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Edito
Salut

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 09.10.2009

 
Faire métier de diriger un journal, par les rudes temps de presse qui courent, est autre chose qu’honneur: une bataille sans merci. A l’instant où votre serviteur décide de quitter après six années ses fonctions et activités à la tête de L’illustré, il ne faut donc pas se payer de mots. La presse et les journaux sont en danger. Ils peinent à en parler d’une seule voix, la solidarité qui serait nécessaire entre les titres est obérée par les égoïsmes et griffures de la concurrence. Mais nous vivons aujourd’hui une crise sans précédent. Elle est conjoncturelle: les revenus publicitaires sont en baisse. Elle est structurelle: comment, entre l’internet, la mobilité téléphonique et les nouveaux médias, réinventer des modèles économiques sains et pérennes?

Elle est aussi, il faut l’admettre, crise de contenu: de quelle façon devons-nous, journalistes, parler et informer du monde, d’ici et d’ailleurs, avec quels ingrédients, quel ton, quelle volonté, quelles peurs à l’instant de bousculer, parfois, un peu? Presse futile, presse inutile était le titre du livre testament de Roger de Diesbach, décédé la semaine dernière. La cathédrale de Fribourg était pleine, le message plein. Il est sans doute pompeux, tant pis, et les journaux, L’illustré en tête, ne sont certes pas destinés seulement à des choses sérieuses: ils peuvent et doivent aussi montrer les heureuses couleurs du temps, divertir, amuser et raconter le plaisir. Mais les journalistes, entre blogs, belles incertitudes, et devant la vitesse instantanée de l’électronique, n’échapperont pas aux remises en question. Que dire, et comment?

La réponse vous appartiendra, chers lecteurs. Répéter que vous avez la presse que vous méritez n’a rien d’une provocation. Vous informer est notre vie. Vous intéresser est notre condition de survie. Mais qu’êtes-vous prêts à payer pour cela, sous quelle forme? Ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur: cette loi de l’économie demeure sans exception. Le temps mis à le comprendre a coûté très cher aux patrons de presse.

Enfin, à l’instant de ces dernières lignes d’éditorial, je souhaiterais faire un signe à tous ceux qui, à travers 300 semaines à cette place, m’ont témoigné leur attachement de lecteur. Messages, échanges, poignées de mains: tout cela n’est pas vain, sachez-le. Un contrôleur de train, l’autre jour. Une dame à la terrasse d’un café, un monsieur dans la rue, et d’autres, ils se reconnaîtront. Ou cette lectrice suisse échappée dans l’Hérault qui m’a un jour envoyé une carte postale du port de Sète, et écrivait si tendrement sur ma mère: l’émotion fut vraie, elle reste. Alors à tous: merci. A tous: salut.

Diriger un journal, par les rudes temps de presse qui courent, est autre chose qu’honneur: une bataille sans merci.



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