C’est un tournant. Les trois amateurs de ski sauvage qui, au lendemain de Noël, ont provoqué une avalanche sur les pistes d’Anzère ont été dénoncés à la justice. Ils risquent une amende salée et, surtout, de devoir régler la facture des opérations de secours menées en raison de leur imprudence. Une douloureuse estimée entre 30 000 et 80 000 francs (lire l’enquête d’Yves Lassueur en page 26). De quoi faire réfléchir les plus insouciants.
Dans ce cas, la coulée n’a pas fait de victimes. Un coup de chance: l’adolescente et l’homme qu’elle avait emportés ont heureusement pu être dégagés rapidement.
A relever que les responsables de cet accident singulier n’ont rien de gamins inexpérimentés en mal de sensations poudrées: tous sont plus que trentenaires, deux d’entre eux sont médecins. Navrant.
«Puisque la simple prévention ne suffit pas, il ne faut pas hésiter à frapper fort là où ça fait mal: au porte-monnaie»
Que faire face à tant d’inconscience? Fliquer les pistes? Faire la chasse aux freeriders? Lâcher les chiens et les hélicoptères? Apocalypse Now sur Zermatt, Verbier et Montana? Bonjour l’ambiance en station…
Le ski sauvage ne date pas d’hier. Lorsque j’étais enfant, les meilleurs sur les lattes sortaient déjà des pistes pour aller «godiller dans la poudreuse», comme on disait alors. Skieur médiocre, j’ai toujours un peu envié ceux qui pouvaient laisser une trace parfaite sur une pente encore vierge…
Aujourd’hui, les freeriders sont devenus des héros modernes. Il suffit d’assister à une projection des films de Dominique Perret, pionnier du genre, pour mesurer l’engouement que suscite ce sport auprès d’un large public (lire son point de vue en page 32). Les stations ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, qui exploitent à fond cette imagerie fun pour promouvoir leur offre. Ce qui a poussé le Bureau de prévention des accidents à proposer l’interdiction pure et simple de ce genre de pub! Coup de sang inutile. Le freeride constitue aujourd’hui un juteux business qu’aucune interdiction ne parviendra plus à freiner.
Que faire alors? Se résigner à compter les morts en espérant qu’ils continuent de diminuer d’année en année, grâce à des équipements de randonnée toujours plus performants et des secours toujours plus rapides et efficaces?
Pas d’autre choix que de prévenir et prévenir encore, en exploitant tous les canaux pour rappeler que la montagne demeure dangereuse et que, dans l’incertitude, il vaut mieux s’abstenir.
Mais, puisque visiblement la simple prévention ne suffit pas, alors oui, il faut suivre la piste ouverte par les responsables d’Anzère en n’hésitant pas à frapper fort là où ça fait mal: au porte-monnaie. La justice valaisanne serait bien inspirée de réfléchir à deux fois avant de classer cette plainte déposée pour l’exemple.