Recherchez
  • Home
  • > Temple solaire: le dernier témoin
« Article précédent Article actualité n°133/567 Article suivant »
Charles Dauvergne
Temple solaire: le dernier témoin
Ex-adepte de la secte maudite, il sort enfin de l’ombre, quinze ans après les drames de Cheiry et de Salvan, pour témoigner de son odyssée auprès des gourous disparus Jo Di Mambro et Luc Jouret. L’émission de la TSR «Zone d’ombre» lui donne la parole et ouvre le débat*.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 26.01.2010
Tous, avant lui, avaient déjà parlé. Longuement. L’exadepte genevois Thierry Huguenin avait livré sa vérité dans Le 54e, un best-seller paru peu après les drames de Cheiry et de Salvan en octobre 1994. Au Canada, Hermann Delorme avait lui aussi raconté son expérience à travers les méandres de l’Ordre du Temple solaire dans un livre poignant. Même Michel Tabachnik, l’idéologue influent de la secte, avait lancé dans la mare un pavé nommé Bouc émissaire pour clamer son innocence. Pendant ce temps, face à tout ce tintamarre médiatique, Charles Dauvergne, lui, avait préféré rester silencieux, pour prendre du recul. En tant que dernier haut dignitaire de la secte maudite, son témoignage était attendu. Il vient de publier il y a quelques mois Vingt ans au soleil du Temple (Ed. Desclée de Brouwer), pas seulement des souvenirs personnels, mais aussi une approche ésotérique des drames du Temple solaire.

Il est un rescapé, il le sait. Un naufragé qui n’a toujours pas compris, au fond de lui-même, pourquoi il n’a pas été «convoqué» pour le dernier voyage vers Sirius. «Fanatique comme je l’étais, si Di Mambro m’avait téléphoné, c’est certain, j’y serais allé, sans le moindre doute, reconnaît-il. Mais je pense que j’ai été épargné car, habitant en Bretagne, j’étais sans doute trop loin de la Suisse pour la rejoindre dans les délais.» Plus de quinze ans après, ses souvenirs sont encore très vivaces. Pour lui, Luc Jouret, Jo Di Mambro, Camille Pilet, Robert Fallardeau, Joël Egger, ce ne sont pas seulement des noms lus dans les journaux, mais d’abord des «frères» qu’il a connus et beaucoup aimés. «J’ai partagé tant de choses avec eux, explique-t-il. Quand j’ai appris les massacres par la radio, le 5 octobre 1994 au matin, alors que je roulais vers mon travail, je suis tombé des nues. Je ne pouvais pas y croire. Quand j’ai vu ensuite les reportages, je me suis dit que ce n’était pas possible qu’une telle tragédie puisse signer le départ d’un passage initiatique, ça ne collait pas avec tout ce que j’avais vu et appris dans l’Ordre.» Il évoque aussi d’entrée Jo Di Mambro et sa figure charismatique: «Il y avait chez lui cette disposition à ne pas voir la frontière entre le réel et ses désirs, mais on y croyait tous! J’ai cru comme les autres à l’enfant cosmique. Quand il demandait de l’argent aux adeptes, par exemple pour partir en voyage, les carnets de chèques sortaient aussitôt des poches de chacun…»

Psychothérapie

Caché derrière une barbe fournie, Charles Dauvergne le confesse volontiers de son plus bel accent breton: il n’a rien pressenti des tragédies à venir. Pas plus qu’il n’avait capté le sens des propos apocalyptiques tenus par Michel Tabachnik quelques semaines avant la tragédie, lors de deux conférences tenues par l’OTS à Avignon en juillet et septembre 1994. «On nous avait dit que c’était la fin de la mission du Temple, qu’on avait retrouvé le Graal et que tout était accompli, raconte-t-il. Tabachnik nous avait expliqué que les cryptes étaient silencieuses et qu’on devait attendre la volonté des maîtres pour connaître notre mission nouvelle. Comme beaucoup, je n’y ai vu qu’une métaphore ésotérique…»

L’ex-adepte français mettra des années à sortir du harcèlement psychologique et philosophique de la secte maudite. Quelques semaines après les premiers massacres de l’OTS, il brûlera notamment sa cape, lors d’un rituel. «Il m’a fallu des années pour m’en sortir, avoue-t-il aujourd’hui. Tout ce en quoi je croyais s’était écroulé, je ne vivais plus que dans la monstruosité de ce qui avait été fait. J’étais meurtri. Chaque fois que je regardais un reportage sur l’OTS à la télévision, je blêmissais. J’ai dû suivre une longue psychothérapie, qui m’a permis de verbaliser les problèmes, j’ai compris comment je m’étais enfermé dans une forteresse.» Une reconversion qui est passée par un changement de métier: ancien chef d’entreprise, Charles Dauvergne est aujourd’hui conteur d’histoires légendaires et fantastiques, présentant désormais des spectacles dans toute la France.

Pas de complot

Durant toutes ces années, combien a-t-il laissé d’argent dans la secte? «J’ai mis l’argent que j’ai bien voulu y laisser, relativise-t-il. On ne m’a pas escroqué. J’ai donné spontanément ce que j’avais, je ne me suis pas endetté, même si j’ai vécu assez chichement. Mais, tout ça, je l’ai fait de bon cœur.» Regrette-t-il d’avoir été dupé? «Je ne peux même pas dire ça, puisque j’ai vraiment cru à tout ça, laisse-t-il tomber. Je me suis trompé moi-même, si vous voulez. Le pire, je l’avoue, c’est que je n’ai pas de regret, si ce n’est celui d’avoir perdu mes frères. Je les connaissais tous. J’en frémis encore, rien que d’en parler. J’ai encore leur voix, leur sourire, leur image en tête. Ils sont morts dans une tragédie incompréhensible, une histoire à se taper la tête contre les murs. Mais certains sont partis heureux, même si tous ne sont pas morts avec le sourire…»

Revoit-il encore certains anciens membres de la secte? «Oui, parfois, avoue-t-il. Mais les ex-adeptes que je retrouve sont un peu restés ancrés dans le passé, ils sont toujours convaincus que l’Ordre a été sabordé par des forces extérieures parce qu’il portait une telle vérité qu’il a fallu le détruire. Moi, je n’adhère pas à ça.» Pas plus qu’il ne croit à la présence d’une main extérieure dans le second massacre du Vercors, en décembre 1996. On a parlé de commandos de barbouzes, de napalm, de phosphore… «Rien de tout ça, c’est clair, jure-t-il, je connaissais toutes les victimes disparues, les Vuarnet, les Lardanchet… Elles sont toutes allées consciemment vers la mort. Il n’y a pas de mystère derrière tout cela.»

Quinze ans après, craint-il un jour un nouveau massacre de l’Ordre du Temple solaire? «Non, pour moi, c’est fini, analyse-t-il, l’histoire du Temple est terminée. Mais ce qui n’est pas fini, c’est la dynamique, la pensée, les mécanismes intérieurs. On voit, hélas, toujours les sectes perdurer…»

* En collaboration éditoriale avec «Zone d’ombre», une émission diffusée sur TSR1 ce mercredi 27 janvier à 20 h 10. Invités: Jacques Barillon, Arnaud Bédat, Charles Dauvergne, Maurice Fusier, Jean-François Mayer, André Piller et Alain Vuarnet.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: OTS, Temple solaire, gourou, TSR, «Zone d’ombre», Charles Dauvergne Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

Christa et Giovanni

Christa Rigozzi va se marier

Miss Suisse en 2006, la jolie blonde a quitté Fribourg pour emménager au Tessin et commencer une nouvelle vie aux côtés de Giovanni, l'homme de sa vie. »


Pour 50 000 francs

Cointrin, meurtre sur commande pour 50 000 francs

En 2008, Pierre S. est tombé sous les balles d’un tueur mandaté par sa femme et sa belle-mère. Elles ont avoué. Le tireur présumé clame son innocence. Son avocat vient de... »


Salon du livre

Les people qui écrivent

Raconter sa vie ou écrire un roman est à la mode chez les people. Beaucoup s’y sont essayés. Notre sélection. »

Page générée en 418 ms.