C’est une fille du soleil dont le sourire rayonne sur tous ceux qui
la croise. Discrète, timide, Lynn a pourtant osé frapper à la porte des
bureaux d’Alain Morisod. «Nous sommes voisins à Genève, et c’était
juste une relation d’amitié.» Mais de quoi peuvent bien parler deux
musiciens passionnés? En découvrant les projets de la chanteuse,
Morisod, qui n’a pourtant jamais produit personne, se propose d’assurer
la direction artistique du nouveau disque et propose même qu’il
s’enregistre à Cuba. Un retour aux sources pour la jeune femme née à La
Havane, et un retour dans le légendaire studio 101, monument historique
dans lequel furent enregistrés bon nombre des chefs-d'œuvre de la
musique cubaine et dans lequel Lynn enregistra en famille son premier
disque, De todo un poco. Ensuite de quoi elle suivit son père
guitariste et sa soeur pianiste pour une tournée de dix ans à travers
le monde. L’Amérique, l’Asie et aussi l’Europe, où elle rencontre Mark,
son amour, qui, il y a maintenant quatre ans, lui fait poser ses
valises à Genève.
Emballé de brun comme un bon cigare, le disque
ouvre sur Hasta siempre commandante, célébrissime hymne à Che Guevara,
composé en 1965 par Carlos Puebla, au moment où le compagnon de Fidel
Castro quittait Cuba pour l’Afrique… A la question de savoir que
représente pour elle ce standard de la chanson révolutionnaire, Lynn
lâche son charmant sourire: «C’est une mélodie très jolie et surtout
très contagieuse! On nous la demandait partout dans le monde; c’est
Alain qui a eu l’idée de l’inclure.» Question politique, elle ne
souhaite pas en dire davantage. «A Cuba, j’ai eu une enfance
fantastique, avec mes parents, mes grands-parents, une famille très
unie. J’ai commencé la musique à 8 ans, j’ai pu suivre les cours de la
meilleure école (cours de piano, de chant et de direction de choeurs).
Bien sûr, la vie quotidienne est difficile, mais partout dans le monde
il y a des injustices qui me touchent, ce n’est pas spécifique à
Cuba... Moi, je fais seulement de la musique et pas de politique.»
Accompagnée d’une solide brochette de musiciens locaux (le grand
Augusto Enríquez a même prêté son concours), Lynn donne de ce tube une
version entraînante, détournant le boléro original vers un cha-cha-cha
plus dansant.
La chanson française version latino
Le reste du disque est du même tonneau, mélange de
variété et de rythmes traditionnels. «Je ne suis pas une grande
amatrice de salsa, je préfère son ancêtre, le son, et toutes les
musiques que l’on entendait à Cuba dans les années 30, 40 et 50.» Parmi
les classiques revisités à l’ancienne, le Piensa en mi, composé en 1937
par le Mexicain Agustín Lara et redécouvert dans la BO du film Talons
aiguilles de Pedro Almodóvar.
Depuis son installation en Suisse,
Lynn a aussi découvert la chanson française. «A Cuba, on ne connaissait
guère qu’Edith Piaf et Charles Aznavour.»
Guidée par son mari,
elle donne une délicate version en espagnol du Je l’aime à mourir de
Cabrel. Et, de Souchon, elle reprend le Y a d’la rumba dans l’air en
préservant au maximum son rythme latino.
C’est peu dire que la
chanteuse s’est bien intégrée à son nouveau monde. Certains se
souviennent encore qu’en 2007 Lynn a bien failli, avec la chanson Angel
with No Wings, représenter la Suisse au concours Eurovision (finalement
DJ Bobo fut sélectionné).
Si le disque précédent fut celui de la
rupture – nouveau pays, nouvelle langue, nouvel amour – celui-ci,
beaucoup plus abouti, marque à la fois un retour aux sources, un
équilibre retrouvé et un nouveau départ. Le grand Alain Morisod ne s’y
est pas trompé.