Il fut une époque paisible, mais lointaine, où les Suisses avaient confiance en leur gouvernement. En l’an 2000, ils étaient 78% à en être satisfaits. Depuis, l’érosion semble inéluctable. Elle a d’abord été lente. En 2008, le taux de satisfaction affichait encore 61%. Puis ce fut la dégringolade.
A l’automne 2009, notre baromètre fédéral indiquait un indice de confiance de 42%, le plus mauvais score jamais enregistré depuis sa création, en 1992. Six mois plus tard, ce sondage réactualisé (lire en page 16) confirme la sanction, avec un résultat similaire.
«Notre baromètre indique que seulement 42% des Suisses font
confiance au Conseil fédéral. Le pire score jamais enregistré»
Que nous disent les chiffres révélés cette semaine? Qui sont les boulets de notre gouvernement?
Hans-Rudolf Merz chute à la dernière place. Son résultat découle des errances nationales. UBS, Europe et Libye, le radical porte les dossiers les plus brûlants mais de façon si désordonnée qu’il donne le vertige.
A l’avant-dernier rang, Moritz Leuenberger, recordman de longévité. La mission du socialiste n’est pas des moindres: transports, énergie, environnement. Mais lui a surtout à souffrir de son acharnement à durer le plus longtemps possible. De l’air, lui répètent les Suisses! Pour la première fois, il lasse les Romands.
Ex œquo en quatrième position, un couple paradoxal: Micheline Calmy-Rey et Ueli Maurer. Avec eux deux, c’est la politique de sécurité de la Suisse, extérieure et intérieure, qui est mise en cause. La socialiste et l’UDC font les frais d’une politique brouillonne, difficilement lisible. La première est secouée par le crescendo dramatique de l’affaire Kadhafi. Le second se révèle incapable de fournir une stratégie cohérente à l’armée.
Que penser des scores des mieux placés? Eveline Widmer-Schlumpf est à la peine. En tête il y a six mois, elle est aujourd’hui troisième. Son image de Winkelried au féminin s’étiole et sa politique de l’immigration convainc peu. Cependant, elle incarne toujours un certain renouveau. Les Suisses lui restent reconnaissants de s’être émancipée du jeu partisan: 74% souhaitent la voir réélue au gouvernement en 2011.
A la deuxième place, encore une femme! Doris Leuthard tire profit de son rôle de présidente, alors même que sa politique économique est controversée.
En tête, Didier Burkhalter. Lui bénéficie de la prime au nouvel arrivé. D’où un sérieux bémol: 41% des sondés ne savent pas que penser du Neuchâtelois. Mais, aussi gris soit-il, il défend des valeurs en perdition. Concordance, consensus, collégialité…
Ce tableau gouvernemental n’est pas rassurant. Il révèle une Suisse déboussolée, ne sachant plus qui la dirige. Problème de personnes, ou problème de système?