DALLAS SUR SEINE

Par Michel Jeanneret - Mis en ligne le 20.06.2012

 

Que s’est-il passé dans la tête de Valérie Trierweiler, lorsque son doigt a validé le message de soutien public – le fameux tweet – à l’adversaire de Ségolène Royal dans le cadre des législatives françaises? Difficile d’imaginer qu’il s’y soit produit quelque chose de bien concret. On ne peut que lui souhaiter d’avoir agi par jalousie, ce qui paraît largement préférable à la sottise. Même s’il se trouve que les deux peuvent fort bien faire la paire. Dans les débats qui ont suivi, au milieu de la déferlante de poncifs sur la légitimité de son geste de femme libérée, tout le monde, ou presque, a en effet oublié de relever le plus important: s’il est évident qu’on doit laisser à une compagne de président le loisir d’exprimer son opinion comme elle l’entend, on est également en droit d’espérer qu’elle ait la clairvoyance de sentir les moments où il vaudrait mieux la mettre en veilleuse. Ça s’appelle avoir du sens politique. Une forme d’intelligence qui semble malheureusement lui faire défaut.

S’il n’y avait que les conséquences électorales ou la posture délicate dans laquelle le président de la République se retrouve aujourd’hui, toute cette histoire resterait amusante. Mais le plus fâcheux dans cette affaire, c’est que sous le couvert d’une pseudo-émancipation, au prétexte d’une indépendance revendiquée à travers des conventions qu’elle se targue juvénilement d’envoyer valser («Première dame n’est pas une formule qui me convient», «François me fait confiance pour tout, sauf pour mes tweets» – ce qui, soit dit en passant, crédite au moins son «Franfran» d’une belle lucidité), Valérie Trierweiler nourrit en fait les pires clichés. Son coup vache envers Ségolène fait dire aux phallocrates qu’on ne peut pas attendre d’un président ne maîtrisant pas sa moitié qu’il tienne l’ensemble d’un pays comme la France. Sans compter que cet acte de jalousie renforce le lieu commun selon lequel les femmes rivales sont difficilement capables d’élever le niveau au-dessus du crêpage de chignon. Bref, en voulant prouver à la face du monde qu’elle était une femme libre, la «première compagne» vient de démontrer qu’elle est asservie par ses propres turpitudes.

La France voulait un président «normal», la voilà servie avec un François Hollande empêtré dans une intrigue sentimentale des plus ordinaires. Pas sûr, toutefois, que cela soit cette normalité-là que les Français réclamaient.