Recherchez
  • Home
  • > «C’était une année très chargée»
« Article précédent Article actualité n°187/567 Article suivant »
L'album présidentiel de Hans-Rudolf Merz
«C’était une année très chargée»
Libye, UBS, secret bancaire: 2009 n’aura rien épargné à notre président. Hans-Rudolf Merz revient en images sur «la pire année» de mémoire de conseiller fédéral.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 15.12.2009

Monsieur le président, où allez-vous passer les Fêtes?

Je vais rester chez moi. Et, comme chaque année, j’irai voir la Coupe Spengler à Davos. Ayant moi-même joué à Herisau, je suis un fan de hockey!

Le 31 décembre à minuit qu’allez-vous penser? «Ouf, c’est fini…»?

En tant que conseiller fédéral, vous savez parfaitement que l’accession à la présidence de la Confédération est liée à des obligations supérieures, notamment dans le fait de représenter la Suisse ici et à l’étranger. C’était donc une année très chargée et j’aurai certainement l’an prochain plus de temps pour me concentrer sur les tâches de mon département.

Le sens de ma question était surtout de constater que vous avez hérité d’un véritable annus horribilis, non?

Vous avez tout à fait raison. Mon année présidentielle a été, il faut le dire, très dure. D’ailleurs, mes collègues me l’ont fait savoir eux-mêmes: de mémoire de conseiller fédéral, on ne se rappelle pas une année pareille. Mais il y aura certainement d’autres événements inattendus l’an prochain.

Comment avez-vous habité ce rôle de président?

Lors de mon allocution, il y a un an, dans l’église de Herisau, j’ai rappelé que c’était ma vingtième présidence. J’en ai eu dans l’industrie, le sport, la culture, la politique. Ce n’était donc pas quelque chose de nouveau pour moi. Mais j’ai aussi dit que ce serait la dernière. Je connaissais très bien le mécanisme des séances du Conseil fédéral et, là, tout c’est très bien passé.

L’affaire des otages en Libye a empoisonné votre présidence…

Absolument.Cela a fait de l’ombre au bilan de mon année présidentielle. Mais je suis sûr qu’il fallait que le président de la Confédération s’en occupe. D’abord, parce que le fait que deux Suisses soient retenus dans l’incertitude en Libye est inacceptable! Ensuite, parce que Etat mandataire de la Croix-Rouge, notre pays veut maintenir des contacts réguliers avec tous les pays du monde.

Les excuses à Tripoli, est-ce le pire moment de votre carrière politique?

Non, parce que je me suis excusé pour la façon dont cette arrestation s’est déroulée, mais pas pour la procédure elle-même.

On a senti la Suisse très isolée dans la communauté internationale. Est-ce aussi votre avis?

Non, nous sommes membres de la plupart des organisations internationales importantes comme l’ONU, le FMI, etc.

Quand même: dans la crise avec les Etats-Unis, face à l’Allemagne, à l’Union européenne, dans la crise libyenne, on n’a pas reçu beaucoup de soutien…

Il faut considérer deux choses. D’abord les résultats. A l’exception de la crise libyenne, nous avons résolu tous les problèmes. On a repris les standards de l’OCDE et nous avons ainsi disparu de la liste grise; on a réglé le problème avec l’UBS aux Etats-Unis; et, même si la crise touche aussi la Suisse, la Confédération a terminé l’exercice financier avec des chiffres noirs. Ensuite, il faut regarder ce qui se passe autour de nous. Même les membres de l’Union européenne ne sont pas très amicaux entre eux. Le monde globalisé est devenu plus dur, mais plus dur pour tout le monde, pas seulement pour la Suisse. La mondialisation de l’économie est accompagnée de l’internationalisation de la politique et, comme les économies et les marchés sont en concurrence, il va de soi que la politique entre aussi en concurrence.

Les Suisses viennent d’interdire la construction des minarets. Qu’est-ce que ce vote dit de notre pays?

Je crois que les Suisses ont profité de cette votation pour s’exprimer plus largement sur la situation des étrangers en Suisse. Il y a beaucoup d’inquiétudes et de craintes à ce sujet dans notre pays. On a dépassé les 20%, la plupart sont bien intégrés, mais certains groupes ne le sont pas. Et, cela, il faut l’analyser.

Comment voyez-vous l’avenir de la Suisse?

Pour affronter l’avenir, notre pays doit cultiver cinq qualités. La première, le bien-être économique. Sans une économie qui fonctionne, rien ne peut être financé. Deuxièmement, la sécurité: la population doit se sentir en sécurité partout jour et nuit. Puis il faut maintenir notre diversité culturelle, qui est une immense richesse. Vous ne trouverez pas un pays aussi riche du mélange des cultures que la Suisse. Voyez: nous avons réunis un canton comme Appenzell Rhodes-Intérieures avec la République de Genève! Quatrièmement, conserver un esprit moderne à travers l’innovation et l’éducation. Et, dernier point, maintenir notre solidarité avec celles et ceux qui ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins. Si l’on maintient ces cinq aspects à haut niveau, la Suisse continuera de prospérer.

Et votre avenir à vous?

Un jour, je vais me retirer de la politique, car j’ai quand même 67 ans. Après, j’aimerais revisiter les 25 pays dans lesquels j’ai travaillé, au Moyen-Orient, en Amérique latine, etc.

Vous n’avez pas arrêté de date de départ?

Je suis élu jusqu’à fin 2011. Si un conseiller fédéral disait un mot à ce propos, ce serait immédiatement un remue-ménage incroyable. Parler de retraite est un tabou; même entre conseillers fédéraux, on n’en parle jamais.


«Il est important de faire passer des messages»
19 avril, Palais des Nations, Genève


Rencontre avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

«Pour moi, c’était une obligation de rencontrer M. Ahmadinejad. L’Iran avait sollicité cet entretien pour transmettre des informations aux Etats-Unis, puisque la Suisse fait l’intermédiaire entre les deux pays. Nous avons discuté deux heures et demie et j’ai réussi à faire libérer la journaliste Roxana Sabéri. Je crois qu’il est important de rencontrer de tels personnages pour faire passer des messages, leur montrer que d’autres pays ont d’autres opinions. Il avait prévu de nier l’Holocauste à la tribune de l’ONU. Je lui ai dit de n’en rien faire, que j’avais dans ma famille quelqu’un qui l’avait vécu. Le lendemain, il n’en a pas parlé.»


«J’ai toujours beaucoup apprécié ses chansons»
30 juin, Palais fédéral, Berne


Remise des lettres de créance de l’ambassadeur d’Arménie, Charles Aznavour.

«Ça, c’est une des bonnes surprises de l’année. J’avais reçu les lettres de créance d’une quarantaine d’ambassadeurs et, parmi elles, celle d’un monsieur Aznavour. D’abord, je n’ai même pas réalisé que c’était lui. J’étais naturellement ravi de le rencontrer et il m’a gentiment signé une pochette de disque. A 80 ans, il a un dynamisme et une énergie incroyables. J’ai toujours bien aimé ses chansons, comme celles de Gilbert Bécaud ou d’Edith Piaf.»


«J’aime être dans la nature pour me ressourcer»
30 juillet, Schwäbrig, Appenzell


Balade champêtre avec des journalistes pour faire le point à mi-mandat.

«Le rôle de président de la Confédération est très stressant et, quand on est sous une grande pression physique, il faut prendre soin de sa santé. Pour récupérer et me ressourcer, j’aime être dehors en contact avec la nature. Je fais des balades tous les dimanches matin. Je me promène chez moi en Appenzell, mais aussi dans la splendide région du Vorarlberg, en Autriche. On y a une magnifique vue sur l’ensemble du lac de Constance.»


«Je suis fâché contre l’UBS qui nous a mis en difficulté»
19 août, Centre des médias du Palais fédéral, Berne


Annonce de l’accord entre la Suisse et les Etats-Unis concernant l’UBS.

«C’était un moment difficile. Une conséquence de la décision du Conseil fédéral du 13 mars de reprendre le standard de l’OCDE en matière administrative dans le domaine fiscal, soit un allégement du secret bancaire dans les relations transfrontalières.

Pour la petite histoire, c’était un vendredi 13… Je suis fâché contre l’UBS, car c’est à cause de ses fautes que l’on s’est retrouvé dans cette situation difficile, même si les pressions de la communauté internationale ont augmenté dès l’automne 2008.»


«Avec le président Medvedev, on a parlé russe»
9 septembre, Bellevue Palace, Berne


Visite d’Etat du président russe Dmitri Medvedev.

«Assurément un moment fort de ma présidence. C’était la première visite officielle d’un président russe en Suisse. J’ai trouvé Dmitri Medvedev très simple, très sympa, très ouvert. Le lendemain du dîner officiel, on est allés sur les traces du général russe Souvorov lors de son retrait de la campagne d’Italie. Comme je parle un peu russe, on a aussi pu converser dans sa langue. La Russie est évidemment un partenaire important pour les échanges commerciaux de la Suisse.»


«Pendant six ans on s’est vus seuls chaque semaine»
16 septembre, Assemblée fédérale, Berne


Discours de départ de Pascal Couchepin.

«J’ai dû prendre congé de mon ami Pascal Couchepin, qui a quitté le Conseil fédéral en automne. Pendant six ans, on s’est vus une heure chaque semaine en tête-à-tête pour discuter des sujets politiques. Les échanges étaient parfois très contradictoires, mais à la fin on s’est toujours accordés sur une conclusion commune. Nous ne nous sommes ainsi jamais contredits en public. On peut parfois être enclin à la solitude au Conseil fédéral. Avoir quelqu’un avec qui s’entretenir au même niveau est très précieux.»


«Kadhafi a exprimé son respect pour la Suisse»
23 septembre, mission libyenne, New York


Rencontre avec Mouammar Kadhafi.

«On s’est entretenus quarante-cinq minutes. Il a exprimé son respect pour la Suisse, un pays organisé, respectueux des droits humains. C’est pour cela que son fils voulait que sa femme accouche en Suisse. Il a été d’autant plus surpris du traitement subi à Genève qu’il ne pouvait imaginer cela de notre pays. Au moins, depuis que je l’ai vu les choses ont bougé. Une procédure est en cours, selon le droit libyen bien sûr, avec tout ce que cela signifie, mais ça avance. J’ai l’espoir de voir une fin à cette affaire.»


«Mme Obama aimerait faire du ski dans notre pays»
23 septembre, Metropolitan Museum, New York


Réception officielle de la 64e assemblée générale de l’ONU.

«J’ai été reçu par le couple Obama à l’occasion du dîner donné pour l’ouverture de la 64e assemblée générale de l’ONU. Mme Obama m’a dit qu’elle aimerait venir faire du ski en Suisse. Monsieur a répondu: «Je ne fais pas de ski, mais je l’accompagnerai.» Ils ont été charmants. Je crois vraiment qu’ils ont beaucoup de sympathie pour la Suisse. Je suis persuadé que cela vaut la peine de maintenir de tels contacts personnels avec les chefs d’Etat.»


«A l’ONU, j’ai défendu la position de la Suisse»
24 septembre, siège des Nations Unies, New York


Discours à la tribune de l’ONU.

«C’est le discours à l’assemblée générale de l’ONU. J’y ai défendu la position de la Suisse et notamment mis en lumière les problèmes des décisions du G20. Des décisions qui concernaient la Suisse, mais pour lesquelles nous n’avons pas pu être consultés. J’ai ainsi préconisé une meilleure coordination entre l’ONU et le G20. J’étais même parmi les premiers orateurs. Après moi, il y avait le premier ministre espagnol, M. Zapatero.»


«Quand on dit OLMA, je sens l’odeur des saucisses»
8 octobre, halles de l’OLMA, Saint-Gall


Ouverture de la foire agricole OLMA.

«L’OLMA a le même âge que moi. Elle a été fondée en 1942. Pour nous qui vivons dans cette région, c’est un événement annuel auquel tous participent. La tradition veut que le conseiller fédéral qui a l’honneur d’ouvrir cette manifestation étreigne un porcelet. Ce que je fais visiblement avec plaisir, d’autant que le cochon est aussi un symbole de bonheur. Vous savez, rien que lorsqu’on prononce OLMA, je sens l’odeur des saucisses grillées, l’OLMA-Bratwurst!»



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Hans-Rudolf Merz, président, Confédération, conseiller fédéral, Libye, otages, UBS, secret bancaire, 2009 Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

Christa et Giovanni

Christa Rigozzi va se marier

Miss Suisse en 2006, la jolie blonde a quitté Fribourg pour emménager au Tessin et commencer une nouvelle vie aux côtés de Giovanni, l'homme de sa vie. »


Pour 50 000 francs

Cointrin, meurtre sur commande pour 50 000 francs

En 2008, Pierre S. est tombé sous les balles d’un tueur mandaté par sa femme et sa belle-mère. Elles ont avoué. Le tireur présumé clame son innocence. Son avocat vient de... »


Salon du livre

Les people qui écrivent

Raconter sa vie ou écrire un roman est à la mode chez les people. Beaucoup s’y sont essayés. Notre sélection. »

Page générée en 385 ms.