Si vous êtes de ceux que Carla Bruni Sarkozy insupporte, avec sa voix légèrement éraillée et ses bonnes manières, pauvres de vous… La première dame de France est partout. Et, à en croire certaines sources élyséennes, son influence sur Sarko, manifeste sur le plan culturel, va croissant, modifiant le physique même du président: après l’avoir privé de chocolat pendant sa convalescence, elle l’a mis au régime. Résultat: 7 kilos en moins!
L’ancienne top-modèle, âgée de 41 ans, fascine autant qu’elle agace. Le lancement de son nouveau site web (carlabrunisarkozy.org) a fait exploser la Toile. Le génial Woody Allen rêve de tourner avec elle. Les stars les plus en vue se mobilisent pour sa fondation. La presse, enfin, n’en finit pas de roucouler. Ainsi, tandis que L’Echo des Savanes la sanctifie à sa une, le magazine Elle ose, sans rire, la comparer à Mère Teresa!
«On dit que Carla est la même partout, mais moi, je ne vois pas ça. Sa métamorphose est constante»
Sophie Cadalen, psychanalyste
Difficile de savoir ce qu’en pense l’intéressée elle-même. Dans un film de Gérard Miller intitulé La première séance, à voir sur France 3 Ile-de-France le 7 novembre puis début 2010 sur le plan national, la belle révèle suivre une psychanalyse depuis 2001, l’année même où, ironie du sort, une certaine Lady Diana tirait tragiquement sa révérence. Et si c’était elle que les Français espéraient retrouver en Carla? Petit jeu de comparaison avec Sophie Cadalen*, psychanalyste à Paris.
Diana a souffert du manque d’amour, plongeant dans la boulimie. Carla, elle, met Sarkozy au régime. Leurs trajectoires semblent vraiment opposées, non?
Ce sont deux femmes très tranchées, en effet, mais qui se répondent dans leur opposition. Elles ont toutes les deux une dimension névrotique très forte.
Carla aussi?
Bien sûr! Diana, évidemment. La boulimie, comme l’anorexie, est toujours révélatrice d’un rapport extrêmement compliqué, et en tout cas très douloureux, au désir. Mais Carla aussi a un rapport suspect au désir. Son besoin d’épingler ses trophées, de le faire savoir, c’est ce qu’on peut qualifier d’hystérie en psychanalyse.
Son tableau de chasse masculin l’a aidée à se construire?
Elle collectionne les maîtres. Elle a besoin d’un maître, qu’elle va forcément jeter en cours de route, parce qu’il la décevra. Il ne l’aura pas amenée aussi haut qu’elle le voulait… Je trouve aussi que, dans sa métamorphose, soit de la Carla sulfureuse devenue poupée Barbie toute sage, elle joue le jeu tellement à fond que ça en devient louche.
Carla a un côté vampire, se nourrissant de chaque amant. La princesse Diana, elle, s’est vengée, une fois trompée par Charles, en provoquant la couronne dans le choix de ses amants…
Oui. On peut qualifier Carla de femme fatale par excellence. On a l’impression qu’aucun champ de pouvoir n’a échappé à ses tentacules. Son potentiel féminin se nourrit de chaque conquête. Dans la première partie de sa vie, Diana n’était qu’une potiche plutôt vouée à s’étioler, à s’assécher, à disparaître. Elle n’était là que pour lustrer la dorure monarchique.
Sur le nouveau site web de Carla, on ne trouve pas trace de l’artiste. Pourquoi faire ainsi la part des choses?
Il me semble, mais je ne connais pas la dame, que cela relève de ce que je suppose être son côté très contrôleuse. Des tas de gens tentent ainsi de dissocier leurs pans de vie, sans avoir son habileté. Disons qu’elle tient l’affaire, tout en jouant à la grande dame, comme une gamine.
«Carla veut être plus que Diana, plus que Jackie Kennedy, plus que Letizia d’Espagne!»
Sophie Cadalen
Sur scène, pourtant, elle semble crédible, non?
Oui, mais on dit qu’elle prend des risques, qu’elle s’expose. Moi, je ne trouve pas tellement. Elle va sur des terrains où son côté gagneuse pourra s’exprimer et elle dissocie, pour mieux contrôler.
Vous ne semblez pas convaincue par la fausse insouciance qu’on attribue généralement à Carla, pourquoi?
Je ne suis pas dans son intimité mais, vu de loin, je trouve son parcours très organisé. Sa décontraction même s’en trouve très affectée, parce qu’elle est très différente d’un milieu à l’autre. Topmodèle, elle était super rock’n’roll! Aujourd’hui, elle s’exprime dans cette espèce d’air affable, le mot chouchou qu’elle réserve à son époux, etc. On dit que c’est la même partout, mais moi, je vois une métamorphose constante, d’où les tailleurs un peu stricts et pastel qu’elle porte en ce moment.
N’en fait-elle pas trop, parfois, dans la décontraction?
Si, je trouve. Il y a un côté dans sa façon de sourire, dans ses airs appuyés, qui renvoie à cette idée de gamine jouant un jeu à fond et qui, sur un plateau de télé, va parler littérature en citant Proust. Les gens se disent: «Mon Dieu, qu’elle est intelligente!» Non! Elle a les bons codes, au bon moment. C’est appliqué, retenu, contrôlé: l’inverse de la décontraction.
Carla semble bien décidée à s’octroyer du pouvoir. Qu’en pensez-vous?
Je pense qu’il y a chez cette femme l’envie très forte d’être tout en haut. Rockers, écrivains, philosophe: je ne connais pas tout son harem, mais il y a une volonté. Là, c’est le top qu’elle veut. En même temps, je ne peux m’empêcher de voir Carla Bruni comme une vitrine. Certains disent qu’elle a infléchi les positions de Sarkozy. Ouais… Moi, en tout cas, je ne ressens pas l’alter ego politique, comme au sein du couple Obama. Les Sarkozy sont un peu le fairevaloir l’un de l’autre, alors que, chez les Obama, on devine un vrai partenariat.
Etes-vous perplexe sur l’avenir du couple Sarkozy-Bruni?
Moi, je me dis qu’à un moment donné, elle se lassera et Sarko cessera de l’amuser. C’est le propre de l’hystérie. Pour l’instant, le petit bonhomme est en pleine ascension, mais un jour il ne sera plus à la hauteur…
La qualifieriez-vous plutôt d’enfant gâtée prête à se débarrasser de ses jouets ou de vraie tueuse?
Je pencherais plutôt du côté de la tueuse, parce qu’elle n’est pas sotte. Le milieu politique a des côtés fascinants et d’autres finalement assez méprisables, assez stériles aussi. Un jour, elle n’aura plus de combat à mener, ou elle les aura gagnés, et ce milieu-là sera trop étriqué pour elle.
Elle aura fait le tour de la question?
Elle aura besoin de changer d’air, oui. J’ai toujours pensé qu’il était plus en danger qu’elle, parce que dans cette association Sarkozy devait, lui, se refaire une légitimité maritale.
A propos d’élégance, on disait à l’époque de Diana qu’elle faisait la mode. Vous-même, vous sentez-vous inspirée par Carla?
Non, je n’aime pas. Cela me fait rire. J’ai l’impression d’avoir affaire à une sorte de poupée ou plutôt à quelqu’un qui joue à l’être. Avec ses cheveux super lisses et ses pommettes roses, je la trouve féroce. Elle veut être plus que Diana, plus que Jackie Kennedy, plus que Letizia d’Espagne: elle veut être partout!
Quand le magazine Elle lui prédit un avenir à la Mère Teresa, vous adhérez?
Non. Cette femme est un phénomène en soi, indéniablement, dans son besoin d’exister. Je pense même qu’il y a quelque chose de pathologique, une grande anxiété sans doute, qui est son moteur. Elle a un parcours étonnant. Maintenant Mère Teresa, non! Carla n’a pas vocation à servir des causes. Elle se sert elle-même.
* L'ouvrage de Sophie Cadalen