QUI GAGNE COMBIEN?
Conseils: comment bien se préparer à négocier son augmentation de salaire? Décryptage: ils sont grands patrons ou politiciens, combien gagnent-ils? 200 professions: du chef de mission diplomatique à l’aide à domicile, tour d’horizon des rémunérations en Suisse.

Par Laurent Favre, Yan Pauchard - Mis en ligne le 27.03.2012

Ce que gagnent dirigeants et célébrités


JOSEPH JIMENEZ, 52 ANS, CEO DE NOVARTIS - 1,29 million par mois

Le patron le mieux payé de Suisse est Américain: Joe Jimenez (Novartis) a fait passer ses gains de 12,7 millions de francs en 2010 à 15,5 millions. Il est suivi de Severin Schwan (Roche, 12,3 millions) puis de Paul Bulcke (Nestlé, 10,3 millions). Derrière ce trio apparaît le surprenant Ernst Tanner, directeur de Lindt, avec 9,5 millions annuels. Au niveau européen, le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, a reçu 20,5 millions de francs, faisant exploser le record détenu depuis 2007 par le directeur suisse de la Deutsche Bank, Josef Ackermann (17 millions de francs).

EVELINE WIDMER-SCHLUMPF, 56 ANS, PRÉSIDENTE DE LA CONFÉDÉRATION - 40 416 francs par mois

Le salaire d’un conseiller fédéral s’élève à 443 000 francs par an, auxquels s’ajoutent un forfait de 30 000 francs pour les frais et une indemnité spéciale de 12 000 francs pour la présidence, soit un total de 485 000 francs. Un peu plus de 40 000 francs par mois, c’est deux fois plus que le premier ministre britannique David Cameron (17 440 fr. par mois) et bien davantage que le président français Nicolas Sarkozy (25 600 fr.) ou que la chancelière allemande Angela Merkel (27 800 fr.). Nos voisins mènent en revanche un train de vie nettement plus dispendieux.

CORINE MAUCH, 52 ANS, MAIRE DE ZURICH - 20 225 francs par mois

Plus grande métropole du pays, Zurich est aussi la ville la plus chère du monde, celle où l’on distribue les meilleurs salaires. Sa maire, la socialiste Corine Mauch, devrait être en conséquence l’élue locale la mieux payée de Suisse. Ce n’est pas le cas. Avec un revenu annuel de 242 700 francs, elle arrive derrière Guy Morin, le maire-président de Bâle (296 751 fr.), Daniel Brélaz, syndic de Lausanne (265 000 fr.) ou Erich Fehr (Bienne, 258 000 fr.). Elle devance toutefois Pierre Maudet (Genève, 227 000 fr.).

DARIUS ROCHEBIN, 45 ANS, JOURNALISTE RTS, PRÉSENTATEUR DU «JOURNAL» - 9144 francs par mois

Pas de prime à la notoriété ni aux scoops pour Darius Rochebin, qui gagne – treize fois – 9144 francs par mois. David Pujadas touche 14 520 francs par mois sur France 2. C’est mieux, mais ce n’est rien à côté des 84 700 francs mensuels de Laurence Ferrari sur TF1. La journaliste star de la Une est beaucoup moins payée que l’animateur star de la Une, Benjamin Castaldi (127 050 fr.), lui-même sous-payé par rapport à l’actrice star de la Une, la comédienne Mimi «Joséphine» Mathy (181 500 fr. par mois).

OTTMAR HITZFELD, 63 ANS, SÉLECTIONNEUR DE L’ÉQUIPE DE SUISSE - 260 000 francs par mois

Dix-huitième nation au classement FIFA, la Suisse peut se flatter d’avoir le sélectionneur le plus cher du monde! Avec un salaire annuel de 3,12 millions de francs, Ottmar Hitzfeld devance le champion du monde espagnol Vicente del Bosque (2,53 millions) ou l’Allemand Joachim Löw (2,9 millions). Cette particularité s’explique par le fait qu’Ottmar Hitzfeld plaît tout particulièrement au Credit Suisse, sponsor principal du football suisse. Le coach de la Nati reste cependant loin de la star des entraîneurs, le Portugais José Mourinho (Real Madrid) et ses 12 millions annuels.

RENÉ PRÊTRE, 55 ANS, CHIRURGIEN CARDIAQUE, CHUV - 41 600 francs par mois

Pour le grand public, les sportifs et les acteurs sont trop payés. «Ce ne sont pas des gens qui sauvent des vies», dit-on. Mais combien gagnent les gens qui sauvent des vies? Le «transfert» du chirurgien cardiaque René Prêtre du Kinderspital de Zurich au CHUV, effectif cet été, a permis de lever le voile sur ce secteur méconnu: 500 000 francs par an. C’est un plafond salarial au CHUV et il comprend les éventuels honoraires tirés de la pratique privée du Suisse de l’année 2009. D’autres chirurgiens gagnent plus que René Prêtre, qui n’est pas venu à Lausanne pour l’argent.

KERSTIN COOK, 23 ANS, MISS SUISSE 2010 - 28 300 francs par mois

C’est la crise pour les miss. Entre octobre 2010 et septembre 2011, la Lucernoise Kerstin Cook n’a gagné «que» 340 000 francs. Sans parler du record de Christa Rigozzi en 2006 (580 000 francs), Lauriane Gilliéron (2005), Amanda Ammann (2007), Whitney Toyloy (2008) et Linda Fäh (2009) avaient toutes réalisé une année à 40 000 francs par mois. Mais Miss Suisse 2010 a pâti d’une polémique au début de son règne et du désintérêt public pour les concours de beauté, matérialisé par le retrait de Migros (qui offrait un contrat de 50 000 francs) et des télévisions nationales.

PHILIPP HILDEBRAND, 48 ANS, EX-DIRECTEUR DE LA BANQUE NATIONALE SUISSE - 82 916 francs par mois

Contraint à la démission en janvier et dans l’interdiction de travailler pour un établissement bancaire avant 2013, l’exdirecteur de la BNS percevra l’intégralité de son salaire de 2012. Un très bon salaire: 995 000 francs par an. C’est plus du double de ce que touchent les directeurs des banques centrales allemande (472 000 fr.), européenne (446 000 fr.) et japonaise (424 000 fr.). Ben Bernanke, le directeur de la Fed, la prestigieuse Réserve fédérale des Etats-Unis, gagne pour sa part 190 000 francs.

 


Votre salaire en 5 conseils


«IL EST IMPORTANT DE BIEN SE VENDRE»


Comment estimer ce que l’on vaut sur le marché ou comment négocier une augmentation de salaire, des spécialistes et professionnels livrent quelques trucs.

Les salaires stagnent en Suisse depuis plusieurs années, malgré une productivité en hausse et un chômage (3,4% en janvier 2012) relativement bas en comparaison internationale. C’est l’une des principales conclusions du Lohnbuch 2012. «Je ne peux l’expliquer, relève Philipp Mülhauser, auteur de l’étude zurichoise. Mais c’est un fait, les rémunérations liées aux conventions collectives montent très, très peu, et il y a eu guère d’avancement dans le secteur public.» Alors, si vous n’êtes pas un de ces top managers aux rémunérations stratosphériques et que vous faites partie du commun des mortels au salaire désespérément figé, voici quelques pistes de spécialistes pour maximiser vos revenus.

1 Se tenir au courant

La première règle, selon Jean-Christophe Schwaab, conseiller national socialiste et secrétaire central de l’Union syndicale suisse (USS), est de «bien lire sa fiche de salaire». «Cela peut paraître bête, mais c’est important de le faire. C’est là que peuvent surgir des problèmes. Il ne s’agit pas de suspecter une malveillance d’un patron, plutôt de repérer une erreur, toujours vite arrivée.» Le politicien vaudois recommande également de rester attentif à l’évolution des conventions collectives, afin de ne pas manquer une amélioration. Enfin, Jean-Christophe Schwaab invite à se renseigner sur les salaires usuels versés en Suisse dans sa profession. L’USS propose un instrument sur internet qui permet de le définir (www.lohnrechner.ch/ index.F.html), se fondant sur différents critères, de l’âge à la formation en passant par l’ancienneté et les exigences du poste. «Ce calculateur n’est pas seulement utile pour débusquer d’éventuelles sousenchères salariales, souligne le syndicaliste, mais surtout pour se situer dans sa branche.» Ce qui peut être très précieux avant une demande d’augmentation. A relever que l’Office fédéral de la statistique propose un outil similaire, «salarium», disponible sur son site www.salarium-suisse.bfs.admin.ch

2 Se former à tout âge

En se plongeant chaque année dans les méandres des structures salariales du pays, Philipp Mülhauser, auteur du Lohnbuch 2012, a observé une constance: les gens qui continuent de se former après leur diplôme gagnent en général davantage. «Cela se vérifie aussi bien dans les professions universitaires que dans les emplois moins qualifiés. Savoir se recycler est très important, une formation continue est toujours payante en termes de salaire.» Dans certains domaines où les innovations sont fréquentes, elle est même indispensable, à l’image de l’informatique. «Un informaticien qui ne remet pas à jour ses connaissances, peut très vite se retrouver relégué», avertit le spécialiste.

3 Bien négocier son salaire à l’embauche

S’il devait ne donner qu’un seul conseil, Dimitri Djordjèvic, directeur pour la Suisse romande de Mercuri Urval, cabinet de recrutement international, ce serait de négocier avec soin son salaire au moment de l’engagement. «Lors d’une embauche, les directeurs ont souvent une fourchette salariale plus importante que par la suite. Après, leur marge de manœuvre quant aux demandes d’augmentation demeure plus limitée.» Dimitri Djordjèvic l’assure, l’employé qui s’est mal vendu au départ ne rattrapera jamais son retard et traînera cette différence de salaire durant toute sa vie dans l’entreprise. «Au bout de plusieurs années, un écart de quelques centaines de francs mensuels représentera des pertes très importantes.» Mais le recruteur met en garde: s’il est important de bien se vendre, il faut faire attention aussi de ne pas se survendre, une situation qui va induire beaucoup de pressions, d’attentes de la part de l’employeur, ce qui pourrait se retourner contre le salarié en cas de restructuration.

4 Se projeter dans l’avenir

Demander une augmentation à son patron est toujours un moment délicat. Il faut bien sûr préparer avec soin l’entretien, s’être renseigné sur les rémunérations en vigueur dans sa branche, lister ses arguments, etc. «Il faut savoir exactement le montant de la hausse que l’on va demander à son supérieur», conseille Henri Tolone, directeur de Médiation, une agence spécialisée dans la négociation et la gouvernance d’entreprise. Pour lui, les salariés commettent souvent la même erreur: «Ils demandent d’être augmentés compte tenu qu’ils ont particulièrement bien travaillé. Mais cela sous-entend donc que, le reste du temps, ils ont été payés pour travailler moins bien… On ne négocie pas le passé, on ne négocie que le futur.» Un truc qu’il donne volontiers dans ses séminaires est de se projeter dans l’avenir en «demandant au patron ce qu’il faut faire pour obtenir cette augmentation, ce qui va placer ce dernier en position favorable pour définir les règles du jeu», et donc de donner suite à la requête de son collaborateur. Enfin, il faut absolument éviter le chantage au départ, toujours mal perçu par la hiérarchie, ainsi que les arguments du genre un nouvel enfant ou un crédit supplémentaire sur la maison. «La vie privée n’a pas à entrer en ligne de compte, insiste Henri Tolone. L’entreprise n’est pas une famille, encore moins une démocratie.»

5 Ne pas oublier l’essentiel

Dans quelle profession se lancer pour gagner beaucoup d’argent? La question est difficile. L’informatique, qui a longtemps connu de très hautes rémunérations, voit aujourd’hui ses salaires baisser. Au contraire de ceux des ingénieurs, qui ont tendance à monter en fonction de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Il y a évidemment l’incontournable secteur bancaire, qui a connu en 2010 l’évolution salariale la plus élevée de toutes les branches économiques. Le directeur romand de Mercuri Urval, Dimitri Djordjèvic met en garde: «La clé d’une brillante carrière est tout d’abord de faire ce qu’on aime. Aller à l’encontre de sa personnalité juste pour l’argent risque à terme de se traduire par un échec.» Ce spécialiste en recrutement pourrait bien sûr conseiller à tous des emplois de cadres supérieurs dans des multinationales, postes clairement les plus rémunérateurs. Mais, selon lui, une personne motivée par un engagement en faveur de la société, donc altruiste, aura une carrière plus épanouie dans la fonction publique, voire dans une ONG, même si elle ne gagne pas autant que dans le privé. Et de rappeler que davantage de salaire équivaut toujours à davantage de pressions. Conclusion de Dimitri Djordjèvic: «La rémunération est une dimension importante du travail, mais elle n’est pas la seule.»