La Fédération suisse des aveugles et MALVOYANTS fête ses 100 ans. L’occasion d’intégrer, le temps d’un entraînement, la seule équipe romande de torball. Initiation dans le noir.
Je garde les yeux ouverts, mais j’ai perdu la vue. Comme chaque joueur, je suis équipée d’un loup. Tous mes sens s’éveillent. Le silence règne. Pendant deux périodes de cinq minutes, je me retrouve sur un terrain de 16 mètres sur 7. L’objectif paraît simple: intercepter une balle tirée par trois adversaires pour qu’elle ne rentre pas dans le but qui se situe sur toute la largeur de la ligne de fond. «Une équipe soudée est une équipe gagnante», affirme Hugo, le capitaine. Ici, voyants et malvoyants sont sur un pied d’égalité mais, peu habituée à utiliser mon ouïe, je suis moins alerte pour repérer le ballon à grelots. Heureusement, trois petits tapis fixés au sol devant la cage servent de repère. En Suisse depuis vingt-cinq ans, ce jeu de ballon sonore adapté aux handicapés de la vue met les oreilles à l’épreuve. Et tout le monde peut participer. «Au torball, il faut avoir le sens de l’orientation, une bonne ouïe et des réflexes, me prévient Hugo. Tu es protégée?» Munie de genouillères et d’une protection pour la poitrine, je note que des shorts rembourrés pour protéger les hanches ne seraient pas de trop. Un sport dangereux? «Non, mais en défense il faut s’allonger, bras et jambes tendus, le tout en basculant la tête en arrière pour la protéger. En compétition, les lancers peuvent atteindre 80 km/h, le contact peut être brutal.»
EXPÉRIENCE HUMAINE
J’engage le ballon en le lançant comme au bowling et reviens vite au contact du précieux tapis. Ça passe. Je fixe mon attention sur les grelots du ballon qui revient déjà. Mais où? Je ne l’entends trop tard, impossible de le localiser parfaitement. Je me jette sur le côté pour défendre la cage. Alors que les lancers s’enchaînent, je marque mon premier but! Heureuse, je ne peux toutefois pas admirer mon exploit. La mi-temps est déjà terminée. En sueur, je recouvre la vue. Une expérience humaine, une découverte sportive épatante, à essayer!
Entraînements: Centre pédagogique pour handicapés de la vue, av. de France 30, Lausanne. Tous les jeudis de 19 à 21 h. Inscriptions: Alain Chiolino, 021 634 60 29 ou 078 648 78 40. Tenue de sport, avec des baskets à semelles non marquantes et des genouillères; l’équipe prête du matériel de protection. www.sites.google.com/site/ tclausanne
LES AUTRES ACTIVITÉS POUR MALVOYANTS
SOUS L’EAU
La plongée est accessible aux handicapés de la vue courageux. Sous l’eau, la communication avec le guide spécialisé est tactile. Si la théorie pour le brevet est la même, un travail sur la confiance est nécessaire. «Portés par l’élément, ils perçoivent des sons inédits et peuvent ressentir les poissons…» confie Jean-Pierre, moniteur de plongée à Neuchâtel.
www.oceane.ch
SUR TERRE
Les sorties en tandem sont idéales pour les malvoyants. Etre complice avec son partenaire qui tient le guidon permet de former un seul corps. Son rôle? Ecouter, suivre les instructions tactiles dans le dos pour ajuster le tempo, prévenir en cas de bosses et obstacles et décrire le paysage. Plus rien n’empêche alors de s’évader à l’assaut des routes, les cheveux au vent…
www.gshv.ch
DANS L’AIR
Etre atteint de cécité et voler seul en parapente, c’est possible! L’aide est minime: un guide pour décoller et atterrir, et une bonne radio. «Gauche» et «droite» sont les seules consignes, si la trajectoire de vol est déviée. A 2 mètres de la piste, «Freine à fond» est transmis! Pour l’association Vol libre pour tous, Christophe Smith enseigne le parapente à Villars-sur-Ollon.
www.smith.li