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Yann Arthus-Bertrand
Un photographe au secours de la forêt malgache
Alors que les pays de la planète s’apprêtent à marchander à Copenhague leurs réductions respectives de gaz à effet de serre, des organisations et des sponsors collaborent notamment pour freiner la déforestation. Le photographe-vedette est allé visiter le projet que mène sa propre fondation avec le WWF et Air France.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 17.11.2009
Agir pour la planète, pour son climat, pour sa biodiversité, et avec les habitants des zones à conserver! Mais aussi agir bien, avec les lumières de la science. C’est ce type de défi que relèvent ensemble, à Madagascar, la compagnie Air France, la fondation GoodPlanet du photographe Yann Arthus-Bertrand et le WWF international. La première a donné 5 millions d’euros (7,5 millions de francs). La deuxième a été chargée de superviser l’affectation de cette somme considérable tout en participant directement au travail sur le terrain dans sa spécialité, celle du carbone. Quant à la grande ONG au panda, présente depuis des décennies sur sol malgache, elle peut, grâce à ce partenariat d’une ampleur financière sans précédent, renforcer massivement son action en faveur du maintien des dernières forêts, humides ou épineuses, de la grande île.

Vaste comme la France

Madagascar… Un nom qui tinte à lui seul comme un voyage. Une île vaste comme la France, proche de l’Afrique mais pas vraiment africaine. Son fabuleux mélange de populations, ses lémuriens, sa vanille, ses troubles politiques récents, sa pauvreté sévissant jusqu’à la malnutrition… Et sa forêt, ou plutôt ce qu’il en reste, puisque la moitié de son couvert est parti en fumée ces cinquante dernières années, notamment en raison de la culture sur brûlis.

«Regarde! Là-bas! C’étaient des forêts avant!» s’écrie l’homme de La Terre vue du ciel. Yann Arthus-Bertrand (YAB) est venu accompagner les journalistes invités par Air France. «Mais ce n’est pas moi qu’il faut interviewer, ce sont les gars du WWF et les miens de GoodPlanet. Ce sont eux, les spécialistes. Et parlez aussi avec les habitants! Car ce projet, si tout va bien, dans une année, ce sont eux qui en seront les gestionnaires. Et puis n’oubliez pas les gens d’Air France, car on peut dire ce qu’on veut, mais des entreprises privées qui se mouillent comme ça pour le climat, pour la planète, c’est génial! Rien n’est parfait, bien sûr, dans tout ce que l’on entreprend. Mais le pire, c’est de ne rien faire. Alors, oubliez un peu votre cynisme et votre scepticisme perpétuels, les journalistes! J’ai encore pu vérifier vos manies déprimantes avec l’accueil par la presse de mon film HOME. Faut être plus positif. Merde à la fin!»

Un ensemble où tout se tient

Mais le coup de gueule du plus fort en gueule des grands photographes du moment est superflu. La compétence et l’engagement des différents intervenants sur place, malgaches et français, font tilt auprès des visiteurs d’un projet qui n’a comme seul défaut l’excessive rigueur scientifique de son intitulé: Programme holistique de conservation des forêts. Ce «holistique» peut rebuter, mais il n’en demeure pas moins pertinent en exprimant l’idée d’un tout, d’un ensemble où tout se tient: la nature, l’économie et les hommes. Il est loin le temps où l’écologie se bornait à sauver des éléphants ou des baleines en créant des réserves naturelles ou en édictant des moratoires sur la chasse.

«Je fais partie des gens qui pensent qu’on n’a plus le temps d’être pessimiste»
Yann Arthus-Bertrand

Car la déforestation est un fléau ayant plusieurs causes, plusieurs effets, plusieurs solutions. Au chapitre des effets, il y a par exemple le plus simple à comprendre: la perte de nature, le saccage de la biodiversité. Ce sont en effet les forêts tropicales et équatoriales qui recèlent le plus grand nombre d’espèces terrestres végétales et animales. Et chaque espèce qui disparaît, même la plus discrète, ou même encore inconnue des scientifiques, c’est un déséquilibre de plus dans les interactions subtiles qui garantissent l’équilibre du vivant. Mais la déforestation, c’est aussi le cycle de l’eau qui est perturbé. C’est encore celui du carbone, ce fameux carbone qui, principalement sous forme de CO2, altère la composition de notre atmosphère et emprisonne toujours plus la chaleur du Soleil à la surface de la planète.

Ainsi, un arbre de coupé et ce sont des kilos de carbone qui partent ailleurs, essentiellement dans l’atmosphère. Exactement comme ce pétrole enfoui, lui, dans le sol et qui n’était pas destiné à brûler un jour par millions de barils quotidiens. Mais, à la différence de l’or noir et de son dérivé naturel, le gaz, un arbre peut repousser et stocker à nouveau ces molécules de carbone grâce à la photosynthèse. Encore faut-il freiner la déforestation qui arrache chaque minute dans le monde l’équivalent de 36 terrains de football (!), mais aussi restaurer les zones scalpées. Les estimations sur la responsabilité de la déforestation dans l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère varient encore énormément (entre 10 et 20 %), mais elle y joue bel et bien un rôle majeur. «Le pire, explique Samuel Vaudry, ingénieur forestier normand engagé par GoodPlanet, serait de laisser certains pays et certaines compagnies privées reforester avec des monocultures d’espèces exogènes. Il est impératif de restaurer le maximum de forêts avec des essences indigènes, avec l’aide des populations locales qui y trouveront leur compte. C’est toute la difficulté de notre projet.»

Ce Normand incarne l’ingénierie forestière au service du climat. Avec l’aide de partenaires notamment américains qui ont développé des technologies d’analyse par laser et par avion de la composition exacte des forêts, il a notamment comme mission de calculer aussi finement que possible ce que les multiples types de couverts forestiers emprisonnent comme tonnes de carbone. Car, là aussi, les estimations varient énormément. Or, connaître ces stocks de manière irréfutable, ce sera l’assurance de mieux pouvoir jouer la partie de poker-carbone planétaire qui réglera la solidarité écologique internationale encore balbutiante. Un mois avant l’ouverture du Sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague, le projet GoodPlanet-WWF, qui porte sur une surface totale de 515 000 hectares (presque la superficie du canton de Berne), cristallise donc tous les enjeux, toutes les subtilités, toutes les controverses climatiques, écologiques, économiques et sociales qui seront discutées dans la capitale danoise.

Au bord de la route qui mène à la région de Fandriana (un des cinq sites du programme), la problématique de ce cycle du carbone s’exprime d’ailleurs régulièrement sous forme de signaux de fumée: ce sont tantôt des fours à briques, tantôt la fabrication artisanale de charbon de bois, caractéristiques tous deux de Madagascar, qui consument du combustible végétal. Le volubile patron de GoodPlanet dégaine son reflex, sort du véhicule et photographie ces scènes, plus pour réaliser un carnet de route en images que pour engranger de nouveaux clichés mémorables. Car les conditions horaires de cette visite ne facilitent pas le travail d’un photographe aussi méticuleux que YAB.

Le nouvel académicien des Beaux-Arts repose son boîtier, contemple les rizières où s’acharnent femmes, hommes et enfants pour garantir leur survie alimentaire et répète son credo: «Je fais partie des gens qui pensent qu’on n’a plus le temps d’être pessimiste.» Il ira d’ailleurs début décembre à Copenhague pour le dire et le redire encore.



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Tags: planète, écologie, Yann Arthus-Bertrand, photos, Madagascar, gaz à effet de serre, reforestation, WWF, Air France, GoodPlanet Aller en haut de page Haut de page

 

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