Recherchez
« Article précédent Article société n°94/135 Article suivant »
RÉ­­MUNÉRATION
COMBIEN JE VAUX VRAIMENT
Etes-vous assez payé? Combien estimeriez-vous devoir gagner dans l’idéal? Pour en avoir le coeur net, nous avons questionné les Romands. Sans pudeur, ils nous dévoilent ce qu’ils rêveraient de percevoir.

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 21.09.2010

Le temps, c’est de l’argent, paraîtil. Et pourtant ces Romands croisés dans la rue ont accepté de nous sacrifier une poignée de minutes qui vaut de l’or. Leurs réponses à nos «combien gagnez-vous» et «combien trouveriez-vous juste d’être payé» sont précieuses. Elles dévoilent des fragments d’un rapport d’habitude secret: celui que l’Helvète entretient avec sa fiche de paie. En Suisse, le salaire médian est de 5823 francs: la moitié des salariés gagnent moins que cette somme et l’autre moitié davantage. Pour Aldo Ferrari, secrétaire régional d’Unia Vaud, les gens sont relativement mal payés dans notre pays. Quel salaire faudrait-il alors percevoir pour bien vivre? «Six mille francs, grosso modo, évalue le syndicaliste. Nous militons donc pour une hausse des salaires de 3%.» Surprise, chez notre petit panel de Romands, la plupart se déclarent globalement satisfaits de leur rémunération. Même ceux qui osent s’attribuer une augmentation avouent que, finalement, l’argent ne fait pas forcément le bonheur, car l’essentiel est ailleurs. Gagner plus n’est alors que le moyen de vivre mieux ou de réaliser ses rêves. Et ce n’est pas la poursuite de la richesse ou la quête d’une reconnaissance à travers la valorisation salariale qui s’inscrit en filigrane dans le montant souhaité par nos interviewés. Pour les Romands interrogés, «combien je vaux», c’est avant tout «quel montant je devrais toucher pour être heureux».

ARGENT ET BONHEUR

«De nombreuses études montrent que le salaire n’est de loin pas le premier facteur de motivation au travail, confirme Isabelle Agassiz, consultante en ressources humaines au cabinet Didisheim, psychologues du travail et consultants RH. Il arrive bien après les responsabilités, les tâches à effectuer, la valorisation sociale de l’emploi, les relations tissées au travail.» Des facteurs essentiels au bonheur de celui qui se lève tous les matins pour aller travailler. Ce sont ces liens qu’explore une nouvelle spécialisation: l’économie du bonheur. «Le postulat, c’est que plus le salaire est bas, plus le revenu est lié au sentiment de bonheur, explique Bruno Frey, professeur d’économie à Zurich et pionnier dans le domaine. A l’inverse, plus le salaire est haut, plus ce lien devient relatif.» Aux Etats-Unis, une étude récente fixe à 75 000 dollars (76 000 francs) le seuil au-delà duquel il n’y a plus de bénéfice en termes de bonheur à gagner plus. «Cette somme n’est pas transposable en Suisse», avertit pourtant Bruno Frey. Impossible donc de déterminer chez nous le montant du salaire idéal qui nous permettrait d’atteindre le pic de l’épanouissement! «La perception du bonheur dépend aussi de l’environnement, concède le professeur. Entouré d’individus qui gagnent le même salaire que vous, vous serez plus heureux que si vous êtes le plus pauvre de vos amis. Même si dans le second cas vous gagnez plus que dans le premier.»

Tout est histoire de comparaison, donc. Soi et l’autre. «Pour évaluer sa valeur, il faut se connaître et identifier ses compétences. Mais aussi être au fait du marché, des attentes de l’employeur, de la culture de l’entreprise à laquelle vous appartiendrez», énumère Isabelle Agassiz. Et si le bilan de cette difficile équation vous frustre, à vous d’identifier l’origine de ce sentiment. Et d’y remédier. Car tous les experts sont unanimes: même en temps de crise, pas question de se dévaluer. Vous le valez bien.

 

 


 

* Tous les salaires suivants exprimés sont les salaires bruts actuels


 

José Carrasco, 39 ans, ouvrier agricole, 63 h/sem., Saxon (VS)

Salaire actuel: 3200 fr.*

«Je travaille entre onze et douze heures par jour, dehors, par tous les temps. C’est un travail très pénible et très physique. Et ici la vie est si chère. Ces 4500 francs que je pense mériter, je ne les aurai jamais!»


 

David Barraud, 20 ans, apprenti graphiste 4e année, 37½ h/sem., Lonay (VD)

Salaire actuel: 1000 fr.*

«Dans l’entreprise où je bosse, deux employés s’en vont. C’est moi qui devrai assumer le surcroît de travail. Et 10 000 c’est le prix de mon rêve: partir aux Etats-Unis.»


 

Isabelle Gaucher, 35 ans, coach sportif, 42½ h/sem., Gland (VD)

Salaire actuel: 6000 fr.*

«J’ai dû passer par plusieurs formations et je gère une équipe de dix personnes, ce qui comporte son lot de stress!»


 

Cynthia Vautravers, 24 ans, vendeuse en textile, 80%, 32 h/sem., Lausanne

Salaire actuel: 3500 fr.*

«Pour la vente, mon salaire est assez élevé et j’ai en plus un abonnement de train payé, mais j’aime voyager, et plus de sous, c’est plus d’aventures!»


 

Sébastien Gachet, 34 ans, gérant d’un magasin de sport, souvent plus de 41 h/sem., Fully (VS)

Salaire actuel: env. 7000 fr.*

«Je m’éclate dans mon job et j’ai un bon niveau de vie. C’est le pied!»


 

Ana Pinto, 20 ans, étudiante et vendeuse dans le Denner familial, heures variables, salaire fixe, Bulle (FR)

Salaire actuel: 1100 fr.*

«C’est un marché avec mes parents, qui convient aux deux parties: ça les dépanne, ça m’arrange.»


 

Gino Appice, 50 ans, électromécanicien, 42 h/sem., Morges (VD)

Salaire actuel: env. 6000 fr.*

«En fonction de la hausse du coût de la vie ces trente dernières années, il faudrait adapter les salaires.»


 

Rose-Lise Varone, 50 ans, aide-soignante, veilleuse de nuit, 33¾ h/sem., Savièse (VS)

Salaire actuel: 4500 fr.*

«J’aime ce métier dur que je pratique depuis trente ans. Si je gagnais plus, ça partirait pour les impôts, alors…»


 

Marjanko Mabzovski, 41 ans, jardinier, 42 h/sem., Vevey (VD)

Salaire actuel: 5000 fr.*

«Ma femme est concierge et j’ai deux enfants: on s’en sort, mais c’est un peu limite. Mon salaire est correct, mais avec 1000 francs de plus, on vivrait mieux.»


 

Fabienne Moret, 41 ans, logopédiste pour adultes indépendante, 42 h/sem., La Tour-de-Peilz (VD)

Salaire actuel: 5200 fr.*

«8651 francs, c’est ce que gagne un logopédiste pour enfants. La différence, c’est que eux sont payés via les cantons et nous via les tarifs imposés par les caissesmaladie. Et cela alors que notre formation est plus longue. Cette différence, je la trouve scandaleuse, bien que je sois passionnée par mon travail. Je pleure à chaque déclaration d’impôt.»


 

Alexandre Vienne, 25 ans, ingénieur en chimie HES, 40 h/sem., La Tour-de-Trême (FR)

Salaire actuel: 6240 fr.*

«Depuis que j’ai signé mon contrat, j’ai acquis de l’expérience et gagné en responsabilités.»


 

Gilles Pricaz, 47 ans, chef division de projet de la Genève internationale, plus de 40 h/sem.

Salaire actuel: 14 000 fr.*

«J’ai changé de travail et accepté de gagner 40 000 francs de moins par année, mais j’ai gagné en qualité de vie en réduisant le temps de trajet. Là, je vis comme je le souhaite.»


 

Camille Yerly, 19 ans, assistante en information documentaire, 42 h/sem., Bulle (FR)

Salaire actuel: 4300 fr.*

«C’est un bon salaire pour une première année d’expérience. C’est d’ailleurs l’entreprise qui m’a proposé le revenu le plus élevé.»
Valérie Mudry, 40 ans, vendeuse,
8 h/sem., et Sarah Herminjard, 39 ans, décoratrice, mères au foyer et quelques
heures par mois, Vevey (VD)
Salaires actuels: 700 fr.* et 300 fr.*
«Avoir la chance de nous occuper de nos enfants, c’est inestimable. Mais nous participons aussi au bon fonctionnement de la société. Au titre de mère au foyer, toucher le SMIG serait une juste rémunération et une reconnaissance
de notre valeur sociale.»


 

Valérie Mudry, 40 ans, vendeuse, 8 h/sem., et Sarah Herminjard, 39 ans, décoratrice, mères au foyer et quelques heures par mois, Vevey (VD)

Salaires actuels: 700 fr.* et 300 fr.*

«Avoir la chance de nous occuper de nos enfants, c’est inestimable. Mais nous participons aussi au bon fonctionnement de la société. Au titre de mère au foyer, toucher le SMIG serait une juste rémunération et une reconnaissance de notre valeur sociale.»


 

Olivier Fischer, 39 ans, physicien et informaticien, 45 h/sem., Genève (GE)

Salaire actuel: 11 000 fr.*

«Je bosse comme informaticien et, avec ce salaire, je suis verni! Mais l’idéal serait de toucher ce montant pour me consacrer à la recherche en physique.»


 

Christian Goetschalckx, 45 ans, représentant, env. 50 h/sem., Cudrefin (VD)

Salaire actuel: env. 7000 fr.*, variable en fonction des commissions

«Je suis très souvent seul, je sillonne la Suisse dans ma voiture. Il y a beaucoup de pression. Et, quand l’économie va moins bien, le stress et l’inquiétude augmentent.»


 

Philippe Denne, 75 ans, expert comptable à la retraite, Chardonnes (VD)

2500 fr./mois, entre AVS et pensions de l’étranger

«3500 francs, c’est ce que je touchais avant la montée du franc suisse. Comme je suis propriétaire, je n’aurais pas besoin de plus pour bien vivre.»

Etes-vous, comme la plupart de nos témoins, satisfait de votre rémunération?


Votre pseudo
Texte
(Max 400 car.)
 
Votre email(Ne sera pas affiché sur le site.)
 
Filtre anti-spam : Recopiez le texte ci-dessus
 



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: salaires, rémunération, Suisses, Romands, sondage Aller en haut de page Haut de page

 

Sommes-nous assez payés en Suisse? (sondage réalisé du 22 au 28 septembre 2010)


Résultat final (13 votes)

Etes-vous, comme la plupart de nos témoins, satisfait de votre rémunération?

KujioFojkZNjTr, le 12.02.2011 à 15:39

Very nice post, good luck! ;-)

bebert, le 24.10.2010 à 10:35

Electricien de formation, rentier AI 56 ans, suite transplantation. Travail accessoire comme indépendant. 26'400Frs rente AI et 30'000Frs de revenu accessoire. Avant la maladie suppérieur à 90'000Frs.

yeuxbleu00, le 26.09.2010 à 17:46

Oui je suis contente de mon salaire actuel

Réponse:

Quelle est votre profession, si c pas indiscret?

Julijudfrui, le 23.09.2010 à 16:48

Ben non... le coût de la vie a énormément augmenté, mais les salaires de la classe "moyenne" n'ont pas suivi la même trajectoire ascensionnelle ! Malheureusement ! quand j'étais petite, mon papa travaillait en tant que mécanicien et ma maman était mère au foyer. En ayant le même train de vie aujourd'hui (mon mari est micromécanicien), je suis obligée de travailler à 40% afin que nous puissions manger! Nous ne faisons aucune épargne, n'achetons que les vêtements nécessaires à nos 2 enfants, n'allons jamais au restaurant et limitons la viande/poisson à 4 repas par semaine! à la fin du mois, nous avons 0.00 sur le compte! Donc non, les salaires ne sont pas adaptés...

Réagissez »


A lire aussi

AVENIR

Bienvenue dans le village Alzheimer

On dirait un charmant quartier d’Amsterdam, mais il s’agit d’un nouvel EMS dans lequel 150 personnes atteintes d’alzheimer évoluent en toute sérénité. Reportage. »


FÊTE DES MÈRES

Ma maman et moi

Il y a eu les câlins, les crises, l’indépendance à conquérir, et l’amour, toujours. A l’occasion de la Fête des mères, cinq personnalités romandes nous racontent leur maman. »


MERCK SERONO

«On se battra jusqu’au bout»

Les 1250 employés de la firme genevoise ont brutalement été tirés de leur univers feutré par l’annonce de la fermeture de leur site. Humiliés, ils se battent. Témoignages. »

Page générée en 535 ms.