Par
Michel Jeanneret - Mis en ligne le 19.04.2011
Des milliers d’entre eux vivent chez nous. Sans faire de vagues. Ils sont généralement bien intégrés. La plupart travaillent, occupent ces petits jobs dont personne ne veut. Des travaux pourtant fondamentaux, sans lesquels notre économie serait paralysée. Il y a en Suisse des milliers d’Equatoriens sans papiers ayant fui la crise que leur pays a traversée dans les années 90. Des gens qui résident en paix. Jusqu’au jour où la police leur met la main dessus, à la suite d’un banal contrôle d’identité. Jusqu’au jour où l’Etat fait semblant de découvrir l’existence de ces clandestins et décide de les renvoyer. Oui, c’est ainsi que cela se passe et c’est moche.
Le renvoi, donc. C’est l’histoire d’Oswaldo, d’Elizabeth et de leurs deux enfants, expulsés après quatorze ans d’une trajectoire helvétique exemplaire.
C’est aussi celle de Teresa, 62 ans, «serrée» en Valais, menottée comme une vulgaire criminelle par les autorités et renvoyée fissa à Quito, après dix ans passés à récurer les planchers vaudois. C’est encore celle de la famille Angulo, refoulée malgré un amour de la Suisse qu’elle a dû se résoudre à emmener dans ses modestes bagages. Un amour qui ne l’a pas quittée, comme l’ont constaté nos reporters, partis en Amérique du Sud pour voir ce que deviennent ces «citoyens» parfaits dont on n’a subitement plus voulu, jugeant qu’ils ne remplissaient pas certains critères. Victimes d’un système inique, le nôtre.
On n’en a plus voulu. C’est choquant, mais on ne peut pas le dire autrement. Car bien que ces gens-là ne soient pas censés avoir d’existence légale, ils ont complètement intégré notre système. Ils cotisent à l’AVS, au deuxième pilier, paient leurs assurances et envoient leurs enfants à l’école. Jusqu’au jour où – et c’est bien là où se cache l’écœurante sournoiserie que dénonce notre reportage –, jusqu’au jour où l’hypocrisie d’Etat, parfaitement légale, se met en marche. Hello, ciao, retour à Quito. Pendant ce temps, les petites frappes continuent de dealer de la drogue. Presque impunément. Manque de bol, ils ont «égaré leur passeport». Et on ne peut pas les renvoyer.