Donnés pour morts au mitan des années 80, les bons vieux disques vinyles sont de retour en grande surface. Pour le bonheur des collectionneurs et des mélomanes.
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Blaise Calame - Mis en ligne le 18.03.2010
A l’avènement du disque CD, au milieu des années 80, on ne donnait pas cher de nos bons vieux disques en vinyle. Développé dès 1948 par Columbia – plus tard en France par Eddie Barclay –, le vénérable microsillon semblait dépassé par la technique. Quelques fines oreilles avaient bien hurlé à la perte de qualité sonore, mais la numérisation de notre existence était en marche.
Il est resté les DJ pour tripatouiller les galettes noires et sauver des collections entières pour y puiser leurs fameuses boucles.
Aujourd’hui, les ventes de CD sont toujours à la peine (– 3,2% «seulement» en 2009, mais elles auraient chuté de 50% depuis 2004) et le téléchargement légal est encore loin de compenser ces pertes. Tandis que personne ne sait très bien comment empêcher l’échange gratuit de fichiers musicaux (téléchargement illégal), le vinyle, lui, se porte comme un charme: + 2% l’année dernière, la meilleure depuis 1991.
En tête des ventes, les grands classiques du répertoire (Beatles, Stones, Hendrix, Dylan) et de la variété (Mylène Farmer, Madonna, Johnny, Sylvie), dans des rééditions toutes empreintes de nostalgie. Mais les plus jeunes ne sont pas en reste: Lady Gaga comme Gorillaz, Jack Johnson ou Nas délivrent à nouveau leur production au format 33 tours. Et parviennent même à vendre leurs disques beaucoup plus cher qu’ils ne coûtaient il y a trente ans!
Qui a une fois éprouvé la moindre émotion au contact d’une boîte de CD? Avec le 33 tours, c’est autre chose: jolie pochette cartonnée – on peut toujours la mettre au mur – et cette galette noire de 180 grammes, qu’il faut extraire délicatement de sa pochette, retourner toutes les vingt minutes… Le vinyle est un bel objet (le design s’en empare régulièrement), le CD n’est qu’un support.
Nourrie au MP3, la génération de l’iPod et de la musique au kilomètre découvre avec bonheur ce format particulier du 30 cm, avec sa durée limitée, sa face A, sa face B… C’est tellement cool que le son semble plus chaud, la musique elle-même plus profonde et plus belle.
Bien choisir sa table tournante
Logique, la bonne santé des 33 et des 45-tours a relancé la construction des machines capables de les mettre en œuvre: les tables tournantes comme disent joliment les Québécois. Dès 100 francs, on trouve des platines équipées d’une sortie USB pour les relier à l’ordinateur (et transférer ainsi sa vieille discothèque) ou d’une prise spécial iPod. Pour profiter vraiment de la qualité d’un vinyle, compter quelques centaines de francs de plus pour un tournedisque hi-fi (Lenco, Thorens). On peut aussi craquer pour un modèle délicieusement rétro comme le Crosley (www.crosleyradio.com) en photo ci-contre.
L’avis d’un vendeur professionnel
Questions à Kevin Shaw, copropriétaire du magasin Bel-Air Records, à Lausanne.
Le retour du vinyle n’est-il qu’une simple mode?
Non, c’est un réel retour, qui aura ses limites. Le vinyle reste une niche, représentant entre 0,5 et 1% de la production musicale. Toutefois, le marché est porteur, sinon comment expliquer que de grandes surfaces comme Migros proposent de simples platines à 100 francs déjà?
Les avantages du vinyle face au CD?
Pour celui qui est bien équipé, d’abord la qualité sonore. Le CD est bien en deçà! Ensuite, il y a l’objet, la pochette, etc.
Quels vinyles se vendent le mieux?
Cela dépend. La FNAC va vendre plutôt des nouveautés et des rééditions de grands classiques. Chez nous, on trouvera des rééditions plus obscures, des disques de collection aussi.
L’internet constitue-t-il pour vous une concurrence?
Selon moi, c’est un complément, mais gare aux cotations erronées et aux frais de port! L’interactivité, pour prendre un mot à la mode, est meilleure chez nous.
Bel-Air Records, rue de Bourg 51 (1er étage), Lausanne. Tél. 021 312 78 59. Sur le web: www.belair.li
En quête de collectors
La collectionnite aiguë est un mal incidieux, qui touche essentiellement les mecs.
Le fou de vinyles ne connaît pas la crise: il l’ignore. La faute à l’internet, qui a mondialisé le marché, mettant à votre porte le Japon, les Etats-Unis et l’Europe entière. Parmi les sites les plus complets: www.vinyltroc.com www.cdandlp.com ou encore gemm.com.
Parallèlement, il y a les sites de petites annonces ou d’enchères, tels que www.ebay.ch, www. ricardo.ch ou encore www. priceminister.com. Que vous soyez fan des yéyés, d’Ennio Morricone ou de punk-rock, il y en a pour tous les goûts. Méfiezvous néanmoins des cotations, pas toujours très fiables, et des frais de port, souvent prohibitifs. Choisissez de préférence le système de paiement PayPal, sorte de sas virtuel de protection entre vendeur et acheteur.
Fixez-vous un plafond, 40 francs par exemple, histoire d’éviter les haut-le-cœur à l’arrivée du décompte de votre carte de crédit!
Si l’on trouve des 45-tours à tous les prix, un super collector peut, lui, valoir une fortune, à l’image de ce single demo des Pink Floyd datant de 1967, intitulé Arnold Layne, proposé par le site gemm.com à 7792 dollars!
Précisons en passant que la valeur d’un vinyle, qu’il s’agisse d’un 33 ou d’un 45-tours, dépend de sa rareté, mais tout autant de l’état du sillon et de la pochette. N’hésitez pas à consulter un vendeur spécialisé!
Stigmate-Records Shop, rue de la Servette 3, Genève; Oldies Shop, Effingerstrasse 4, Berne.