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TABOU

Par Daniel Pillard - Mis en ligne le 04.06.2010

 
 Parler salaire demeure tabou. Pour illustrer notre dossier de cette semaine, nous avons cherché à recueillir le témoignage de personnalités romandes disposées à parler ouvertement de leur revenu (lire l’article de Yan Pauchard en page 15). Après des dizaines de démarches infructueuses, seules cinq d’entre elles ont finalement accepté de jouer cartes sur table. Sans surprise trois sont fonctionnaires: Nicolas Bideau, Daniel Brélaz et Darius Rochebin. Ils n’ont rien à cacher puisque le montant de leur rémunération est accessible à tout citoyen désireux de se renseigner.

Faute d’étude nationale répertoriant ce que gagnent réellement les Suisses, métier par métier, il faut se rabattre sur les données recueillies au niveau cantonal. Le dernier rapport du genre, publié par le canton de Zurich, est édifiant. Il révèle des écarts importants: au bord de la Limmat, ville la plus chère et la plus riche de Suisse, une employée de maison ne gagne que… 2400 francs par mois! A l’autre bout de l’échelle, un cadre supérieur sénior dans l’industrie chimique peut tabler sur un minimum de 15 200 francs par mois.

Choquant? Pas tant que cela, selon Serge Gaillard, l’ex-syndicaliste devenu haut fonctionnaire au Secrétariat à l’économie: dans la dernière édition de la NZZ am Sonntag, il qualifie d’«équilibré» l’actuel système suisse des salaires, en se réjouissant qu’en moyenne l’écart ait cessé de se creuser. Ce n’est pas l’avis de sa camarade de parti Micheline Calmy-Rey qui, lors de son allocution du 1er Mai à Thoune, dénonçait des «inégalités salariales beaucoup trop importantes qui ne correspondent pas à la tradition de notre pays». Et de fustiger les top-managers suisses, mieux payés que nulle part ailleurs. Ainsi, la rémunération du seul Brady Dougan, big boss du Credit Suisse, s’est élevée à 91 millions de francs, en salaire et en actions, pour la seule année 2009!

Qui croire? Tous deux ont sans doute raison. Serge Gaillard salue le fait que les plus petits salaires aient tendance à se rapprocher de ceux de la classe moyenne. La conseillère fédérale préfère, elle, mettre le projecteur sur le haut de la pyramide, où les revenus des super cadres ont littéralement explosé.

Reste que le salarié suisse demeure relativement bien loti par rapport à ses voisins européens. Un exemple? Alors que dans notre pays le «salaire médian» (la moitié des salariés gagnent moins que ce montant, l’autre moitié davantage) atteint 5823 francs par mois, chez nos voisins français, il se monte à 2356 euros par mois, soit… 3416 francs! Comment font-ils pour nouer les deux bouts? Ils galèrent…



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Tags: Suisse, salaire, rémunération, métier, Serge Gaillard, Nicolas Bideau, Daniel Brélaz, Darius Rochebin Aller en haut de page Haut de page

 

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