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Daniel Vasella
Un grand patron sur le terrain
Le patron de Novartis s’est rendu en Tanzanie pour y rencontrer des lépreux, des sidéens et des gens touchés par la malaria. A cette occasion, on a pu voir un médecin à l’œuvre, doublé d’un homme d’une grande sensibilité.

Par Max Fischer - Mis en ligne le 04.08.2009
Cecilia est aveugle, ses mains et ses pieds sont estropiés. Longuement, Daniel Vasella tient délicatement sa main dans la sienne et parle à la vieille femme. Cecilia Simon a entre 70 et 75 ans. Elle-même ne sait pas son âge avec exactitude, ni personne, d’ailleurs, dans la léproserie de Nazareti, dans le sud-ouest de la Tanzanie, à 420 kilomètres de Dar es-Salam, la principale ville du pays. «Ce que nous pouvons encore donner ici à cette femme, c’est un peu de dignité humaine», glisse Daniel Vasella.

En polo blanc, jeans et baskets, il ne ressemble pas vraiment au CEO et président du géant pharmaceutique Novartis. La façon dont il aborde les malades de la lèpre, puis plus tard ceux du sida et de la malaria, trahit le médecin de formation. Mais elle montre aussi l’homme sensible derrière l’inflexible patron.

Dans une enquête menée auprès de ses lecteurs par le journal économique de référence Financial Times, Daniel Vasella a été élu homme d’affaires européen le plus influent de ces vingt-cinq dernières années. Mieux: sous sa direction, Novartis a été désignée entreprise mondiale parmi les plus respectueuses d’une éthique (Ethisphere Institute), les plus admirées (Fortune Magazine) et les plus respectées (Barron’s Magazine).

Alors, pourquoi ce capitaine d’industrie est-il si mal aimé?

Monsieur Vasella, en 2008 Novartis a réalisé un chiffre d’affaires de 41,4 milliards et un bénéfice net de 8,1 milliards de dollars. Pourquoi ne donnez-vous pas gratuitement des médicaments contre la malaria aux peuples les plus pauvres de la Terre?

Je n’ai pas honte. L’an dernier, nous avons injecté 1,5 milliard de francs dans des programmes d’aide au développement. Ça correspond à environ 3% de notre chiffre d’affaires. Mais il ne s’agit pas seulement d’argent.

C’est pourtant le point sensible.

Cette question est beaucoup plus complexe. Dans un pays comme la Tanzanie, il faut une infrastructure pour distribuer les médicaments. Il faut aussi des gens qui savent reconnaître la malaria ou le sida. Après ça, il faut tout systématiser pour que ça dure. Enfin, bien sûr, il faut un financement.

Depuis peu, vous avez introduit un système de bonus pour le travail dans l’aide au développement.

Auparavant, les fonctionnaires et le personnel médical recevaient une certaine compensation pour leurs séances et leurs voyages professionnels. Alors, ils prenaient beaucoup de rendez-vous et augmentaient ainsi leur revenu. Nous avons renversé le système: quand les gens atteignent certains objectifs, ils reçoivent un bonus qui compense au moins les précédentes rémunérations. Nous avons créé un stimulant selon le résultat et cessé celui des frais.

C’est à Kibaoni, à quelques kilomètres du chef-lieu du district, Ifakara, que les malades du sida et de la malaria viennent chercher leurs médicaments, dans un centre régional médical. Pas de transports publics ni de route asphaltée. Une mère est venue dans la poussière avec, sur le porte-bagage de son vélo, sa fille atteinte de la malaria. Ce n’est pas une exception. Parfois, les patients vivent à 100 kilomètres, voire davantage. Ils doivent même louer leur vélo. Il n’est pas rare qu’ils soient d’abord contraints de vendre leur bétail et leur mobilier pour pouvoir payer les traitements.

«Je n’ai pas honte. L’an dernier, nous avons injecté 1,5 milliard de francs dans le développement»

Durant la sécheresse, ce long voyage sur des routes défoncées est une véritable torture. Pendant la saison des pluies, quand la région est inondée, il n’y a plus de liaison possible. On comprend alors mieux ce que veut dire Daniel Vasella quand il suggère que la distribution de médicaments gratuits ne règle rien dans de telles contrées. A coups de spectacles mélangeant musique, danse et infos sur la malaria, les spécialistes de la Fondation Novartis pour le développement durable essaient de sensibiliser la population rurale à cette question. Ils veulent persuader les gens que ce ne sont pas de mauvais esprits qui génèrent cette maladie mais la femelle de l’anophèle, qui sévit entre le coucher et le lever du soleil. Et qu’on peut s’en protéger avec des moustiquaires et des aérosols antimoustiques.

Monsieur Vasella, méritons-nous ce bonheur de vivre en Suisse dans une région épargnée par une telle plaie?

Ça fait évidemment partie des secrets de Dieu. Et nous ne devrions pas tenter de les sonder. Il faut les accepter comme tels. Pourtant, je suis confiant qu’ici, en Tanzanie, nous pouvons faire quelque chose. Mais nous devons aussi veiller à ne pas appliquer partout nos standards.

Qu’entendez-vous par là?

Nous devons accepter que quelqu’un soit satisfait de choses que nous tenons pour inimaginables. Le bonheur ne dépend pas seulement d’un frigo, d’une voiture, d’un poste de télévision ou d’une voiture de luxe.

Vivons-nous trop bien en Suisse?

Personne ne va jamais trop bien. Mais pour nombre d’entre nous, ça va si bien du point de vue financier que bien des choses semblent aller de soi. L’important, pour moi, est que chacun dispose au moins d’une assistance minimale de qualité et humaine.


Tombe de sa mère profanée

L’urne a été exhumée et volée par des extrémistes.

Daniel Vasella est un homme qui suscite l’admiration, l’hostilité, voire la haine. La semaine dernière, dans un cimetière de Coire, des militants anti-expérimentations animales n’ont pas hésité à profaner le caveau familial du patron de Novartis. Ils s’en sont pris à l’urne funéraire de sa mère: ils ont exhumé et dérobé les cendres de la défunte, avant de maculer la pierre tombale. Cette action porte la signature de l’organisation de défense des animaux SHAC. Basée en Grande-Bretagne, elle milite pour la fermeture d’une entreprise britannique qui mène des expérimentations sur des animaux sur mandat de firmes pharmaceutiques. Des membres de SHAC ont déjà recouru à la menace pour intimider des employés de Novartis, en mettant le feu aux voitures de ces collaborateurs. Une installation sportive du groupe a été incendiée en France. Cette organisation est considérée comme terroriste dans certains pays. (ats)


Aide à long terme

Jusqu’à présent, Novartis a livré à la Tanzanie 250 millions d’unités du médicament antipaludique Coartem à prix coûtant. A part ça, en plus du travail d’infrastructure mené par la Fondation Novartis pour le développement durable (formation de spécialistes, prévention et explication à la population, meilleur accès aux médicaments et aux centres médicaux), ces trois ou quatre prochaines années le géant pharmaceutique cédera à l’Etat africain 250 000 autres traitements de la tuberculose.



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Tags: Daniel Vasella, Novartis, lépreux et sidéens de Tanzanie, malaria Aller en haut de page Haut de page

 

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