«Le vélo? Un prétexte pour faire la fête»
Ils étaient des milliers à avoir dormi aux Mosses pour voir passer le Tour.
Ambiance.
Il est 23 heures ce samedi soir aux Mosses. Quelques voitures arrivent encore. Le lendemain matin, ce sera la ruée. Plus de 10 000 personnes se masseront le long de la route qui mène au col, l'un des points forts de cette quinzième étape. Beaucoup ont donc décidé de s'installer déjà la veille. Tous les hôtels de la région affichent complet depuis longtemps. A un kilomètre de la station vaudoise, dans l'un des parkings où l'on compte déjà plus d'une centaine de camping-cars, on fait la fête. Autour d'un feu, une équipe de joyeux lurons chantent et rigolent. Venus de différents coins de Suisse romande, ils viennent de faire connaissance. «Nous espérions pouvoir trinquer avec les Luxembourgeois d'à côté, mais ils dorment déjà», rigole Willy Corboz, 55 ans, électricien neuchâtelois et ancien pilote de rallye. Lui est arrivé vendredi déjà.
Dans la bande, on retrouve encore Nicolas Jeker, 46 ans, de Fontenais, responsable qualité dans une boîte de montres. Le Jurassien s'apprête à passer la nuit dans son hamac, installé entre deux panneaux de signalisation. «Il faut vraiment le Tour de France ou l'armée pour passer une nuit à la belle étoile au col des Mosses.» Un hamac qui a toute une histoire, acheté en 1984 en Colombie, lors d'un périple de quinze mois à vélo à travers l'Amérique du Sud.
Le lendemain, jour de la course, c'est autour d'une raclette que toute l'équipe se retrouve en fin de matinée. On plaisante avec les Luxembourgeois qui écrivent les noms de leurs champions, les frères Schleck, à la craie sur la route ou avec les étudiantes de l'American School de Leysin, venues soutenir Lance Armstrong. «Cette convivialité, c'est vraiment le Tour, s'exclame Nicolas Jeker. Le vélo, c'est surtout un prétexte pour faire la fête. Ces derniers mois dans l'horlogerie ont été difficiles, avec des licenciements. C'est agréable de décompresser un peu.»
A 15h30, les coureurs passent en coup de vent. Quelques secondes à encourager, puis quelqu'un qui lance: «Ça, c'est fait. Bon, on allume le gril!» Y. P.
Au nom de la passion
On croyait le public lassé par les scandales secouant le cyclisme. Il n'en est rien. Les Romands ont démontré que leur enthousiasme était intact pour ce sport qui confine à l'héroïsme.
On parlait de désamour, de confiance bafouée. L'an dernier, certains avaient même cru voir un peu moins de monde au bord des routes. On parlait... dans le vide. Car rien ne semble avoir d'emprise sur le Tour et la relation passionnelle avec son public. Nila crise, ni le dopage, ni les scandales en tous genres. Sans doute parce que la Grande Boucle est bien plus qu'une simple course de vélo. Les vilaines affaires ont beau tenir le haut du pavé, le Tour roule toujours de front avec l'héroïsme. Dimanche, de L'Auberson à Verbier, les coureurs ont traversé une haie d'honneur de près de 200 kilomètres. Une incroyable chaîne humaine, enthousiaste, déchaînée même parfois, à l'image des 100 000 personnes accourues à Verbier pour leur faire la fête.
Après dix-neuf ans de négociations, le troisième événement sportif du monde, après les Jeux olympiques et la Coupe du monde de football, est enfin passé par le sommet du val de Bagnes. Verbier a gagné son pari: réunir ceux qui avouent aimer le Tour et ceux qui l'aiment sans l'avouer, comme disait Henri Troyat.
L'envolée de l'Espagnol Alberto Contador à 6 kilomètres de l'arrivée, laissant son meilleur ennemi Lance Armstrong seul face à sa gloire déclinante, viendra alors s'ajouter à ces hauts faits qui restent gravés dans les mémoires. Sous un soleil radieux, l'Ibère a fait coup double, remportant l'étape avec panache et endossant le maillot jaune peut-être définitivement. Six kilomètres d'échappée pour régler le sort d'une course qui en compte 3200. C'est ce genre d'exploit, sortir du peloton et s'échapper seul devant, les autres loin derrière, qui nous poussera toujours au bord de la route du Tour... C. R.