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2009: Roger Federer l’homme de l’année
Il a triomphé à Roland-Garros, reconquis son titre à Wimbledon et sa couronne de numéro un, battu le record de victoires en Grand Chelem, s’est marié et est devenu père de jumelles. Roger, «what else»?

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 21.12.2009
Lundi 1er juin 2009, 14 h 31. Huitième de finale du tournoi de Roland-Garros, Roger Federer contre l’Allemand Tommy Haas. Le coup droit du Suisse sort d’un bon mètre des limites du court. Sous le soleil de juin, Federer n’est que l’ombre de lui-même. Il est mené deux manches à rien, quatre jeux à trois dans le troisième set et 30-40 sur son service.

L’odeur de la défaite se répand aux alentours du stade de la porte d’Auteuil. Un parfum de révolution flotte sur ce long week-end de Pentecôte. Samedi, l’ambitieux Serbe Novak Djokovic a mordu la poussière. Dimanche, l’échassier suédois Robin Söderling a décapité le tournoi: exit Rafael Nadal, quadruple vainqueur des Internationaux de France, invaincu à Roland-Garros depuis trente et une rencontres et numéro un mondial.

Pour Federer, l’élimination de Nadal est une aubaine. Dans leurs face-à-face en Grand Chelem, le jeune Espagnol reste sur trois victoires consécutives à Roland-Garros, Wimbledon et, en début d’année, à l’Open d’Australie. A Melbourne, Roger en a même pleuré. Cette fois, l’occasion est trop belle de remporter enfin le seul titre qui manque encore à son incroyable catalogue. Tommy Haas ne devrait pas être un obstacle insurmontable; Federer a gagné leurs sept dernières confrontations.


 
Mais l’Allemand mène 7-6 7-5 4-3 et vient d’obtenir une balle de break. Si Federer perd ce point, il perd le match. S’il perd le match, il perd pied. Depuis le début d’année, il n’entend que ça: il est usé, il doit trouver un entraîneur, son clan ne le stimule pas assez. A Melbourne, surpris que sa défaite contre Nadal ait été perçue comme une passation de pouvoir, il a convoqué la presse suisse. «J’ai encore des buts dans le tennis!» N’empêche… Blick se plaint de sa vie trop normale. On se réjouit presque lorsque, début avril à Miami, il casse sa raquette. Son ancien entraîneur, Peter Lundgren, estime qu’il a «besoin d’un cerveau nouveau à ses côtés». Les défaites se succèdent: sept déjà depuis le début de l’année. Ici même, au deuxième tour, il a  souffert mille tourments pour venir à bout de l’Argentin José Acacuso. «On le sentait vulnérable», se souvient Mathieu Eschmann, l’envoyé spécial de Radio-Cité, un ancien camarade de Federer au tennis-étude d’Ecublens.

Ce n’est pas qu’il joue mal. Dans le premier set, il a aligné six jeux blancs consécutifs. Vingt-quatre points de suite, c’est même un record, un de plus. Mais il a perdu la manche au tie-break…

Ce n’est pas qu’il joue mal, c’est juste qu’il n’est pas vraiment dans la partie. «Un sale match, se souvient Mathieu Eschmann. Haas le maintenait à distance, imposait un faux rythme. Federer semblait endormi.» Tout en haut du central, l’ancien joueur Arnaud Boetsch fait la même analyse au micro de France Télévision. «Roger n’était pas bien, cela se sentait dans son coup de raquette. Sa nervosité était évidente.»

Le Bâlois s’agace et multiplie les fautes directes. Il a donné la deuxième manche à son adversaire sur un coup droit dans le filet. C’est encore un coup droit raté, «boisé» cette fois, qui procure une balle de break à Haas dans le troisième set.

Il a peur pour Mirka


Il est 14 h 31 et le public ne peut réprimer un «oooh» navré. Tout le stade est derrière lui. La veille, ils étaient tous pour Söderling contre Nadal. En finale, ils oublieront le Suédois. Depuis trois ans, ils poussent Federer à réussir son pari. Ils veulent le voir brandir la Coupe des mousquetaires, ils veulent être témoins de l’histoire. Ils scandent: «Roger! Roger!» Mais l’histoire ne se convoque pas en tapant dans les mains…

Le Suisse ne cille pas. A peine adresse-t-il un furtif coup d’œil vers la loge où est installé son clan. Ses amis les plus proches sont là. Ce sont ceux du premier cercle, les rares qu’il a invités à son mariage avec Mirka, le 11 avril à Bâle. Reto Staubli, son témoin, Séverin Lüthi, son entraîneur, Tony Godsick, son agent. Yves Allegro, le grand frère qu’il n’a jamais eu, n’aime pas venir. «Sur les gros tournois, il y a trop de monde autour de lui, alors j’évite de le déranger.» Mais il est là.

Le clan sait comment le prendre. Sait qu’il ne faut pas s’enflammer, ne pas lui répéter que c’est son année. La veille, c’est sur la table de massage puis dans le taxi qu’il a suivi la chute de Nadal. Arrivé à son hôtel, place Vendôme, personne ne lui en a parlé. «J’ai besoin de cette stabilité autour de moi», répète-t-il.

Dans la loge, il y a évidemment Mirka, et son éternel gilet de laine rose. Mais sa robe turquoise dessine un arrondi inédit; elle est enceinte. Personne ne le sait encore: le couple attend des jumelles pour l’été. Un stress de plus pour Federer. Il ne l’avouera qu’après la naissance, le 22 juillet. «J’avais peur, vraiment. Je suis arrivé à Paris avec cette appréhension: nous devions traverser Roland-Garros et Wimbledon, j’avais besoin de Mirka à mes côtés et il fallait que tout se passe bien. Nous n’étions pas en Suisse, où je voulais que mes filles naissent, ça pouvait arriver à tout moment.»

Tout se joue donc à cet instant précis. De l’autre côté du filet, Tommy Haas en est parfaitement conscient. «Roger savait que c’était le moment, ou il pouvait faire ses valises.» La première balle de service est bonne. Le fruit d’une préparation intense durant l’hiver. «Après la saison dernière, racontera Federer, j’ai eu un feeling. Je me retenais, mon corps avait peur. J’ai demandé à Seve (ndlr: Séverin Lüthi) et à Pierre (Paganini, son préparateur physique) de me faire travailler le service et le jeu de jambes à fond. Parce que ma tête avait besoin de savoir que mon corps tenait. Et si ça cassait, au moins j’étais fixé.»

«Après ça, je me suis dit: OK, je vais gagner ce match»
Roger Federer

Le retour de Haas est bien ajusté. «J’étais prêt, dira l’Allemand en conférence de presse. J’ai bien retourné: pas trop de risque mais profond quand même.» Excentré dans le coin gauche du court, Federer se décale sur son coup droit et tente une frappe décisive. En tribune de presse, Mathieu Eschmann donne un coup de coude à son voisin Marco Keller, de Sportinformation. «On s’est regardés, l’air de dire: quel coup de poker! Ce qui est hallucinant, c’est que Roger venait de rater un coup similaire sur le point précédent. Et il le retente droit derrière!»

La balle s’écrase sur la ligne. Egalité. Roger Federer s’encourage en français. «Allez!» Son poing martèle lentement l’air. «Mon premier vrai point du match. Après ça, j’ai su que j’allais gagner.» Haas semble l’admettre. «Ça, c’est du Federer…» constatera-t-il mi-dépité, mi-admiratif. Dans la loge, Yves Allegro a bondi. «Elle aurait pu finir n’importe où, cette balle… Ça se joue à tellement peu de chose parfois.» Bluffé, Mathieu Eschmann hésite: «Est-ce un coup de génie ou l’expression d’un certain désespoir?»

Le match a tourné. Tout va alors très vite. Federer remporte neuf jeux consécutifs. Une heure plus tard, il quitte le court en vainqueur. Il bat ensuite Gaël Monfils, Juan Martín del Potro («il est bousculé mais il ne perd pas un pouce de terrain, comme s’il était sûr de sa victoire», note Eschmann) et Robin Söderling en finale, le dimanche 7 juin. «Avant la finale, il est venu tranquillement parler avec moi dans le vestiaire. Je n’en revenais pas», témoignera le Français Sébastien Grosjean.

Il enchaîne avec Wimbledon. Le 5 juillet, il remporte une finale incroyable contre Andy Roddick. Le plus beau match de l’année, selon l’ATP. Son quinzième titre du Grand Chelem, mieux que Pete Sampras. Le 6, il récupère son rang de numéro un mondial. Il a triomphé de ses détracteurs. «J’avais raison et vous aviez tort», ne manque-t-il pas de leur rappeler.

«Au fond de lui, il savait qu’il allait réussir»
Arnaud Boetsch

Peu après la naissance de ses filles Charlene et Myla, il s’étonne. «L’autre jour, j’étais sous ma douche et je me disais que je n’avais pas eu le temps de savourer Wimbledon et mon record en Grand Chelem.» Mais le temps est une notion relative, qui se contracte et se dilate. Le 1er juin, à 14 h 32, l’éternité fut contenue dans une fraction de seconde. Sur la vidéo de France Télévision, on entend peu Arnaud Boetsch. Peut-être le Français de Genève se remémorait-il alors un épisode similaire de sa carrière, lorsqu’il sauva trois balles de match contre la Suède avant d’offrir la Coupe Davis 1996 à la France. «Cela ne dure qu’un instant, mais beaucoup de choses traversent l’esprit. Ce ne sont pas des mots, plutôt des sensations, des concepts. Philosophiquement, on est prêt à vivre cet instant parce qu’il a une logique, parce qu’il représente un aboutissement vers lequel on tend depuis si longtemps. Federer devait gagner. Il ne pouvait pas rater ce point et je pense qu’il le ressentait intérieurement.»

DÉCOUVREZ FEDERER EN QUATRE VIDÉOS

Roland-Garros, le 1er juin, 14 h 31: le point clé qui change tout

US Open 09 - Federer vs Djokovic: "LE" Passing Shot

Quand Roger chante et fait chanter son public



Le fou rire de Roger


Le fou rire débute après 1 minute 30, lorsque le journaliste se met à parler espagnol pour la version hispanophone de CNN.



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Tags: Roger Federer, tennis, Roland-Garros, Wimbledon, Grand Chelem, bébés, jumelles, rétrospective, rétro, 2009 Aller en haut de page Haut de page

 

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