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Un mur entre deux mondes
Construit en 1961 et sans cesse renforcé pendant vingt-huit ans de tyrannie, le mur de Berlin s’est effondré en quelques heures dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Symbole de la dictature communiste d’Allemagne de l’Est, son ouverture a laissé s’engouffrer un extraordinaire vent de liberté.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 05.11.2009

D’abord de petits groupes d’une dizaine de personnes. Puis cent, cinq cents, mille. Toutes convergent vers des zones jusque-là rigoureusement interdites: les points de passage à Berlin-Ouest… A 23 heures, ce 9 novembre particulièrement doux pour la saison, ils sont des dizaines de milliers, incrédules et tout intimidés, à battre le pavé à la Bornholmer Strasse et devant le fameux Checkpoint Charlie.

Aussi disciplinée que les gardes-frontières qui, sans ordres, demeurent parfaitement impassibles, la foule demande simplement que soit appliqué ce que tous ont entendu tout à l’heure à la télévision: «Ouverture des frontières sans restrictions, mesure en vigueur à partir de… Immédiatement!»

La phrase a été lâchée à 18 h 57, devant une centaine de journalistes étrangers, par Günther Schabowski, porte-parole du gouvernement est-allemand, alors qu’il leur présentait des mesures censées calmer le mécontentement grandissant de la population.

Depuis le début de cette année 1989, les manifestations d’abord entamées à Leipzig avec le soutien des pasteurs protestants, s’étaient progressivement étendues à toutes les grandes villes du pays. Pacifiques, mais de plus en plus résolus, les Allemands de l’Est réclamaient à leurs gouvernants un peu de cette perestroïka (restructuration) mise en route depuis 1985 en URSS par Mikhaïl Gorbatchev. Le 6 octobre, à Berlin, lors des manifestations du 40e anniversaire de la RDA, la jeunesse communiste avait ovationné Gorbi, lui hurlant de les aider, et même osé siffler Erich Honecker, le leader au pouvoir depuis 1976 et totalement sclérosé dans ses convictions staliniennes. Dix jours plus tard, le vieil apparatchik avait finalement été démis de ses fonctions (avec les encouragements de Gorbatchev) et remplacé par son dauphin, Egon Krenz, réputé plus ouvert au changement.

Immigration massive

Trop tard. Profitant des ouvertures survenues en Hongrie – qui avait démantelé le rideau de fer sur sa frontière avec l’Autriche – et en Pologne – dirigée depuis le 19 août par un non-communiste – des milliers de ressortissants de RDA s’entassaient déjà dans les ambassades ouest-allemandes de ces deux pays. C’est pour prévenir cette immigration désormais massive que les dirigeants est-allemands avaient imaginé assouplir le système des voyages à l’étranger, mais certainement pas de faire tomber le mur…

Ironie de l’histoire: c’était aussi pour empêcher la fuite de sa population (2,46 millions de fugitifs entre 1949 et 1960) vers les quartiers de Berlin contrôlés par les anciens alliés français, anglais ou américains, que LE mur avait été érigé dans la nuit du samedi au dimanche 13 août 1961.

Sans cesse perfectionnée, cette double barrière de 155 km de long, bornée de 302 miradors, séparée par un no man’s land gardé par 14 000 gardes-frontières et un millier de chiens, coupait littéralement en deux les quartiers, les rues, les maisons. Près de 300 personnes sont mortes en tentant de la franchir. Et soudain ce 9 novembre 1989… Il est 23 h 30 lorsque les gardes ouvrent les barrières et laissent passer les premiers Berlinois en direction de l’Ouest, où des foules immenses les acclament. Ils n’ont que quelques pfennigs est-allemands en poche, mais le champagne et la bière coulent à volonté. Bientôt, ce sont des dizaines de petites Trabant pétaradantes qui, dans un concert de klaxons, roulent en direction du Ku’damm, les Champs-Elysées de Berlin si longtemps rêvés, «comme si des centaines de mariages défilaient sous mes fenêtres», dira plus tard le responsable est-allemand de la frontière!

Au premier matin de cette nuit sans sommeil, 60 000 Est-Allemands ont déjà «fait» le mur tandis que des dizaines de «pique-verts» armés de marteau et de burin s’attaquent à réduire en morceaux – bientôt vendus aux touristes – 7200 m3 de béton.


Exposition photo en plein air «MURS»
Dates: Du 09.11.2009 au 31.12.2009
Horaires: Une exposition plein air ouverte jour et nuit
Adresse: Pont de la Machine
Genève
022 734 19 64
Web : http://www.imaginaid.org

20 ANS APRÈS LA CHUTE DU MUR DE BERLIN


Le 9 novembre 2009 se déroule la célébration des 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Dans le contexte de cet événement, l’association de promotion culturelle Imaginaid présente «MURS», en partenariat avec la Ville de Genève. À travers 24 photographies de 19 photographes de renom, imprimées sur bâches diffusantes, rétro-éclairées, cette exposition se veut un parcours initiatique le long de ces murailles contemporaines qui divisent, cloisonnent et meurtrissent les vies des peuples qui vivent dans leurs ombres, voire défigurent les paysages où ils sont enracinés.


Images :
   



Tags: mur de Berlin, 9 novembre 1989, RDA, Allemagne de l'Est, frontières, communisme


 

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