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Un air de «Borsalino»
Stress et Carlos Leal gangsters de charme
En marge de la prochaine sortie en salle de «Verso», un polar suisse contemporain très réussi qui les réunit à l’écran, le rappeur et le comédien se sont inspirés de Bébel et Delon pour rendre hommage à «Borsalino», référence du film policier français viril et élégant.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 25.02.2010
Souvenez-vous! Cheveux gominés, foulards, costards et mitraillettes. Delon face à Belmondo. La gravure de mode et la gueule cassée, filmés par Jacques Deray. C’était Borsalino, en 1970. Quarante ans plus tard, en Suisse, deux jeunes idoles, le rappeur Stress et l’acteur Carlos Leal, sont à l’affiche d’un même film: Verso, un polar urbain signé Xavier Ruiz. Bien qu’ayant, un temps, écumé les mêmes scènes de hip-hop, Stress et Carlos n’avaient jamais tourné de long métrage ensemble. Quelques jours avant la sortie en salle de Verso, réunis dans le cadre somptueux du Lausanne Palace, ils ont consenti à se la jouer mafiosi, en hommage à Borsalino. Action!


Borsalino, c’était un film avec du style, une élégance. Et vous, la mode, c’est votre truc?

Stress: Je m’y intéresse, oui, mais pas forcément à la haute couture. Je crois qu’aujourd’hui tout ce qui est estampillé lifestyle - image, musique, etc. -, va ensemble. Tu es aussi de cet avis?

Carlos Leal: Oui. J’ai eu la chance de rentrer dans la peau de plein de personnages différents, passant par autant de styles. Je me suis surtout rendu compte, avec l’expérience, que la mode n’a d’effet que si l’on est bien dans ses fringues. Dans ce cas, même avec un look limite, ça le fait. J’ai vu des mecs porter des Birkenstock avec une classe folle! La mode m’a toujours intéressé, mais je ne veux pas en être victime. Je ne porterai jamais quelque chose sous prétexte que la mode l’exige. Moi, j’aime mélanger les styles. Je peux porter un super costard, avec une casquette et des baskets pourraves.

La plupart des artistes qui marchent bien en Suisse sont de parents étrangers. Auraient-ils plus la niaque que les autres?

C. L.: Une telle généralisation serait aussi prétentieuse que dangereuse, je crois. Je pense malgré tout que lorsque tu viens d’ailleurs, tu cherches plus facilement à entrer dans un milieu, qu’il s’agisse de sport ou de culture, pour te donner une identité.

Mais ressent-on le besoin de s’affirmer davantage parce qu’on vient d’ailleurs?

S.: Oui, parce que quand tu débarques dans un nouvel environnement, tu dois «taffer» plus pour te hisser au niveau normal au début. Ce rythme de travail, tu le gardes par la suite.

C. L.: Je pense aussi à un certain héritage familial. Quel exemple ai-je eu, moi, sous les yeux ? Des parents bosseurs! J’ai donc fait la même chose. Si les fils des immigrés italiens qu’on croise dans Borsalino ont réussi en Amérique, c’est aussi parce que c’étaient de gros bosseurs.

Dans l’une des scènes fortes de Verso, vous vous battez. Ne craignez- vous pas que le public interprète mal cette baston entre Carlos Leal et Stress?

S.: On n’a pas réfléchi à ça.

C. L.: Non, mais on en est conscients. On n’est pas idiots, et Xavier Ruiz (ndlr: le réalisateur) encore moins! Stress se fait dérouiller, et il le fait très bien, mais en réalité c’est Victor Preiswerk qui cogne Fred. Rien d’autre.

A la vue du film, on a envie de vous dire: «Tu ne convoiteras pas la femme de ton ami.» Un adage avec lequel vous êtes d’accord?

C. L: Vaut mieux pas, en effet.

S.: Ouais, c’est des trucs qui ne se font pas. Après, il y a bien assez de poissons dans la mer… Si tu as le vice, tu vas l’assouvir comme tu veux.

C. L: Tu peux déclencher des avalanches interminables.

Vous est-il arrivé de vivre pareille situation?

C. L: Moi, j’ai grandi à Lausanne, une petite ville où les gens se croisent sentimentalement. Je me souviens avoir été assez croque d’une fille qui était la copine d’un ami très proche et ça m’a posé un gros problème. Il ne s’est donc rien passé.

S.: Moi, ça ne m’est jamais arrivé. J’ai eu qu’une seule copine à Lausanne. Ensuite, je suis parti en tournée…

La drogue est au cœur du film Verso. Vous avez déjà essayé?

C. L: Oui, mais pas tout. Certaines substances m’ont fait trop peur, parce qu’elles ont enterré des amis proches. Cinq d’entre eux en sont morts à Renens. Quand tu enterres des potes âgés de 18 à 25 ans et que tu vois leur mère pleurer au cimetière, tu n’as plus trop envie de toucher à ça. Cela dit, j’ai fait mes expériences, et puis j’ai eu la chance de croiser le chemin du hip-hop, tout simplement, qui m’a fait prendre conscience de l’importance d’une bonne condition physique et mentale. J’ai donc essayé de ne pas trop déconner.

«La drogue ne m’a jamais séduit. L’alcool, en revanche…»
Stress


Avez-vous regretté certaines expériences?

C. L: Non.

S.: Moi, j’ai voulu essayer, pour savoir ce que c’était, pour avoir un avis. La drogue ne m’a jamais séduit. L’alcool, en revanche…

Vous pourriez facilement partir en vrille?

S.: Plus aujourd’hui, mais l’alcool a constitué pour moi un bon exutoire pendant pas mal d’années. Il faut dire que, quand tu mènes une vie bien rock’n’roll, comme la mienne, constamment sur la route, l’alcool est omniprésent. A toi de savoir quelle place tu veux lui accorder. Je compartimente mieux désormais.

Dans le milieu du cinéma, c’est plutôt la cocaïne, non?

C. L: Moi, je sors peu. La cocaïne est partout, dit-on, pourtant j’ai l’impression, peut-être naïve, qu’elle n’existe pas autour de moi, sur les tournages en tout cas. Dans les fêtes, en revanche, pour les sorties de films, il y en a, oui, c’est sûr.

S.: Je n’ai pas non plus le sentiment qu’il y en a tant que ça. Le showbiz est au carrefour de plusieurs mondes, avec toutes sortes de gens gravitant tout autour. A mon sens, c’est plutôt ces gens-là qui abusent. Les artistes, eux, ne peuvent se permettre d’être niqués dans leur tête!

Quand on a une voix qui porte auprès de la jeunesse, se doit-on de dire que la drogue, c’est de la merde?

S.: Au vu des statistiques, en tout cas, ça en a tout l’air. Par rapport à ce que j’en connais aussi, mais je n’ai aucune envie d’être moraliste. Chacun suit son chemin. On devrait toutefois s’intéresser davantage aux vraies causes du problème, parce que la drogue n’est que la conséquence d’une frustration, d’un mal-être, qu’il faut combattre.

C. L: Je suis assez d’accord, même si, personnellement, je me suis débarrassé de ce devoir de conscience. Je ne suis plus le porte-parole des jeunes. Aujourd’hui, je suis un acteur.

S.: Le problème, c’est qu’aujourd’hui on attend de tout personnage public un devoir de moralité. Je trouve cela très hypocrite.

«Je me suis débarrassé de mon prétendu devoir de conscience»
Carlos Leal


L’un des mérites de Verso est de nous ouvrir les yeux sur la réalité du trafic de drogue, aujourd’hui à Genève!

S.: Merci de le souligner, parce qu’il y a plein de gens, en Suisse, qui vivent comme des autruches et qui ont l’impression que Xavier Ruiz a réalisé un fantasme. Je ne sais pas où ces gens vivent, mais cette réalité existe bel et bien! Pour moi, Verso est un film social.

C. L: En deux minutes, montre en main, on obtient un gramme de coke à combien: 30, 50 balles? Comment prétendre que cette réalité est fantasmée? On l’a pourtant entendu partout… Arrêtons avec ce discours-là! Ou alors continuons de nous bercer d’illusions en montrant les montagnes, les vaches et les cygnes. Je dis souvent que l’office du tourisme fait un travail de chirurgie esthétique sur le joli visage de la Suisse et que, malheureusement, on sait tous qu’après trop de chirurgie esthétique, un visage part en lambeaux. A force de le polir, tout est devenu fade et, à l’étranger, je peux l’affirmer, les gens n’ont pas une image réaliste de la Suisse. Pourquoi? Parce que tout ce qu’ils en voient, c’est une sorte de carte postale éculée.

On dit volontiers qu’en Suisse on n’a pas la culture de la gagne, vous confirmez?

C. L: Absolument! Moi, ça, je l’ai appris dans les castings à Paris, où il faut se battre. L’humilité qui nous caractérise est quelque chose d’infiniment respectable, je viens moimême d’une famille humble et travailleuse, mais il arrive un moment où, si tu as du talent ou que tu penses en avoir, tu dois te battre.

En dépit de votre succès respectif, qu’est-ce qui vous effraie?

S.: Moi, j’ai toujours peur de l’échec, de me retrouver à la rue. Au final, c’est aussi cette peur qui me motive à bosser et à toujours m’améliorer.

C. L: Personnellement, je fais la différence entre la remise en question et la peur. Pour moi, la peur est la pire ennemie de l’artiste, parce qu’elle te met vraiment des bâtons dans les roues. La remise en question, en revanche, est un très bon outil, qui pousse à se renouveler.

«Verso», un film de Xavier Ruiz, avec notamment Carlos Leal et Stress. En salle le mercredi 3 mars.



Le film

Genève, côté obscur

Xavier Ruiz signe «Verso», un polar musclé et solide.

Absorbé par son travail de flic aux stups, Alex (Laurent Lucas) est en conflit avec son ex-femme et sa fille. Quand Victor (Carlos Leal), son ancien coéquipier, sort de prison, Alex flippe. Ayant témoigné contre Victor, il craint sa vengeance.

Victor est engagé comme homme de main par un parrain de la mafia locale, qui le met en relation avec Fred (Stress), un petit dealer. Alex ne va plus les lâcher. Il va le regretter…



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Tags: Stress, Carlos Leal, film, cinéma, «Verso» Aller en haut de page Haut de page

 

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