D’abord une coquetterie: elle fait partie de ces femmes qui refusent toujours de dire leur âge. Tout juste saura-t-on en insistant, pour ne pas dire en finassant, qu’elle est née vers le milieu des années 60.
A 40 et quelques années, donc, Catherine Solano se profile comme la «star montante» de la sexologie médiatique, une nouvelle Dr Ruth qui aurait troqué l’accent américain et les rides de l’âge contre un discours aux accents bien français et un joli minois encadré de courtes mèches brunes.
Les conseils sexologiques de cette Bretonne d’origine, on peut les entendre ou les lire sur Radio France Internationale, sur des sites internet comme celui de la radio Skyrock et dans certains magazines pour les jeunes. En Suisse romande, depuis plusieurs années, elle tient une chronique hebdomadaire dans La Tribune de Genève et dans 24 heures, où elle répond très librement aux questions les plus diverses du public. Une jeune lectrice s’étonnait l’autre semaine d’avoir des orgasmes rien qu’en faisant le poirier droit. Catherine Solano a répondu. C’est, semble-t-il, une question de contraction musculaire, l’orgasme n’est pas lié qu’au mental. Pas de crainte, donc, pour les gymnastes. Le poirier droit est sans danger.
UN MYSTÈRE POUR LES FEMMES
A Paris, Catherine Solano donne une consultation régulière de sexologie à l’Hôpital Cochin, où elle reçoit aussi bien des hommes que des femmes. «Mais ce qui m’intéresse surtout, dit-elle, c’est de comprendre comment fonctionnent les hommes. On dit toujours que les femmes sont un mystère pour les hommes, mais la réciproque est vraie: les hommes sont un mystère pour les femmes. Même pour moi, après toutes ces années, ça reste de la théorie. C’est ce qui rend le sujet si intéressant.»
Et ce qui lui a donné l’idée d’écrire le livre qu’elle vient de publier: La mécanique sexuelle des hommes, assorti du sous-titre Petit traité du savoir-éjaculer en plus de La rencontre trente secondes et moins de deux heures*. En fait, 257 pages consacrées pour l’essentiel à l’éjaculation précoce, dite aussi prématurée, aux frustrations qu’elle provoque et aux remèdes qui peuvent y être apportés, parfois sous forme de simples exercices.
Tout un ouvrage sur les hommes qui «déchargent» trop vite, comme on disait autrefois, n’est-ce pas un peu too much, comme on dit aujourd’hui? «C’est aussi ce que pensait mon éditeur, dit-elle. Et j’ai dû batailler pour faire publier ce livre. Mais savez-vous que l’éjaculation précoce est le premier motif de consultation pour les hommes? Quand j’ai commencé, je me suis dit: «C’est incroyable, deux hommes sur trois viennent pour cela, et pendant mes études je n’ai pas appris grand-chose là-dessus.» Du coup, j’ai commencé à creuser le sujet pour être à la hauteur des espoirs de mes patients. Et plus j’avançais, plus j’avais de choses à leur expliquer. J’ai donc commencé à écrire. Et maintenant que le livre est publié, non seulement il se vend très bien, mais je reçois de nombreux témoignages d’hommes, et même de femmes, frustrés jusque-là, qui me disent que ce livre les a aidés et m’en remercient.»
«TOMBÉE SUR UN IMPUISSANT!»
Les autres qui viennent chercher de l’aide? Ils et elles le font pour des questions de blocages, d’absence de désir, voire de vaginisme, ce trouble qui prive certaines femmes de toute possibilité de pénétration. Et le prédateur sexuel (suivez notre regard du côté de New York), lui arrive-t-il de consulter? «J’ai eu quelques pédophiles, mais en principe le pervers sexuel ne consulte pas. A partir du moment où il a du plaisir dans sa perversion, il n’a pas du tout envie de se faire soigner.»
Quand elle a commencé ses études de sexologie, sa mère lui a dit: «Catherine, es-tu sûre que ça ne va pas te faire du mal? Tu risques d’entendre des choses horribles qui vont te dégoûter.» «Et, à l’époque, j’ai partagé cette crainte. Mais c’est le contraire qui s’est produit. J’entends des choses plutôt émouvantes. Et je suis souvent très touchée. Je soigne beaucoup d’hommes pour des pannes d’érection. Et bon nombre d’entre eux en souffrent depuis le jour où ils ont fait une mauvaise expérience. J’ai eu par exemple le cas d’un homme qui a eu une panne et la femme lui a dit: «Qu’estce que tu veux que je fasse avec ça?» A un autre, la fille a lancé: «Pas de bol, je suis tombée sur un impuissant.» Ce genre de remarques, ça laisse des empreintes et c’est là-dessus qu’on travaille.»
A un journaliste qui lui demandait si, une fois rentrée à la maison après sa journée de sexologue, elle peut faire l’amour comme tout le monde, Catherine Solano répondait: «Certains hommes peuvent être gênés, mais beaucoup trouvent l’idée excitante. L’avantage, aussi, c’est que je sais que si un homme a une panne, ce n’est pas à cause de moi, d’un bourrelet ou parce qu’il ne me trouve pas désirable. Je ne mets pas la pression, c’est rassurant.» De quoi se dire: «Tiens, tiens, mais Mme Solano doit avoir une vie sexuelle sacrément libérée… Des amants comme s’il en pleuvait…»
Elle se récrie dans un grand sourire: «Pas du tout! Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais je suis quelqu’un de très sage. Pendant les consultations, j’essaie de faire le plus possible abstraction de mon expérience personnelle, mais il m’arrive de la laisser transparaître pour montrer à mes patients que, s’ils ont des problèmes, moimême je ne sais pas tout. Je ne suis pas surhumaine.»
Comme plus d’un tiers des couples d’aujourd’hui, le sien s’est d’ailleurs terminé par un divorce. Fille d’un comptable espagnol et d’une conseillère conjugale française de Saint-Brieuc, en Bretagne, Catherine Solano vit aujourd’hui à Houilles, dans la banlieue nord de Paris, avec sa fille et son fils de 14 et 16 ans. Un fils qui a eu de la peine à accepter la profession de sa mère. «Il m’a dit un jour: «Déjà que t’es sexologue et que c’est la honte!» Les remarques de ses copains le dérangeaient. Quand un nouvel élève arrivait dans sa classe, les autres présentaient mon fils en disant: «Lui, c’est Corentin. Sa mère est sexologue.» Voyez l’effet… Et puis un jour j’ai passé sur Canal+, dans une émission où il y avait aussi le chanteur Julien Doré. Et, là, mon fils m’a appelée pour me dire: «Tu le connais?! C’est le fun!» Il était tout fier. Et, depuis, tout va bien!»
Comme quoi il y a une multitude de thérapies pour une multitude de maux. Même la thérapie par les people, ça peut fonctionner…
La mécanique sexuelle des hommes, Dr Catherine Solano et Pr Pascal de Sutter, Ed. Robert Laffont.