Voilà deux mois déjà qu’il est rentré chez lui. Mais pour la première fois Rachid Hamdani, l’un des deux otages suisses retenus en Libye, raconte: sa détention, sa libération et comment, après cette sombre parenthèse de 583 jours, la vie a repris son cours (lire son témoignage exclusif recueilli par Frédéric Vassaux en page 28).
A bientôt 70 ans, l’homme affiche une étonnante sérénité. «Cela ne sert à rien de ressasser, il faut oublier. Ces dix-neuf mois font désormais partie de ma vie», souligne-t-il avec philosophie. A son retour, il a découvert la maison de son fils, dans la Broye fribourgeoise, qui n’était encore qu’un chantier lorsqu’il est parti. Il a aussi fait la connaissance de deux de ses petits-enfants, nés pendant sa captivité.
Mais durant ces deux mois il a surtout… voyagé et voyagé encore, histoire de rendre visite à ses nombreux amis établis aux quatre coins du monde! Exactement comme il le faisait auparavant… Ni thérapie ni soutien psychologique, Rachid Hamdani s’efforce simplement de tourner la page, comme l’ont fait d’autres otages suisses avant lui.
Elio Erriquez et Emmanuel Christen, vous vous souvenez? Emprisonnés dans les geôles du Hezbollah au Liban durant 308 jours, ils ont été libérés en août 1990. Vingt ans plus tard, tous deux sont devenus pères de famille et se sont reconvertis avec succès, même si cela n’a pas été sans mal. Elio a tourné le dos à son métier d’orthopédiste pour devenir ambulancier à Genève, alors qu’Emmanuel, lui, est resté fidèle en ouvrant un centre d’orthopédie dans la campagne zurichoise. D’un commun accord, ils ont préféré espacer leurs relations afin d’éviter de trop remâcher les douloureux souvenirs de cette année noire. Pour que la vie continue…
«Ni thérapie ni soutien psychologique, Rachid Hamdani s’efforce simplement de tourner la page»
Seul le temps permet de cautériser la plaie ouverte par tous ces jours, ces semaines, ces mois, ces années volés, rayés de la biographie. Ainsi il a fallu une vingtaine d’années à l’écrivain-journaliste Jean-Paul Kauffmann – qui demeure le plus célèbre des otages français au Liban, où il a été séquestré durant trois ans – pour évoquer sa captivité dans l’un de ses ouvrages.
Reprendre une vie normale, tourner la page: c’est à quoi doit rêver Max Göldi, le compagnon d’infortune de Rachid Hamdani, toujours enfermé au sous-sol d’une prison de Tripoli, sans téléphone, sans ordinateur, coupé du monde. Théoriquement, son calvaire devrait prendre fin dans deux mois, lorsqu’il aura purgé sa peine, prononcée le plus arbitrairement du monde.
A moins que Kadhafi ne trouve un autre prétexte loufoque pour retenir encore un peu cet otage dont il fait le pire des usages depuis 642 jours (ce mercredi). Tenez bon, Max!