Göldi qui, après 695 jours de séquestration, a enfin pu retrouver les siens. Grâce à sa sérénité naturelle et à une saine discipline de vie, il sort de cette épreuve avec une dignité qui force le respect. Chapeau, monsieur Göldi.