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Une vie à 250 km/h
Il va deux fois plus vite que Didier Cuche mais reste méconnu du grand public. A 38 ans, le valaisan Philippe May est une figure et une référence du petit monde du ski de vitesse, appelé aussi kilomètre lancé (KL). Sa station, Verbier, accueille du 18 au 23 avril la finale de la Coupe du monde.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 16.10.2009
 Les skieurs du cirque blanc comme Didier Cuche ou Didier Défago vous suggèrent parfois de sortir le bras à la fenêtre de la voiture à 120 km/h sur l'autoroute pour ressentir la pression qu'ils subissent en course. Et l'on comprend... Philippe May ne peut pas vous inviter à partager ses sensations, parce qu'il faudrait rouler deux fois plus vite, ce qui est totalement interdit, éminemment dangereux et probablement impossible à bien des voitures et plus encore d'automobilistes.

Pour vous donner une idée de ce qu'il fait, Philippe May peut à la rigueur vous emmener skier sur la piste du Mont-Fort (3330 mètres), au bout de la chaîne des remontées mécaniques de Ver-bier, là où se déroulera, du 18 au 23 avril prochains, la finale de la Coupe du monde professionnelle de ski de vitesse. La pente à 74% (36,5°) est impressionnante, mais descendre en virages prudents n'est pas la même chose que de se lancer tout schuss. Et puis la piste est bosselée; elle attend encore le passage de Laurent Michelod, le seul dameur de la station qui ose amener son ratrac aux limites de l'équilibre.

Alors bon, puisque personne ne peut réellement comprendre ce qu'il vit, Philippe May en est réduit à vous expliquer ce qu'est le ski de vitesse. «Une affaire de sensation avant tout, souligne-t-il. A très haute vitesse, la neige se transforme en une fine pellicule d'eau sur laquelle on glisse comme sur un coussin d'air. Ça vibre de partout, mais il faut laisser aller les skis, résister à nos réflexes d'autodéfense, ne pas «verrouiller» la position ou alors le plus tard possible.» Voilà pour le principe de base. Le reste, c'est une quête incessante, obsessionnelle, scientifique, de la performance. Quelle combinaison? Quelle position? Quel casque? Quel type de renforcement musculaire? Des questions sans fin. «Tous les éléments doivent parfaitement s'enchaîner pour battre un record. Un kamikaze ne sera jamais le plus rapide.»

Risques calculés

Philippe May n'est pas plus fou que Simon Ammann. Comme un sauteur à skis, il s'est d'abord élancé du milieu de la piste, puis s'est progressivement rapproché du sommet. Le record du monde a suivi la même pente ascendante. «Lorsque j'ai commencé, le record du monde était à 230 km/h. Aujourd'hui, il est à 251,4 km/h.» En bon Suisse, Philippe a un record bien net: 250 km/h.

Foncer tout droit le plus vite possible, c'est facile à comprendre et le public s'est rapidement pris au jeu du ski de vitesse, aussi appelé kilomètre lancé (KL). Sport de démonstration aux JO d'Albertville en 1992, le KL réalise la meilleure audience télé après la descente masculine, mais l'accident mortel - hors compétition - du Suisse Nicolas Bochatay le relègue définitivement dans la catégorie des sports à risque. On déplore trois morts depuis 1992. Autant que le ski alpin de compétition. Philippe May n'est tombé qu'une fois, il y a six ans, à Cervi-nia. «Je me suis fais soulever par le vent...» Plusieurs côtes cassées mais une passion intacte.

Meilleur skieur que batteur

Barge, il l'était sans doute davantage lorsqu'il sillonnait la Slovaquie avec le groupe de metal fondé avec Michel, son frère cadet. «J'étais meilleur skieur que batteur», rigole-t-il. Michel est resté dans le rock, Philippe a gardé les cheveux longs mais est entré en religion de la vitesse, engoncé dans «son costume de drag-queen». C'est Michel qui le dit, avec une pointe d'admiration tout de même. Berthe, la mère, ne dit rien, mais on sent qu'il lui tarde que son aîné prenne sa retraite sportive. A son âge (38 ans), et avec son nouveau poste, il est fou de continuer de traverser l'Europe, en avion (17 vols internationaux en deux mois lors de la saison 2007) ou au volant de son automatique («avec des skis de 2 m 40, y a pas la place pour une boîte de vitesses...»).

Philippe May est depuis le début de l'hiver le directeur de l'école de ski de Verbier: 234 contrats tout de même. Une grosse responsabilité et un portable qui sonne constamment. Alors fou, oui, le rythme auquel il s'astreint pour mener son bataillon de skieurs rouges de pair avec sa carrière. Lui y voit plutôt un avantage. «J'ai moins le temps de m'entraîner, et donc moins le temps de me prendre la tête comme avant pour tenter de grignoter quelques mètres avec des réglages techniques.» Tout faire, il en a l'habitude. Philippe est président de la Fédération suisse de KL, représentant de Swiss-Ski et des coureurs de KL à la FIS.

«Le KL, c'est toute ma vie», reconnaît-il. Il lui doit de s'être réalisé comme sportif après un grave accident de ski en alpin, d'avoir trouvé l'amour auprès de la quintuple championne du monde américaine Tracy Sachs, sa compagne depuis huit ans. Et peut-être même une partie de son job à l'école de ski...

Un second titre de champion du monde le comblerait, sept ans après son premier globe de cristal. Peut-être à Verbier... Il faudra une fois encore devancer son éternel rival, l'Italien Simone Origone. S'il est le plus rapide, Philippe May pourra ranger sa combinaison moulante en plastique rouge et ses ailerons profilés dans le chalet familial de Versegères, val de Bagnes, 360 habitants dont un certain Roland Collombin. L'ancien descendeur reçoit dans son carnotzet où il sert raclette, fendant et anecdotes. A côté du chamois profilé de Kitzbühel, ses skis d'époque: fixations squelettiques, carres vissées dans les lattes. Entre fous, on se comprend...



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Tags: Philippe May, Verbier, vitesse, ski de vitesse Aller en haut de page Haut de page

 

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