Empêtré dans les affaires financières, fiscales ou libyennes, le président perd tout crédit et sa cote s’effondre, comme celle du Conseil fédéral. Non sans logique, les Suisses se disent dès lors prêts à renforcer la présidence.
Par
Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 17.11.2009
Il y est allé, il s’est excusé, il s’est planté: Hans-Rudolf Merz fait les frais de son activisme dans la crise libyenne. Revenu de Tripoli sans les otages suisses, roulé dans la farine par un dictateur aussi versatile qu’incontrôlable, il voit sa popularité sombrer. En un an, le ministre des Finances est passé de 79 % d’avis favorables à 41 %! Et ce alors même que la présidence de la Confédération dope généralement la cote de celui qui l’endosse. En fait, cela a été l’inverse pour Hans-Rudolf Merz. Plutôt que de bénéficier de l’aura fédératrice du président, il s’est retrouvé, de par ce rôle, au centre de la cible de toutes les attaques contre la Suisse: sur la fiscalité, sur son système bancaire ou dans ses relations diplomatiques. Résultat? Patatras! Mais ce n’est pas uniquement le président qui est visé, c’est tout le Conseil fédéral, dont la cote atteint des records de profondeur. Seuls 42 % des sondés portent encore crédit à leur gouvernement. Une vraie crise de confiance, puisque cela fait dix ans que le collège n’était pas passé sous la barre des 50 %. Dès lors, il y a une certaine logique à voir les citoyens se déclarer favorables (55 %) à un changement des institutions sous la forme d’un renforcement du rôle du président.
Si le gouvernement dans son ensemble est sanctionné, Eveline Widmer-Schlumpf, elle, trône encore au sommet de la popularité. La poigne de fer de cette petite femme qui n’a pas hésité à faire arrêter le réalisateur Roman Polanski séduit toujours autant les Suisses.
Cote d’amour du Conseil fédéral
Le Conseil fédéral plonge
Cette fois, c’en est trop: entre crise financière, crise économique, affaire UBS, et crise libyenne, la cote du collège s’effondre. Jamais, en vingt ans, la popularité du Conseil fédéral n’avait été aussi mise à mal. Des ministres qui se marchent sur les pieds en Libye, se critiquent entre les lignes dans l’affaire Polanski, et voilà le crédit du gouvernement méchamment entamé: 42 % des gens lui font encore confiance. Les Romands sont moins sévères (50 % d’avis négatifs) que les Alémaniques (61 %), les hommes (64 %) plus que les femmes (52 %), et les sondés de droite très critiques de leur gouvernement (64 % d’avis négatifs).
Etes-vous favorable au renforcement du rôle du président?
Face
aux crises politiques majeures que la Confédération a traversées cette
année, une majorité de Suisses (55 %) est favorable au renforcement de
la présidence. Face à l’internationalisation des problèmes, un
changement dans les institutions elles-mêmes n’est donc plus tabou. Un
président plus fort, plus longtemps, élu parmi les sept conseillers
fédéraux plutôt par l’Assemblée fédérale (22 %) ou le peuple (22 %) que
par le collège lui-même (10 %): voilà ce que souhaitent les sondés. Les
Alémaniques sont moins ouverts à ce changement (52 %) que les Romands
(64 %) dont près d’un tiers (31 %) souhaiteraient que le choix du
président parmi les membres du collège soit soumis au peuple.
L’analyse de Christophe Gallaz
«Dans le pétrin sous le regard du monde, ça ne pardonne pas»
La cote du collège perd 13 % en six mois. Surpris?
Non, pas du tout. Ce chiffre reflète l’impression de cacophonie que le Conseil fédéral a dégagée. Que cela soit sur l’affaire libyenne ou dans le cas Polanski, les membres du gouvernement n’ont pas parlé d’une seule voix ni même agi de manière concertée. Mais, surtout, l’opinion ne pardonne pas que la Suisse se soit retrouvée dans le pétrin sous le regard de la planète entière. Cette visibilité produit un effet démultiplicateur comme si les situations étaient d’autant plus graves qu’elles sont massivement observées.
Que pensez-vous de l’élection de M. Burkhalter?
Elle a moins été vécue comme une irruption que l’aurait été l’élection de Dick Marty, par exemple. Il a l’allure d’un bon gendre vieux, a «bonne façon», comme on dit dans le canton de Vaud. Il ne s’est jamais posé dans le partisanat, c’est tout à fait dans le sens d’un conseiller fédéral à l’ancienne.
55 % des sondés estiment qu’il faut renforcer le rôle du président en allongeant la durée de son mandat. Et vous?
Je crois que c’est une fausse bonne idée, pas très productive. Je ne suis pas certain qu’allonger le mandat change vraiment les choses. Il faudrait plutôt mieux délier le rôle assumé par le président de responsabilités collégiales. Renforcer son autonomie en quelque sorte. La durée du mandat me paraît secondaire.
Le Conseil fédéral fonctionne-t- il bien selon vous?
Non, pas très bien. Le système est bon, mais il produit l’émergence d’édiles détypés, porteurs d’un discours moyen et d’idées moyennes. Je me demande d’ailleurs si c’est le système qui amène cela ou si c’est le tempérament suisse, le poids de l’histoire de la Confédération qui conduisent à ce type d’Homo helveticus.
65 % des Romands souhaitent renforcer la présidence, 52 % seulement des Alémaniques?…
Les Alémaniques font plus confiance aux procédures consensuelles. La culture du consensus est d’ailleurs plus germanique que latine, cela se vérifie en Europe.
Le classement des sept Sages
Comment jugez-vous leur action politique ces six derniers mois?
Seules les personnes qui ont pu citer le nom et la fonction du conseiller fédéral concerné et qui ont exprimé une opinion sur son action politique sont prises en considération.
Sondage réalisé du 28 octobre au 4 novembre 2009 par l’Institut MIS Trend, à Lausanne, auprès de 600 citoyens suisses (300 Romands et 300 Alémaniques), âgés de 18 à 74 ans, représentatifs de la population.
Les résultats sont pondérés afin de redonner à chaque région linguistique son poids démographique réel. Marge d’erreur sur le total: ± 4,0%.
Bonne 85%Mauvaise 15%Installée
Elle a choisi d’être au gouvernement et force est de constater qu’elle s’y sent bien. Eveline Widmer-Schlumpf est solidement installée en tête du baromètre du Conseil fédéral. Son style entre ex-victime (des attaques de l’UDC) et bourreau (dans l’affaire Polanski) plaît beaucoup. Seul un quart des sondés de droite (26%) lui tiennent encore rigueur de l’exclusion de Christoph Blocher du Conseil fédéral. En revanche, les sondés sans opinion politique la plébiscitent: 100% jugent son action positive! Seul bémol: alors que 40% des gens estimaient son travail «très bon», ils ne sont plus que 28% aujourd’hui.
L’avis de Christophe Gallaz
«Stoïque ménagère»
«Elle a repris de Ruth Dreifuss le rôle tutélaire de la femme impavide et stoïque, mais chez elle en version ménagère. Elle rassure, tout en proposant de quoi flatter la fibre des Suisses manœuvriers et affamés de vertus fétichisées. Preuve en est ce côté mère Fouettarde qu’elle manifeste souvent comme avec l’arrestation de Polanski.»
Bonne 81%Mauvaise 19%Ascendant
Plus 6 % en six mois: Ueli Maurer séduit toujours davantage. Paradoxalement, il doit son ascension aux sondés de gauche qui, s’ils n’étaient que 31% à juger son élection comme une «bonne chose» il y a six mois, sont aujourd’hui 70 % à estimer son action positivement. Si le chef de parti faisait peur, le conseiller fédéral, lui, rassure. Pas d’éclats de voix, pas de rupture de collégialité, à la tête d’un Département militaire qui, dans le fond, n’intéresse plus grand monde, même l’intéressé dit s’ennuyer. Avions de combat ou pas, soldats à l’étranger ou pas: finalement, tout le monde s’en fiche et Ueli Maurer prospère.
L’avis de Christophe Gallaz
«Un tour de passe-passe»
«Il s’est coulé dans le fonctionnement du consensus gouvernemental. Après l’ère des rodomontades en apesanteur partisane comme président de l’UDC, voici celle du fonctionnariat face aux faits. Ce qui passe aux yeux des Helvètes pour de la compétence attentive. De Genève à Romanshorn, rien n’est plus aimé que ce tour de passe-passe.»
Bonne 74%Mauvaise 26%Descendante
Malgré la crise et le chômage qui augmente, les trois quarts (74 %) des sondés la soutiennent. Au royaume des ministres de l’Economie, ils doivent être nombreux à l’envier. En un an, elle a tout de même perdu deux rangs et 15 % de sympathies. Les lancers de bottes paysans à Saignelégier (JU) n’ont eu que peu d’écho sur sa popularité. Mais c’est évidemment à la campagne que cette libre-échangiste est la moins aimée (62 % d’avis positifs). Son problème est ailleurs: bien qu’elle siège depuis trois ans et demi au Conseil fédéral, plus de la moitié des sondés (53 %) ne sait toujours pas ce qu’elle y fait.
L’avis de Christophe Gallaz
«Sa joliesse est utile»
«La caravane des crises passe, le charme de la ministre demeure. Il faudrait que celle-ci multiplie les fautes graves ou prenne trop ouvertement le parti des puissants pour chuter dans les sondages. Sa joliesse est utile au pouvoir économique dont elle masque la férocité et console le peuple qui la suppose bienveillante.»
Bonne 63%Mauvaise 37%Stagnant
C’est peut-être cela le plus inquiétant pour Moritz Leuenberger: sa cote stagne depuis plusieurs années aux alentours des 60 %. Après quatorze ans passés au Conseil fédéral, susciterait-il l’indifférence de la population? C’est en tout cas le conseiller fédéral sur lequel les sondés ont le moins d’avis (13 % ne savent pas). Mais celui qui polarise le plus: 80 % des sondés de droite le soutiennent, alors que 56 % des sondés de gauche le jugent mauvais. Le Zurichois séduit plus les femmes (72 % d’avis favorables) que les hommes (57 %) et moins les Romands (55 %) que les Alémaniques (65 %).
L’avis de Christophe Gallaz
«Agir au conditionnel»
«Moritz Leuenberger, c’est la discrétion, l’inefficacité, voire le couac mués en qualités dès lors que l’on sait leur auteur intelligent. Tel est le principe de ce ministre qui incarne le verbe agir au conditionnel. Dans ce pays, il suffit parfois de savamment montrer que l’on pourrait accomplir les tâches les plus lourdes.»
Bonne 61%Mauvaise 39%Glissante
La dune de la popularité est glissante pour Micheline Calmy-Rey. Avec 61 % d’avis favorables, elle poursuit une descente amorcée en 2007. La cheffe des Affaires étrangères ne dit pas merci à Kadhafi, car la crise libyenne précipite certainement sa chute. Les hommes ne sont plus que 54 % à la soutenir contre 61 % il y a six mois et les Romands 66 % contre 74 % en mars dernier. Les attaques à répétition contre la Suisse ont affecté la cote d’une ministre chargée de nos relations extérieures. Les foyers modestes touchés par la crise perdent confiance dans la ministre socialiste, sa cote passant de 70 à 56 % d’avis favorables.
L’avis de Christophe Gallaz
«Déjà-vue prévisible»
«Le déficit de compétences qu’on lui prête, notamment dans l’affaire libyenne, a effrité sa cote. Si elle ne s’effondre pas davantage malgré les ans qui muent cette ministre en déjà-vue prévisible, elle le doit à un surcroît de visibilité né de son commerce avec les grands de ce monde. Les voyages ne fabriquent pas que la jeunesse…»
Bonne 41%Mauvaise 59%Abyssal
Moins 20 points en six mois; 38 en une année! C’est du jamais-vu dans histoire du baromètre de L’illustré. Hans-Rudolf Merz plonge corps et biens dans les abysses de notre sondage. Le président paie cash les catastrophes de l’année: crise financière, crise économique, crise UBS et surtout affaire libyenne. Avec Kadhafi, Merz n’a pas seulement perdu la face, il a aussi perdu la confiance des citoyens. Et les plus jeunes (18-34 ans) sont les plus sévères (69 % d’avis négatifs). Seuls les sondés modestes (55 % d’avis positifs) et ceux sans opinion politique (65 %) lui portent encore quelque crédit.
L’avis de Christophe Gallaz
«Une année de Merz…»
«Les miracles cardiaques ne tiennent pas face au Guide de la Révolution. Le conseiller fédéral a cassé les usages en donnant un caractère spectaculaire à son initiative pour libérer les otages. Mais lorsque l’échec est au bout du voyage, il n’en devient que plus spectaculaire aussi. Au fond, on pourrait dire que pour notre président, ce fut une année de Merz…»
Bonne 28%Mauvaise 72%Retraité
Voilà, c’est fini. On a tant ressassé les mêmes théories, mais jusqu’au bout et même avec la perspective de sa retraite Pascal Couchepin sera resté le mouton noir de notre sondage. Une épine dans le cœur de l’ancien ministre qui, malgré ses dénégations, détestait se retrouver confronté à ces mauvais chiffres. Mais soyons juste: la courbe du ministre de l’Intérieur a surtout inversement suivi celle de l’augmentation des primes maladie. Dans ce sens, le léger sursaut de ces six derniers mois (+ 6%) est une élégante manière de dire à une figure du Conseil fédéral que voilà, c’est fini.
L’avis de Christophe Gallaz
«Rhinocéros des sondages»
«C’est le rhinocéros sur qui la balle des sondages a tant ricoché qu’elle n’effleurait plus de réalité sous-jacente. Les malaimés sont dans le fond toujours plus aimés que ce que l’on pense. Pascal Couchepin a très vite endossé un rôle qui voile une vraie affection, laquelle s’est d’ailleurs manifestée lors de son départ à la retraite.»