Où se trouve la plus grande baignoire parfaitement imperméable du monde? Juste à côté d’Oulens, village vaudois voisin de l’autoroute A1. Mais cette gigantesque cuve ne sert pas aux ablutions d’un géant. Elle a été creusée et sécurisée à l’asphalte pour stocker les déchets ultimes de notre société.
Depuis douze ans, c’est en effet à l’Installation de stockage de déchets stabilisés (ISDS) que sont acheminées, cimentées et entassées les cendres volantes et les boues des cheminées de la plupart des usines d’incinération romandes. Ces résidus demandent des soins spéciaux: ils contiennent des métaux lourds et d’autres substances nocives. Naguère, elles finissaient dans la nature, dans les cours d’eau et donc dans nos estomacs, nos poumons. Mais ici, après avoir été mélangées à du ciment, elles vont dormir pour l’éternité ou presque dans cette cuvette creusée dans la marne, avant d’être recouvertes par plusieurs mètres de terre une fois atteints les bords de la baignoire.
Quant aux eaux qui traversent ces montagnes de boues cimentées, elles sont drainées et analysées au cas où la stabilisation du ciment ne serait pas parfaite. On vient de Chine pour visiter cette unité de stockage, emblème du propre en ordre helvétique, et qui avale bon an mal an 13 000 tonnes de ces déchets.
Tout serait donc parfait au pays des déchets spéciaux suisses? Pas tout à fait. «Aujourd’hui, la politique qui prime, c’est la politique du franc, déplore Michel Chappuis, président du conseil d’administration d’ISDS. Je veux dire par là que nous sommes obligés d’être concurrentiels, de baisser nos tarifs, pour garder certains de nos clients qui risqueraient de faire traiter leurs déchets ailleurs, quitte à renoncer à un stockage de cette qualité.» Une législation plus contraignante serait donc bienvenue. Mais la balle est aussi dans le camp du simple citoyen. Il est toujours possible de mieux trier ses déchets et, surtout, de réduire leur volume. «Il est aujourd’hui utopique d’envisager une société zéro déchets, estime Dominique Bollinger, professeur à la HEIG d’Yverdon (voir encadré ci-dessous). Mais, pour avoir fait par exemple le test du tri d’une benne de déchets de notre école avec mes étudiants, il est certain qu’on peut faire beaucoup mieux, aussi bien au niveau du tri que sur le plan de la quantité.»
Site officiel de la Semaine européenne de la réduction des déchets: www.ewwr.eu/fr
LA HEIG D’YVERDON SE PLIE EN QUATRE
Faute d’appartenir à l’UE, la Suisse restera largement en marge de cette Semaine européenne de la réduction des déchets. Seule la Haute école d’ingénierie et de gestion d’Yverdon-les-Bains y participera, sous l’impulsion de Dominique Bollinger, professeur en gestion de l’environnement.
Programme
Du 22 au 26 novembre: exposition dans le hall du site de Cheseaux; 23 novembre: dès 17 h, sur le site de Saint-Roch, un cinq à sept «Gestion des déchets et développement durable», projection du film HOME de Yann Arthus-Bertrand; 25 novembre: animations gratuites sur le thème «Réutiliser au lieu de jeter», projection du film Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot.
Plus d’infos sur: http://go.heig-vd.ch/reduction-dechets