Les Salvi avaient participé il y a deux ans, avec 31 autres foyers, au projet MÉNAGES PILOTES, organisé par la commune d’Onex (GE). Les résultats de cette expérience d’économie d’énergie et de réflexes verts viennent d’être publiés. Quels en sont les effets au quotidien? Retour chez les Salvi pour vérifier la durabilité de leur engagement.
Par
Philippe Clot - Mis en ligne le 23.06.2010
On les retrouve comme on les avait quittés il y a deux ans: souriants, chaleureux. Les deux fils, Yoann et Cyril, 14 et 20 ans, sont plus grands et aussi plus loquaces. Mais quid des vertes bonnes intentions familiales consécutives à ces fameux trois mois durant lesquels, sous la surveillance de spécialistes, ils ont dû adopter de nouveaux réflexes de chauffage, de consommation d’électricité ou encore de mobilité? «Commençons par le seul couac, se décide Marie-Claire: Yoann aime trop les bains. Il a repris possession de la baignoire au détriment des douches. A part ça, on a gardé et même peutêtre renforcé les réflexes intégrés pendant l’expérience. Nous étions notamment très minimalistes dans le tri de nos déchets. Maintenant, nous le faisons dans les règles de l’art.»
CONVERSION AU TRI
Le journaliste ressortira d’ailleurs avec
un cadeau illustrant cette conversion au tri de champion du monde: un
petit sac vraiment compostable pour accueillir les déchets végétaux
crus. Et dire qu’il y a trois ans les Salvi se contentaient de séparer
le papier et les batteries du sac poubelle… Et la mobilité, si pesante
dans les écobilans ménagers? La maman, qui avait lâché son scooter,
n’est pas remontée en selle. «J’espère qu’avec la construction du
nouveau tramway ils ne vont pas m’enlever la ligne 10, qui me relie
directement à mon travail. Sinon, je risquerais probablement de devoir
perdre un quart d’heure dans une correspondance, ce qui me ferait alors
hésiter à reprendre un moyen de transport individuel.» Car ce trolleybus
est en effet bien pratique pour relier le centre de Genève avec les
barres d’immeubles de la cité onésienne. Vingt minutes depuis la gare
Cornavin, sans stress, plus rapidement qu’en voiture aux heures de
pointe.
À PIED ET À VÉLO
Les deux fils sont eux aussi
indépendants du pétrole pour leur mobilité. Le cadet privilégie les
déplacements à pied surtout et un peu à vélo. L’aîné déplace sa carrure
de lutteur sur un cycle à pignon fixe. Alors qu’ils semblaient
modérément concernés il y a deux ans, les deux fils ont visiblement pris
goût à cette vie rationnelle. «J’ai pris conscience que ce monde
pouvait péter si l’on continuait collectivement à ne pas tenir compte de
sa fragilité Mais je ne suis pas pour autant du genre à avoir peur de
2012», se marre Yoann.
C’est Marie-Claire, la mère, qui est le
principal moteur vert du foyer. «J’en fais une question de principe,
dit-elle avec conviction. L’écologie est un thème capital pour moi.
Cette Terre, il faut la respecter! La marée noire en Louisiane, ça me
rend malade! Pour nous, les économies financières ne sont pas
déterminantes. C’est vraiment le plaisir de sentir qu’on diminue notre
impact sur l’environnement.»
Une telle prise de conscience
familiale, si elle se généralisait à l’ensemble des pays les plus
favorisés, aurait des répercussions bien réelles. En Suisse, par
exemple, si les économies d’électricité réalisées par les Ménages
pilotes se multipliaient, elles stopperaient net la croissance d’environ
2% par année de consommation d’électricité. Peut-être même la
ferait-elle baisser durant quelques années.
PAS ASSEZ D’INFOS
VERTES
Valter Salvi, le père, fait toujours bouillir l’eau des
pâtes dans la bouilloire avant de la verser dans la casserole:
«Certaines personnes qui avaient lu votre article d’il y a deux ans ont
cru que je faisais cuire mes pâtes dans ma bouilloire. Ce n’est pas
évident pour tout le monde, le développement durable, n’est-ce pas?
C’est pour cela que je plaide pour la publicité en faveur de ce thème.
Je trouve qu’à part la presse il n’y a pas assez d’information donnée
aux citoyens.» Même si les bons réflexes se généralisaient, il est
cependant illusoire de penser que ce bonus d’écocitoyenneté suffirait à
relever les défis énergétiques et écologiques à venir. Marie-Claire
Salvi le souligne: «C’est bien joli de faire attention chacun dans son
coin. Mais c’est au niveau politique que tout se décidera vraiment. Il
faut enfin que les dirigeants prennent leurs responsabilités et
accélèrent les changements vers la durabilité. A Onex, nous avons la
chance d’avoir un exécutif particulièrement actif sur ce plan-là.»Il est
temps de se quitter. Ce soir, comme tous les soirs, Valter éteindra
toutes les veilles des appareils électriques, Marie-Claire préparera
peut-être une bouteille de ses produits de nettoyage maison. Yoann
bûchera pour ses examens et Cyril ira lire une bande dessinée dans son
bain. Car le bien-être personnel, c’est aussi de l’écologie.
Quels résultats?
Trente-deux foyers d’Onex ont participé au
projet Ménages pilotes. Ces citoyens ont été coachés par des
spécialistes avant et pendant trois mois. Puis des étudiants de l’EPFL
et de l’UNIL ont analysé les données, afin de mesurer principalement
les économies d’énergie obtenues par la réalisation d’une dizaine
d’écogestes choisis par chaque foyer dans une liste de 300.
LA MOBILITÉ DOUCE
C’est
en adoptant des écogestes liés à leur mobilité que les ménages onésiens
ont réussi à économiser le plus d’énergie. Ces changements de
comportement ont permis des économies dix fois plus importantes que les
écogestes liés à l’électricité domestique et seize fois plus
importantes que ceux concernant le chauffage.
AMPOULES DÉCISIVES
C’est
surtout le changement des ampoules à filament par des ampoules
fluocompactes qui explique une économie impressionnante de 21% de la
consommation d’électricité. Record: une personne seule vivant en studio
avait choisi d’éteindre son réfrigérateur durant l’hiver.
10% D’ÉCONOMIE
En
valeur absolue, l’ensemble des économies de pétrole, d’électricité et
d’énergie grise réalisées par les 32 ménages correspondent à la
consommation totale de trois ménages, soit 10% d’énergie économisée. Si
tous les foyers suisses réduisaient leur bilan énergétique de 10%, cela
correspondrait à l’énergie produite par deux centrales nucléaires.
ET ÇA DURE!
L’équipe
d’encadrement a encore sollicité l’année passée les Ménages pilotes
pour mesurer la pérennisation des comportements plus écologiques.
Hormis les enfants, qui ont parfois besoin d’être amicalement rappelés
à l’ordre, les écogestes sont devenus des habitudes. La principale
raison de cette acquisition de réflexes est due à l’effet de groupe.
Savoir qu’on n’est pas seul à changer ses habitudes est vécu comme un
encouragement décisif.