Qu’est ce qu’on fait? On y va ou on n’y va pas? L’élimination dès les quarts de finale de Roger Federer par le Suédois Robin Söderling jette le trouble mercredi matin en séance de rédaction. Finalement, on y va. Ce n’est pas une question financière, L’illustré est invité par Longines, le chronométreur officiel de Roland-Garros depuis 2007.
Vendredi 7 h 17.
TGV pour Paris. Grosse valise pour seulement trois jours, mais on ne va décemment pas à Roland-Garros sans plusieurs chemises, un costume sombre et même quelques cravates pour le soir.
Le mariage du sport et des relations publiques est une tendance lourde, que l’on appréhende mal depuis le perchoir de la tribune de presse. Selon le magazine français L’Express, 80 000 des 460 000 billets vendus durant la quinzaine de Roland-Garros le sont à des entreprises.
Vendredi 10 h 52.
Sur le quai de la gare de Lyon, une silhouette familière. Stéphane, un copain d’uni perdu de vue depuis trop longtemps. Lui aussi va à Roland. Lui aussi est invité, par la BNP. Lui aussi a pris une cravate. Aujourd’hui, en Suisse tout du moins, il est plus facile d’être invité que de trouver des tickets à vendre…
Vendredi 16 h 35.
Grand Hôtel, à deux pas de l’Opéra. Demi-finale Söderling-Berdych sur l’écran 16/9 de la chambre 4502. Le Suédois se qualifie péniblement. Ce Söderling là, redescendu de son nuage, Federer n’en aurait fait qu’une bouchée…
Vendredi 20 h 15.
Sur la durée du tournoi, Longines invite 800 personnes venues de 22 pays. Une grande majorité d’Asiatiques, beaucoup de Chinois. Au desk de la marque horlogère, c’est surtout l’accent neuchâtelois qui domine.
Samedi 9 h 30.
Avant de partir pour Roland-Garros, distribution du kit de survie: bouteille d’eau, casquette, éventail et crème solaire. Ça a l’air de rien, mais c’est indispensable lorsque vous vous apprêtez à rester plusieurs heures assis en plein soleil.
Samedi 11 h.
Exhibition sur le court N° 7. Organiser un tournoi avec des jeunes espoirs du tennis venus du monde entier, voilà l’idée de génie de Longines. Et ça permet de mettre des jeunes Asiatiques, qui n’existent pas au plus haut niveau. Le nationalisme fait le reste. Chaque pays suit son champion et tout le monde parle de la marque. Le vainqueur est (encore) un Espagnol, qui semble plus mûr mais moins talentueux que le petit Suisse.
Samedi 11 h 50.
Ça fait vingt-cinq ans qu’il fait les mêmes pitreries, Mansour Bahrami.
Qu’il lance une deuxième balle en plein échange, joue le vieillard appuyé sur sa raquette ou avance à pas de loup vers le filet, on l’a déjà vu faire cent fois. Mais ça marche toujours. Et l’ancien champion brésilien Gustavo Kuerten se marre de bon cœur. Les plus durs à dérider sont les deux jeunes – une Russe, un Espagnol, 12 ans environ – en face du filet.
Samedi 20 h 45.
La grande soirée Longines: un dîner servi dans le cadre féerique du Musée Rodin, à côté des Invalides.
On retrouve Bahrami, Mary Pierce et Guga Kuerten, au bras d’une ravissante jeune femme. Quelques people parisiens ont été invités pour médiatiser la soirée. La chanteuse Patricia Kaas et l’actrice Victoria Abril ont l’air bonnes copines. Nelson Monfort joue les Monsieur Loyal. Plus personne ne semble reconnaître l’ancien footballeur Basile Boli. Ils sont tous à la table officielle.
Samedi 23 h.
Tout se passe à merveille. Repas succulent, vins divins (un peu trop…), douceur estivale. Et personne ne chante… Ici, on est encore traumatisé par le show case, l’an dernier, d’Arielle Dombasle totalement décalée et chantant «sur mon poney poney poney ROSE». Les Chinois étaient partis d’un bloc, escamotant la fin de la soirée.
Dimanche 9 h 30.
Au desk, distribution de ponchos en plastique en lieu et place de la casquette et de la crème solaire… La finale aura-t-elle lieu?
Dimanche 10 h 15.
Dans les salons framboise du premier étage, les journalistes passent par petits groupes avec les ambassadeurs de la marque et avec Walter von Känel, président de Longines. Von Känel, ce n’était pas obligatoire, mais ça leur fait plaisir, aux filles des RP. Et puis ce type, deux meules de foin en guise de sourcils, est passionnant. De la trempe de Nicolas Hayek ou de Jean-Claude Biver. Il parle vrai, sauf pour donner le coût de l’opération Roland-Garros.
Dimanche 12 h 05.
Rendez-vous avec Miss Monde. Ça mérite d’être répété: rendezvous avec Miss Monde. C’est vrai qu’elle est jolie, Ashwayra Rai, LE visage de l’Inde depuis ses 19 ans. Star du cinéma indien, elle est souvent venue tourner en Suisse. «Genève, Lucerne, Zurich, et surtout les montagnes, se souvient-elle. Pendant un temps, c’était la mode à Bollywood: il ne pouvait pas y avoir une scène romantique sans une chanson filmée dans vos belles montagnes.»
Dimanche 13 h 10.
Retour à Roland-Garros. A l’accueil, des jolies filles partout. Pour les étudiantes parisiennes, le tournoi est l’équivalent du Salon de l’auto pour les Genevoises, sauf que c’est à dix jours des examens…
A deux heures du début de la finale, les nombreux spectateurs déjà présents errent ou flânent. Le VIP, lui, avance. Il a un programme. Vite, il faut s’asseoir à l’Open Club, l’une des multiples formules que le tournoi propose à ses partenaires. Langoustines parfaites. Le traiteur est le même que la veille au soir. Impasse sur les vins (à cause de la veille), sur le fromage et sur le dessert, faute de temps.
Dimanche 14 h 50.
Le privilège du VIP, c’est qu’il peut rejoindre sa place au tout dernier moment et se retrouver plongé d’un coup dans l’ambiance de Roland-Garros. C’est comme dans un théâtre: il y a beaucoup de monde, mais le moindre murmure est perçu par tous. Dressés au centre de ce grouillement, les joueurs doivent posséder des nerfs d’acier pour ne pas se laisser déstabiliser.
Dimanche 14 h 55.
Où l’on découvre que l’on est en business, mais quand même pas en première. Les super VIP sont ailleurs, dans la tribune officielle autour du premier ministre François Fillon et de la reine Sofia d’Espagne, ou dans les loges, sur les flancs du court Philippe-Chatrier. Mais, à bien y regarder, il semble que la moitié du stade n’a pas payé son billet. C’est facile à voir: chaque groupe d’invités porte un chapeau au couleur du sponsor. Il y a le coin des panamas à ruban rouge, à rubans noir, bleu marine, argenté, etc. Il y a les casquettes officielles et, tout là-haut, les bobs Perrier vert.
Dimanche 16 h 23.
La première manche est âprement disputée, mais l’issue du match ne fait aucun doute. Ce gâche métier de Söderling construit bien ses points, mais il est incapable de conclure.
Dimanche 16 h 32.
A bien y regarder, un petit carré VIP échappe aux casquettes et chapeaux. Il y a là, à hauteur du carré de service et sur 20 mètres carrés à peine, une densité de people incroyable: Adriana et Christian Karembeu, Didier Barbelivien, Gad Elmaleh, Yvan Attal, Frédéric Beigbeder, Manu Katché. Ceux-là, ils sont logés et nourris. Régulièrement, des jeunes filles leur apportent des friandises qu’ils dévorent comme si eux aussi avaient fait l’impasse sur le déjeuner.
Dimanche 17 h 15.
Nadal a gagné. Il est étonnamment ému. Les bannières sang et or flottent dans les gradins. Déjà, les badauds poireautent devant la porte Henri-Cochet d’où doivent sortir les people. Les Karembeu passent en trombe. Adriana, petit chapeau de cuir noir, bustier en forme de cœur rose, prend quand même le temps de sourire. Gad Elmaleh tente de passer inaperçu avec ses grosses lunettes noires. Tiens, Bertrand Piccard!
Dimanche 20 h.
Dîner-croisière sur les bateaux-mouches pour conclure. Sauf pour ceux qui ont un article à écrire et qui vont finir la soirée avec un McDo devant l’ordinateur. Eh, vous croyiez que c’était des vacances?