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PATINAGE
SARAH MEIER, L’INSTANT MAGIQUE
Sarah Meier, c’est l’histoire de la patineuse qui est à deux doigts d’arrêter, usée par les blessures, les sacrifices et les déceptions, mais qui s’accroche et qui devient championne d’Europe au soir de sa dernière compétition. Plus qu’une belle histoire, un destin.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 01.02.2011

Inutile d’attendre davantage: la sportive suisse de l’année 2011 est… Sarah Meier! La récompense ne sera attribuée qu’en décembre, mais il n’y a plus aucun suspense depuis le 29 janvier. Lorsque le prix lui sera remis (sauf si Patty Schnyder remporte d’ici là Wimbledon, et encore), la patineuse de Bülach sera retraitée depuis le… 30 janvier. Qu’importe, la jolie Zurichoise a définitivement ravi le cœur des téléspectateurs en remportant les Championnats d’Europe de patinage artistique à Berne. Plus que la performance, superbe, c’est le parcours de cette sportive méritante qui a touché le public et qui restera dans les mémoires.

Sarah Meier, c’est l’histoire de la championne qui est à deux doigts d’arrêter, usée par les blessures, les sacrifices et les déceptions, mais qui s’accroche. Qui s’accroche et qui réussit, chez elle, lors de sa dernière compétition, le plus beau des adieux. A ce niveau-là, cela s’appelle un destin. Et, à Hollywood, un scénario en or. Avec la jolie Anne Hathaway dans le rôle de Sarah (allez voir sur Google, elles se ressemblent vraiment: les mêmes grands yeux ronds de petite fille docile et volontaire, ce même mélange de rêve et d’ambition).

L’AUTRE MIRACLE DE BERNE

Sortir la performance parfaite le jour J, tous les sportifs en rêvent. Sarah Meier l’a fait alors qu’elle n’en rêvait même pas. Handicapée par une blessure récurrente à un pied et des problèmes de hanche, elle ne s’était présentée à ces Championnats d’Europe que pour y réussir sa sortie. Sa première et unique compétition de la saison! Dernière à s’élancer sur la glace, la doyenne des engagées (26 ans) a réussi son programme à la perfection, devant son public et sa famille. «L’autre miracle de Berne», comme l’a titré un journal alémanique en référence à la victoire historique de la RFA sur la Hongrie en finale de la Coupe du monde de foot 1954. Une émotion pure. Une prestation sans bavure qui file le frisson aux 15 000 spectateurs de la BernArena et aux autres devant leur poste. «J’avais toujours rêvé d’un tel moment, avouera Sarah en conférence de presse. Et tout s’est passé exactement comme je l’avais imaginé.»

L’instant magique. Un peu comme dans ces films où tous les éléments de l’intrigue trouvent leur place et leur justification lors du dénouement. Il était sans doute écrit quelque part que Sarah Meier devait vivre tout cela avant de connaître la joie suprême et la savourer pleinement.

Le puzzle a longtemps semblé incomplet. Douce et tenace, gracile et musclée, discrète et ambitieuse, déterminée mais trop émotive, Sarah n’a jamais été un super talent à la Lambiel. Qu’importe, elle s’entraînera vingt heures par semaine, puisqu’il le faut. A Bülach, la glace coule dans le sang des Meier. Son père, Ernst, est président du club de hockey, sa mère, Bettina, dirige celui de patinage et sa jeune sœur, Nadja (24 ans), pratique le patinage synchronisé. Sarah débute à 4 ans, avant même de savoir lacer ses patins, sous le regard de sa tante, Eva Fehr, qui restera du début à la fin sa seule entraîneuse. Dans l’esprit de Sarah, une carrière de championne est une lente et longue ascension linéaire, pour peu que l’on y mette du cœur et du travail. Troisième des Championnats du monde juniors en 2000, elle voit loin et coche très vite le podium olympique de Vancouver en 2010 sur son agenda. Elle s’y classera quinzième, puis vingt-sixième des Championnats du monde qui suivirent. «Si les Championnats d’Europe suivants n’avaient pas eu lieu à Berne, j’aurais arrêté là.»

L’histoire ne devait pas, ne pouvait pas, en rester là. Remise sur pied, aidée par le préparateur mental de Simon Ammann, Sarah serre les dents. Avec les années, elle a appris à composer avec la douleur, cette vieille compagne. «Sur le lutz et le flip, je sais que je vais avoir mal. Tous les patineurs ont mal, c’est comme ça. Il faut faire avec, sans se plaindre.»

Ce fatalisme a peut-être été son salut. Un jour de 2007, sa sœur Nadja nous fit une confidence: «Sarah a eu des hauts et des bas. J’ai toujours pensé qu’elle devait casser une barrière mentale pour éclater.» Sans espoir, elle s’est du même coup retrouvée sans pression. Libérée de ce carcan qu’elle s’était imposée toute sa carrière, Sarah Meier a gagné à Berne en faisant le contraire de tout ce qu’elle avait fait jusque-là.

Elle d’ordinaire si émotive, au point d’en avoir perdu parfois ses moyens, s’est révélée très sûre d’elle. Elle qui planifie tout est cette fois arrivée sans repères, manquant d’entraînement et n’ayant pris part à absolument aucune compétition de la saison! Habituée également à se fixer des objectifs, Sarah Meier n’avait cette fois pas d’autre ambition que bien finir sa carrière. Patiner dans le dernier groupe, accrocher une place d’honneur. Enfin, la raisonnable Sarah a pris des risques. En 2007, elle n’avait pas osé et avait fini deuxième derrière Carolina Kostner. «Sarah, ne sois pas prudente, lui ordonna sa tante. Bats-toi pour la première place. Tu n’as pas le droit d’avoir des regrets. Tu ne mérites pas ce chagrin.»

«ELLE LE MÉRITE»

Non, elle ne méritait que le bonheur et le soulagement. «Elle le mérite» est d’ailleurs le commentaire qui revenait le plus souvent dans la bouche des observateurs. «Je suis très heureux pour elle. Gagner chez soi pour sa dernière compétition, il n’y a pas plus belle récompense», souligne l’ancien champion français Philippe Candeloro. «Ce titre lui ouvre les portes des galas internationaux, souligne son agent Marc Lindegger. Pour son après-carrière, c’est un plus incontestable.»

A condition qu’elle arrête. «C’est le plus beau jour de ma vie, avait-elle lancé samedi, entre sourire et larmes. Je peux arrêter sans regret maintenant.» Allait-elle changer d’avis le lendemain matin, lorsque nos confrères de la Schweizer Illustrierte vinrent la tirer du lit? «Pas du tout! Au contraire, je suis encore plus convaincue que l’instant est parfait.» La nuit porte conseil. Même lorsqu’on n’a dormi que trois heures…

Collaboration Alejandro Velert/ Schweizer Illustrierte


LA LETTRE DE STÉPHANE LAMBIEL

«QUELLE BELLE FIN!»

Chère Sarah, Je te félicite du fond du cœur pour ton incroyable exploit. Ta performance et l’art et la manière avec lesquels tu as remporté cette médaille d’or resteront gravés dans nos mémoires notre vie durant. Mieux: tu as écrit ici à Berne un des plus beaux chapitres de l’histoire du sport suisse. Je sais ce que représente pour toi cette médaille d’or. Et je sais aussi combien et avec quelle persévérance tu as travaillé pour l’obtenir. Pourtant, au moment de ton plus grand triomphe, tu as partagé avec nous toutes tes émotions. Cela montre quelle femme exceptionnelle tu es. C’est pourquoi nous nous réjouissons tellement de ton triomphe. Beaucoup parmi nous, et particulièrement moi, n’ont pu retenir leurs larmes au moment de ta victoire. Quelle belle fin pour la belle carrière d’une magnifique patineuse. Je souhaite que tu réalises ta prochaine tranche de vie avec autant de maestria que la précédente.

De tout mon cœur, Stéphane Lambiel



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Tags: Sarah Meier, patinage, Championnats d'Europe Aller en haut de page Haut de page

 

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