Le nom est désormais plus célèbre que les œuvres qu’il qualifie: SURRÉALISME. Une rare exposition à Bâle rappelle son histoire et ses heures les plus riches.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 15.11.2011
A gauche, ce grand petit tableau de 51x41 cm seulement s’appelle joliment: Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade, une seconde avant l’éveil! Peint en 1944 par Salvador Dalí, visiblement nourri de rêves et d’inconscient, il semble vraiment surréaliste même s’il n’a plus grand-chose à voir avec l’esthétique définie vingt ans plus tôt par André Breton dans son fameux Manifeste du surréalisme. Ce beau mot forgé par Guillaume Apollinaire en 1917 semble aujourd’hui bien galvaudé. Un paysage, une attitude, une mode… tout et son contraire se voit un peu vite qualifié du mot magique. Par son ampleur – 290 œuvres parmi lesquelles des sculptures, des photographies, des manuscrits, des bijoux et quatre films – l’accrochage de la Fondation Beyeler replace le mouvement dans son histoire très brève mais aussi dans sa durabilité. Des étranges ruines urbaines que peint le précurseur Giorgio de Chirico au mitan des années 10 jusqu’au célèbre tableau de René Magritte représentant un homme au chapeau melon avec une pomme granny smith au milieu de la figure! Ce dernier tableau (peint en 1964) s’appelle La grande guerre, titre qui rappelle comment l’absurdité de cette tuerie a nourri ce mouvement artistique libérateur.
L’ART DE L’INCONSCIENCE
Un peu vite utilisé comme synonyme d’une douce folie, le mouvement ne ressemblait pourtant pas du tout à une amicale de rigolos. Les empoignades étaient aussi violentes que dans les pires comités révolutionnaires et les exclusions tombaient aussi lourdement qu’au sein du parti communiste…
Certains de ses ténors (Aragon, Breton, Crevel) sont prêts à faire de cet art du rêve une nouvelle machine de guerre: contre l’exploitation de l’homme par l’homme, contre la religion, contre l’oppression coloniale, contre le militarisme…
Au milieu de ce grand cri libératoire, des voix s’élèvent dans des registres moins politiques et peut-être d’autant plus durables: voyez Ma gouvernante, dans le plateau d’argent de Meret Oppenheim ci-dessus. Il n’a rien perdu de son humour ni de sa provocation. Même force dans les photographies de Man Ray, ses célèbres larmes intriguent et fascinent comme au jour de leur création (entre 1933-1959)…
Souvent invoqué, le surréalisme n’a jamais été exposé en Suisse avec une telle ampleur. L’exposition est ainsi remarquable. Il faut laisser ses certitudes et ses clichés au vestiaire avec son chapeau et son manteau et parcourir les salles avec toute l’innocence de son inconscient. Transport allerretour assuré.
Le surréalisme à Paris, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle. Jusqu’au 29 janvier 2012. www.fondationbeyeler.ch