«Et voilà mon bureau qui arrive!» Il est 8 h 30, ce mardi matin 1er juin et le bureau qui arrive est suspendu dans les airs. Ce sont de grandes parois de bois, accrochées au filin d’une grue, qui vont bientôt s’emboîter les unes aux autres et former en quelques minutes, comme dans un grand jeu de Lego, une nouvelle pièce de la villa en construction.
On est au Bouveret (VS), tout au bout du lac Léman, dans le quartier dit la Petite Camargue, et l’homme qui s’enthousiasme devant la naissance de sa future maison est un Valaisan de 37 ans, Bertrand Rossier.
Ce matin, au lever du jour, sur la parcelle de 611 m2 qu’il a achetée l’an dernier, il n’y avait rien d’autre encore qu’une dalle de béton coulée les jours précédents et un échafaudage monté la veille. Et puis, à 6 h 30, les camions sont arrivés d’Allemagne. Ils transportaient un véritable kit en bois: toutes les pièces – parois, plafonds, escalier, toit, terrasse – qui allaient constituer les deux étages de cette nouvelle villa de 180 m2.
A 10 h 30, tout le rez-dechaussée était posé. A 15 heures, c’était au tour du plancher de l’étage. A 15 h 30, celui de l’escalier permettant d’y accéder. A 17 heures, celui des murs et des parois du premier étage. Le lendemain, à 10 heures, les ouvriers achevaient de poser le toit. Le gros œuvre de la villa était terminé. La maison venait d’être érigée en moins d’un jour et demi.
LE RÊVE DU «CHEZ-SOI»
Bertrand Rossier et son amie, Sonia Pannatier, font partie de ces Suisses, toujours plus nombreux, qui recourent au préfabriqué en bois plutôt qu’à la maçonnerie traditionnelle pour construire leur logement. Lui dirige en Valais une petite entreprise de communication virtuelle et de design web; elle est décoratrice. Le couple compte se marier bientôt. En attendant, sur les plans de la nouvelle villa, ils ont déjà inclus une superbe chambre d’enfants.
«J’ai toujours eu envie d’avoir mon chez-moi, dit Bertrand. C’est pour ça que j’ai quitté Genève, où j’habitais il y a encore peu. Impossible d’y acheter quoi que ce soit si on n’est pas millionnaire!»
Au Bouveret, dans son canton natal, il a trouvé au début de 2009 un terrain à bâtir au prix de 220 francs le mètre carré. Une paille, même si la parcelle n’est pas située au bord du Léman, en regard des 500, 1000 ou plus de 1200 francs le mètre qu’il faut débourser pour construire à quelques kilomètres de là.
Mais le premier déclic s’est joué quelques mois plus tôt, en septembre 2008, au salon Habitat-Jardin, à Lausanne. «On est arrivés sur le stand d’un constructeur allemand de préfabriqué en bois, raconte Bertrand, on a consulté sa brochure et, quand on est tombés sur l’un des modèles présentés, on a dit: «C’est notre villa! Exactement ce qu’on cherche!»
3 JOURS EN ALLEMAGNE
Le couple connaît son budget. «On ne voulait pas dépenser plus de 650 000 francs tout compris, avec terrain, aménagements extérieurs, frais de notaires, etc. Finalement, on s’y est tenus à 20 000 francs près: la villa va nous coûter en fait 670 000 francs.» Un dépassement qui s’explique surtout par le choix qu’a fait le couple, ici ou là, de fournitures plus coûteuses que celles comprises dans le modèle standard. Ces fournitures se choisissent en Allemagne, au siège de la société, où les clients sont invités, tous frais payés sauf le repas du soir, à passer trois jours pleins en compagnie d’un collaborateur de l’entreprise qui les guide et les conseille.
Ce voyage à Rheinau-Linx, à une heure et demie de Bâle, Sonia et Bertrand l’ont fait au tout début de cette année. Trois jours à déambuler dans une gigantesque halle d’exposition pour choisir, parmi des milliers de modèles et d’échantillons, tout l’équipement intérieur de leur future maison. Carrelage, parquets, crépis, portes, fenêtres, stores, interrupteurs, balustrades, escaliers, dalles de la terrasse, sanitaires, WC, lavabos, douche…
LA BAIGNOIRE STARCK
A chaque modèle de villa choisi – et il y en a des dizaines – correspond un certain nombre de produits et d’équipements standards. Libre au client de choisir dans l’assortiment un article plus cher; mais, attention, le prix de base en sera alourdi d’autant. Aïe! C’est là que la tentation peut peser son poids de faïence, de cuivre ou d’ébène. Bertrand et Sonia ont ainsi craqué pour une baignoire dessinée par le designer français Philippe Starck… Allez, hop! C’est bien connu: quand on aime, on ne compte pas!
La villa a donc été dressée en une trentaine d’heures, les 1er et 2 juin. Aujourd’hui, un mois et demi plus tard, les aménagements intérieurs suivent leur cours, effectués par des entreprises suisses qui travaillent sur mandat du fabricant allemand. Dans quelques semaines, au plus tard le 27 août selon les termes du contrat, Bertrand et Sonia pourront emménager dans leur chez-soi flambant neuf.
En choisissant ce mode de construction, le couple s’est inscrit dans une tendance nettement à la hausse. On estime qu’aujourd’hui, en Suisse, le préfabriqué en bois représente 20% du marché de la construction de villas, contre 5% il y a encore dix ans.
A Court, dans le Jura, l’architecte Ludmilla Beeler est l’une des deux représentantes en Suisse du fabricant allemand Weberhaus qui a bâti la villa de Bertrand et Sonia. «Il y a encore quelques années, relèvet- elle, il fallait être 20% meilleur marché pour que les clients choisissent ce mode de construction plutôt que la maçonnerie. Ils imaginaient corque ça devait coûter moins cher puisque c’était de moins bonne qualité, ce qui est faux. Depuis lors, les choses ont bien évolué.»
D’abord et surtout pour des raisons de sensibilité écologique. «Les gens aiment le bois, et construire dans cette matière permet de sérieuses économies d’énergie. Toutes nos maisons sont d’ailleurs certifiées Minergie. S’y ajoute la rapidité d’exécution, qui permet de limiter la période sur laquelle court un crédit de construction. En un mot, ces maisons sont devenues tendance et l’internet accentue encore le phénomène. Les gens parlent de leurs expériences sur des forums et, comme elles sont plutôt bonnes, le web ne fait que stimuler la demande.»
POUR 3 MILLIONS
Pour ce qui est du prix, tout dépend surtout de celui du terrain. Il y a les régions où votre parcelle vous coûtera moins cher que la villa proprement dite. Et celles où le prix du terrain dépassera largement celui de la maison. A vous de choisir selon vos moyens… S’ils sont confortables, mais vraiment confortables, vous pourrez vous offrir l’équivalent du modèle le plus cher que Ludmilla Beeler a vendu. C’était une villa préfabriquée en bois, mais elle valait tout de même la bagatelle de 3 millions de francs.
COMBIEN ÇA A COÛTÉ?
LE BUDGET DE BERTRAND ET SONIA
- Achat du terrain: Fr. 135 000.–
- Maison Weberhaus: Fr. 408 000.–
- Radier (dalle de béton) et terrassement: Fr. 40 000.–
- Cuisine: Fr. 27 000.–
- Aménagements extérieurs et divers aménagements intérieurs, frais de notaires, taxes, etc.: Fr. 60 000.–
- TOTAL Fr. 670 000.–
POUR CHOISIR SA VILLA: FAUSSE RUE POUR VRAIS MODÈLES
A
Suhr (AG), une exposition permanente présente 17 modèles de maisons
préfabriquées en bois. Une réplique de «Home Expo» s’ouvrira bientôt en
Suisse romande.
A première vue, on dirait le décor d’un
feuilleton américain. Une rue où pourraient être tournés Desperate
Housewives ou les extérieurs de Top Models. De part et d’autre, des
villas bien proprettes, de la plus simple à la plus luxueuse en passant
par le faux style méditerranéen.
Ce n’est pas la réplique de
Whisteria Lane. C’est une exposition permanente de villas préfabriquées
en bois, à Suhr, dans le canton d’Argovie. Créée à l’initiative de
l’homme d’affaires neuchâtelois Nicolas Abundo, Home Expo accueille
depuis 2007 les particuliers en quête d’inspiration pour l’achat d’une
maison préfabriquée en bois. Ici, 17 modèles de ces villas sont
présentées par treize fabricants, pour la plupart allemands. On
franchit le seuil de l’une d’elles, on visite, on s’informe auprès de
l’hôtesse ou de l’hôte qui représente le constructeur, on emporte
peut-être un catalogue et on passe à la suivante.
PROJET À ETOY
Toutes
ces villas sont vertes, donc en principe certifiées Minergie. Les prix
vont de 270 000 francs à 1,4 million, mais Nicolas Abundo lui-même
recommande de voir dans ces chiffres des prix d’appel, des prix
planchers qui n’englobent ni les taxes ni le choix éventuel d’options
plus luxueuses que celles du modèle standard. «La maison préfabriquée
en bois séduit de plus en plus parce qu’elle est écologique et
rapidement construite. Mais il faut bien savoir qu’elle n’est guère
meilleure marché que la maison en maçonnerie.»
Home Expo marche
si bien que son initiateur va en ouvrir une réplique, plus modeste, dès
l’année prochaine ou 2012 à Etoy, près d’Aubnonne (VD). En attendant,
mieux vaut prévenir les visiteurs, qui font de cette balade à Suhr un
but d’excursion dominicale: l’entrée à Home Expo n’est pas gratuite:
elle coûte 5 francs par adulte.