«CETTE ÉQUIPE MANQUE DE TOUT, ELLE SERA TRÈS VITE ÉLIMINÉE»
MICHEL ZENDALI
Privée, selon lui, de tous les ingrédients d’une équipe conquérante, l’animateur de «Tard pour bar», à la TSR, n’accorde pas la moindre chance de salut à la bande à Hitzfeld.
«L’équipe de Suisse? Elle me fait autant d’effet qu’une remise de drapeau d’un régiment d’infanterie un soir de novembre à la caserne de Bümpliz!» Fusil d’assaut à la hanche, Michel Zendali tire une première rafale, recharge et lâche aussitôt une deuxième salve. «Cette équipe manque de tout. Elle n’est ni flamboyante ni talentueuse, n’a ni feu ni béton. Elle s’arrêtera au premier tour, ça ne fait pas l’ombre d’un doute.» Ça, c’est dit. Du haut de sa virile assurance, l’ancien joueur de Renens et Lausanne, en troisième ligue, poursuit: «Pour s’imposer à ce niveau-là, il faut des travailleurs et des artistes. Malheureusement, on ne s’autoproclame pas artiste. On l’a vu contre le Costa Rica. Le but gag encaissé a fait rire la planète entière.» Inarrêtable, Zendali fustige le manque d’audace d’Ottmar Hitzfeld, qui n’a pas osé appeler le jeune et talentueux Nassim Ben Khalifa (18 ans), en remplacement de Marco Streller, blessé. «Une graine d’artiste justement, qui aurait pu marquer un but et donner une image de sympathie à ce groupe qu’on aime déjà plus avant même son départ pour l’Afrique du Sud.»
«LA SQUADRA PERDRA SON TITRE»
Sans pitié, le journaliste vaudois réfute avec véhémence laisser parler le cœur d’Italien qui sommeille en lui. La Squadra azzurra n’entre d’ailleurs pas dans ses pronostics. «Elle perdra son titre au profit de l’Argentine ou peut-être de l’Allemagne, qui revient très fort.» Un sacre auquel Michel Zendali espère assister sur place si les compagnies aériennes abaissent un peu leurs tarifs.
«JE VOIS LA NATI FINALISTE ET TOUT LE CONSEIL NATIONAL INVITÉ EN AFSUD POUR LA SOUTENIR»
CHRISTIAN LÜSCHER
Entre humour et espoir, le cœur du sénateur genevois balance. Si la Suisse aborde chaque match comme une finale de Coupe du monde (!), elle peut créer la sensation, estime-t-il.
«Nous avons le meilleur coach possible à la tête des meilleurs joueurs que nous possédons actuellement. Il faudra faire avec ça.» D’ordinaire, Christian Lüscher n’a pas la formule aussi creuse. Le temps de troquer son costume de parlementaire fédéral en pleine session contre celui d’ancien président du Servette FC et le sémillant avocat radical-libéral genevois retrouve heureusement sa verve légendaire. «Je vois la Nati finaliste et tout le Conseil national invité en Afrique du Sud pour la soutenir.» Blague à part, l’homme qui a passé le témoin du club grenat à Marc Roger, début 2004, avoue une certaine perplexité au moment de livrer un pronostic pour notre équipe nationale. «Les gens ont eu la critique sévère pendant la préparation. Cela dit, même si je pense que l’équipe sera prête le jour J, j’hésite sur l’issue du premier tour. Allez, je pense qu’elle arrachera un point à l’Espagne, qu’elle battra le Chili et qu’elle passera. A condition que les joueurs abordent chaque match comme si c’était le match de leur vie.»
«JE SUIS UNE VRAIE PINCE»
Ce n’est pas l’envie, mais le temps qui manquera à Christian Lüscher, un vrai fan de la Nati, pour se déplacer en Afrique du Sud. D’autant qu’à cette période le FC Nationalrat (Conseil national), dont il est l’un des cadres assidus, disputera sans doute l’une ou l’autre rencontre amicale. «A quel poste j’évolue? Là où notre coach, Roger Hegi, ancien entraîneur du FC Saint-Gall, veut bien me faire jouer de temps en temps. Je suis une vraie pince», confesse l’ex-candidat au Conseil fédéral avec une franchise qui l’honore…
«LA QUALIFICATION, IL FAUDRA ALLER LA CHERCHER»
TIMEA BACSINSZKY
Fondue de foot, la tenniswoman lausannoise croit aux chances de la Nati, mais vote l’Espagne ou l’Argentine pour la victoire finale.
Une passion peut en cacher une autre. Si son cœur bat depuis toujours pour la petite balle jaune, Timea Bacsinszky n’est de loin pas indifférente aux tribulations du ballon rond. C’est même tout le contraire. A 21 ans, l’actuelle meilleure joueuse suisse, bien calfeutrée au sein du top 50 mondial, parle d’une ferveur née de ses années d’écolière. «J’ai toujours adoré le foot. A la récré, j’étais la seule fille à en jouer.» Le virus est toujours là. La preuve, cette saison, la jolie blonde lausannoise a été aperçue dans les travées de Tourbillon et du Camp Nou, à Barcelone. «J’aime l’ambiance des stades, la passion qui s’en dégage.» A Roland-Garros, Timea a aussi promis à Raphaël Nuzzolo, venu la supporter, de faire un détour par la Maladière cet automne. «Je connais aussi Xavier Margairaz et Philippe Senderos, avec qui j’ai reçu le prix de l’Aide sportive suisse en 2002», confie-t-elle avec une pointe de fierté.
«LES GARS DEVRONT ÊTRE SUPER MÉGA MOTIVÉS»
La Coupe du monde, la quarantième joueuse mondiale la suivra donc à chaque fois qu’elle le pourra. Avec priorité aux matchs de l’équipe de Suisse bien sûr. Une Nati qu’elle voit franchir le cap du premier tour et même plus si entente. «Face au Chili et au Honduras, le coup est jouable. Mais ce ne sera pas évident. La qualification, il faudra aller la chercher. Si les gars sont super méga motivés, ils peuvent le faire. Le titre? Je mise sur l’Espagne ou l’Argentine, mes deux équipes de cœur. J’ai un faible pour le style et l’esprit latins. Mais ce n’est que mon avis. L’avis d’une fille…»
Fan de foot et de la Nati, la Lausannoise en connaît un rayon en matière de performances.
«JE SENS LE PAYS DERRIÈRE NOUS»
MICHEL PONT
Adjoint d’Ottmar Hitzfeld, le technicien genevois se contente volontiers du demi-soutien qu’apportent les Suisses à leur équipe nationale. Monsieur Optimiste le restera envers et contre tout…
Un Suisse sur deux croit en la qualification de la Nati pour le deuxième tour, la foi en votre équipe ne vole pas très haut…
Vous rigolez? Au contraire, le sondage ayant été réalisé au lendemain de notre décevante défaite contre le Costa Rica, je le trouve étonnamment positif. Ce genre de revers étant très émotionnel, on aurait pu craindre qu’il ébranle bien plus fortement la confiance des gens. Sincèrement, ce résultat est très satisfaisant. Je suis même convaincu qu’après notre match contre l’Italie (1-1), le pourcentage de «croyants» atteint désormais 60%. Suffisant pour sentir le pays derrière nous, prêt à vivre l’événement à fond.
Il ressort aussi que près d’un Suisse sur sept pense que vous atteindrez les quarts de finale. Surprenant?
Encore non! Cela démontre combien les gens comptent sur nous pour représenter au mieux la nation. J’aime ce genre d’attitude. Elle place les joueurs devant leurs responsabilités, leur fait prendre conscience de ce qu’ils représentent. Estimer qu’une personne sur sept, c’est peu, serait une grave erreur. Nous devrons tout donner pour la satisfaire.
Pour un pays comme la Suisse, appartenir aux 32 nations sur les 207 rêvant de disputer la Coupe du monde, n’est-ce pas déjà une forme d’exploit?
Bien sûr. Mais nous devons être plus ambitieux que cela, ne plus se contenter de participer, mais tenir un rôle en vue. Ce discours, la fédération le tient dans toutes les classes d’âge depuis plusieurs années. Hélas, changer de mentalité prend du temps. Nous devons nous faire violence. Moi le premier. Ne plus être le Suisse poli, gentil, propret, bien élevé qui ne veut surtout pas déranger. Avec sa culture allemande, Ottmar Hitzfeld réalise ce travail en profondeur. Pour lui, la progression ne peut venir que du succès et de la performance.
Revenons au sondage. De Suisse comme d’ailleurs, on voit le Brésil vainqueur…
Logique. Dans l’imaginaire collectif, le Brésil reste l’emblème de ce qui se fait de mieux en foot. Le pays des artistes, du génie en matière de ballon rond. Personnellement, je pense que ce sera l’Espagne. Elle gagnera tous ses matchs, excepté le premier. Contre la Suisse…
Plaisanterie ou pas, on peut en déduire que cette équipe de Suisse est meilleure que celle de 2006, éliminée sans gloire contre l’Ukraine en huitièmes de finale?
Bonne question piège. Je ne me la suis jamais posée. (Longue réflexion.) Je pense qu’elle n’est ni plus forte ni moins forte. Notre salut n’étant pas entre les pieds d’un ou deux joueurs d’exception, nous devrons encore compter sur notre valeur collective et notre état d’esprit. C’est d’ailleurs dans ce domaine que l’essentiel du travail a été accompli.
Votre groupe, avec l’Espagne, le Chili et le Honduras, paraît plus difficile que celui de 2006, avec la France, la Corée du Sud et le Togo…
Nettement plus difficile. En 2006, la France ne fut finalement pas l’épouvantail que sera à coup sûr l’Espagne, alors que le Chili apparaît bien plus fort que ne l’étaient la Corée du Sud et le Togo.
Votre marche à suivre pour vous qualifier?
Gagner les trois matchs.
Donnez-nous deux arguments qui nous convainquent que vous ferez mieux que votre catastrophique Euro 2008…
L’expérience et la maturité de joueurs tels que Lichsteiner, Inler, Ziegler ou Gelson Fernandes, auxquels on ne pouvait pas demander de porter l’équipe il y a deux ans. Secundo, l’apport important de jeunes comme Derdyok, Padalino ou Shaqiri, désormais capables de faire la différence.
Une élimination au premier tour constituerait un échec cinglant…
Tout dépend de la manière et de l’état d’esprit. A quelque stade que cela soit, l’essentiel sera de quitter l’Afrique du Sud sans regret, la tête haute, avec le sentiment du devoir accompli.
Le reste relève de la loi du sport. Le sondage révèle également que le foot n’a pas une bonne image pour un Suisse sur trois. C’est beaucoup, non?
Non. Avec le reflet qu’en donnent les médias, les hooligans et certains grands clubs à travers des salaires exorbitants ou des sommes de transferts scandaleuses, je suis même surpris en bien. Le foot souffre de ses excès et, comme il est très populaire, ses dérapages provoquent une vive émotion. En réalité, c’est la société, pas le foot, qui dérape. Je regrette que cette situation occulte le plaisir de millions de gamins et le travail de millions de joueurs qui se battent pour toucher le SMIG ou un salaire qui leur permette juste de vivre du foot.
Une Suissesse sur quatre dit vraiment aimer le foot. Pas terrible…
C’est vrai. Contrairement aux mecs, plus supporters, télé, saucisse et bière, je crois que les femmes sont, d’une part, plus assidues aux grandes compétitions et, d’autre part, plus sensibles aux résultats, qui touchent à l’émotionnel pur. Je vous parie que si nous signons un exploit contre l’Espagne, elles seront aux moins deux sur quatre à nous suivre contre le Chili. En parallèle, le travail de fond effectué par la fédération suisse pour valoriser le football féminin finira également par porter ses fruits et attirer toujours plus de femmes dans les stades.
SONDAGE EXCLUSIF COUPE DU MONDE 2010
14 PAYS SUR 5 CONTINENTS SONDÉS POUR UN ÉVÉNEMENT MONDIAL
Le
moins que l’on puisse écrire, c’est que les Helvètes sont partagés sur
le sort qui attend la Nati à la Coupe du monde de football en Afrique
du Sud. C’est l’enseignement majeur ressortant du sondage réalisé entre
le 2 et le 4 juin par l’institut zurichois Isopublic pour L’illustré
auprès de 503 personnes (377 alémaniques et 126 romandes). 49,5%
d’entre elles pensent en effet que le parcours d’Ottmar Hitzfeld et ses
hommes s’arrêtera au premier tour déjà, soit après les trois matchs
disputés face à l’Espagne, le Chili et le Honduras, alors que 44%
estiment au contraire qu’il se poursuivra (7% ne se prononcent pas).
Cette proportion n’est pas surprenante. Elle reflète le scepticisme des
médias et du public né de la défaite subie contre le Costa Rica, mardi
d’avant (0-1 à Sion).
Un précédent sondage effectué sur le même
échantillon, mais entre le 27 avril et le 6 mai, soit un mois avant ce
mortifiant revers concédé à l’équipe d’Amérique centrale, avait
débouché sur un résultat plus encourageant: à ce moment-là, près de
54,2% des sondés voyaient la Suisse passer le premier tour. La défaite
a donc tempéré mais pas tué l’optimisme dès lors que, parmi ceux qui
voient l’équipe de Suisse passer le premier tour, 35% pensent même
qu’elle atteindra les quarts de finale, 6,4% les demi-finales et 2,9%
la finale. On peut rêver…
POUR UN TIERS DES SUISSES, LE FOOT A MAUVAISE RÉPUTATION
Ce
sondage, également effectué à l’échelle internationale auprès de 14 578
personnes issues de quatorze nations des cinq continents participant à
l’événement, apporte un éclairage plus surprenant sur des questions
aussi variées que l’intérêt porté à la Coupe du monde, le support
utilisé pour suivre les débats, la caractéristique principale
s’appliquant au football et le pronostic final de la compétition bien
sûr. A cette dernière question, c’est le Brésil qui est plébiscité avec
36% d’opinion favorable, score culminant même à 67% pour les
interviewés cariocas.
Côté suisse, ils sont près d’un sur trois à
juger que le football a mauvaise réputation. Sepp Blatter, le président
valaisan de la FIFA, appréciera…
Qui sera champion du monde 2010?
Pour les Suisses
Pour l’ensemble des pays interrogés, c’est le Brésil qui sera champion du monde, suivi par l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
46% des hommes suisses se disent intéressés, voire enthousiasmés, par le Mondial.
24% Seulement des femmes suisses en disent autant.
Ils se voient champions du monde!
67% des Brésiliens croient dur comme fer que leur équipe va gagner.
65% des Ghanéens sont persuadés de gagner la Coupe.
33% des Italiens s’imaginent être les meilleurs du monde.
75% des Ghanéens affirment être passionnés par la Coupe du monde 2010.
44% des Français ne s’intéressent pas du tout à cette manifestation sportive.
Les jeunes et les vieux sont optimistes, pas les quinquas.
44% des Suisses de 15-29 ans croient que l’équipe nationale dépassera le premier tour, tout comme 44% des 66-74 ans.
Par contre, les personnes de 51 à 65 ans sont sceptiques (33%), tout comme les 30-50 ans (37%).
Quels médias les Suisses utiliseront-ils pour suivre les matchs de la Coupe du monde?
60% la télévision
9% la presse écrite
6% la radio
2% l’internet
16% des Français croient que leur équipe atteindra la demi-finale.
26% d’entre eux ne voient même pas les bleus en quarts de finale.
Jusqu’où ira votre équipe? «No idea», répondent les Américains
SEULEMENT 1% DES SUD-CORÉENS ET DES CHILIENS N’ONT PAS DE PRONOSTIC POUR LEUR ÉQUIPE.
PAR CONTRE, 22% DES HOLLANDAIS IGNORENT CE QUE LES «ORANJE» RÉUSSIRONT À LA COUPE DU MONDE.
LE RECORD DE L’INDÉCISION VA AUX AMÉRICAINS, DONT 31% N’ONT AUCUNE IDÉE DU PARCOURS DE LEUR TEAM.
Pour 63% des Suisses, le football est un sport qui dégage une image jeune.
Seuls 40% des habitants des autres pays interrogés trouvent que c’est un sport identifié à la jeunesse.
33% des Suisses trouvent que le football a mauvaise réputation.
14% seulement pensent la même chose dans les autres pays interrogés.
Sondage
réalisé du 27 avril au 31 mai par Gallup International Association et
Isopublic SA auprès de 14 578 personnes (échantillon représentatif au
niveau national) dans 14 pays participant à la Coupe du monde 2010
(Brésil, Ghana, Argentine, Cameroun, Allemagne, Italie, Hollande,
France, Chili, USA, Mexique, Slovénie, Suisse, Corée du Sud). Complété
du 2 au 5 juin pour les questions suisses.