Monte-Carlo Country Club, mardi 14 avril. La cascade ocre de courts
en terre battue qui descendent en escalier jusqu'à la mer offre le plus
beau panorama de la saison tennistique. Le soleil, la grande bleue, les
orangers, la vaste terrasse où les privilégiés déjeunent en admirant
Rafael Nadal exécuter son adversaire du premier tour: tout ici invite
au farniente. Mais Roger Federer n'est pas venu en vacances. Ni même en
lune de miel.
Trois jours plus tôt, le champion a annoncé sur son
site internet son mariage avec sa fiancée de longue date, Mirka
Vavrinec, aujourd'hui enceinte de leur premier enfant. Elle aussi est à
Monaco. Discrète, en retrait, comme d'habitude. Mais le badge qu'elle
porte autour du cou mentionne «Mirka Federer». Le jeune marié, lui,
s'efforce de brouiller les pistes. Il a zappé la conférence de presse
prévue lundi (chose inhabituelle chez lui) et ne porte pas d'alliance à
l'annulaire gauche, frustrant ainsi les téléobjectifs braqués sur lui.
Mais,
puisqu'il a joué - et gagné - ce mardi 14 avril, Roger va devoir se
présenter en salle d'interview. Et, forcément, répondre enfin aux
questions sur son union. Cette perspective soulage Stanislas Wawrinka,
lassé d'être uniquement interrogé sur le mariage de son compatriote. «Y
en a marre! Non, je n'étais pas invité. Non, je ne sais rien...» «Aucun
joueur de tennis n'était présent», confirme Federer lorsqu'il parle
enfin. Bon, il y avait quand même Yves Allegro, qui joue encore un peu
au tennis, mais pas de grands noms, d'invités prestigieux. Juste la
famille et les amis proches.
«On en parlait, Mirka et moi, depuis
pas mal de temps. Mais il y avait toujours quelque chose qui faisait
qu'on repoussait à l'année suivante. Mais on s'était mis d'accord pour
décider que, le moment venu, cela se ferait vite. Je n'avais pas envie
d'un grand mariage.» Pas de grand mariage, et pas de lune de miel,
puisque Roger Federera demandé en dernière minute une invitation pour
le tournoi de Monte-Carlo. «Mirka était d'accord. On a beaucoup voyagé
ensemble ces dernières années, on n'avait pas forcément besoin de
partir en lune de miel.»
Dans la salle, une question fuse. «C'était à l'église ou à l'hôtel de ville?» «C'était à Bâle. Vous n'en saurez pas plus.»
C'était
à l'hôtel de ville. L'événement a été préparé plusieurs semaines à
l'avance, avec le plus grand soin et dans le plus grand secret. Roger
et Mirka ne voulaient certes pas d'un grand mariage, mais ils
voulaient, et ont eu, un beau mariage. Grâce à l'enquête menée par nos
confrères de la Schweizer Illustrierte, nous sommes en mesure de lever
un pan du voile de la mariée.
Palace et karting
Respectant
la tradition, les futurs époux ont passé leur dernière nuit de
célibataires chacun de son côté. Mirka était avec des copines dans la
suite Carezza du grand hôtel Dolder, un cinq-étoiles perché sur les
hauteurs de Zurich. Sauna, bain à remous, salles de bain en marbre,
robinetterie en or, salon cinéma, deuxchambres à coucher. 230 mètres
carrés de raffinement inspirés par Alberto Giacometti. Prix de la
suite: 8000 francs. Mais Mirka n'y a pas passé la nuit. Peut-être
a-t-elle, contemplant la ville qui dormait sous elle, pris la mesure de
son parcours et de sa réussite sociale...
Abonné au palace, Roger
avait préféré le confort rudimentaire d'une... piste de karting.
Accompagné de son père et de quelques amis, il s'amusa comme le gamin
qu'il cesserait bientôt d'être sur le circuit de Spreitenbach (AG).
Le
samedi 11 avril, peu avant 14 heures, c'est par une pluie de pétales de
roses que les amis mis dans la confidence saluent les jeunes mariés à
leur sortie des bureaux de l'état civil de Bâle. Main dans la main,
Roger et Mirka sourient sous les applaudissements de la petite troupe.
Quelques larmes roulent le long des joues... Mirka porte une robe
d'Oscar de la Renta. Le célèbre couturier new-yorkais, ami du couple
(il a suivi les récents US Open dans la loge au côté de Mirka), a tenu
compte du souci de simplicité des époux et de l'état de la mariée
(enceinte de cinq mois).
Col en V, taille princesse, Mirka est
belle et élégante dans sa robe blanc cassé, complétée par un boléro de
soie. La robe descend sous le genou, laissant apparaître des mules à
hauts talons de 8 centimètres ornées de plumes, signées Manolo Blahnik.
Elle porte des diamants au poignet droit, aux oreilles et, bien sûr,
sur sa bague. Roger est lui aussi habillé par un ami. Tom Ford, en
toute simplicité. Un costume trois pièces noir, avec un gilet à six
boutons, et deux poches superposées, dont une petite prévue pour
contenir l'alliance de la mariée. Oscar de la Renta lui a confectionné
une cravate en soie couleur coquille d'oeuf assortie à la robe de sa
femme.
Rolls Phantom blanche
Les deux mariés et leurs
témoins montent alors à bord d'une Rolls-Royce Phantom blanche qui les
conduit souverainement vers la villa de Wenkenhof, une demeure baroque
construite dans les années 20 sur la commune de Riehen (BS). Les
parents de Roger, Robert et Lynette, ceux de Mirka, Miro et Drahomira,
les y attendent en compagnie de 35 invités. A 15 heures, le Champagne
est servi. Mirka trempe furtivement ses lèvres dans la flûte de Veuve
Cliquot, par égard pour son futur enfant. «Ce sera un garçon!» lance
Roger à ses amis.
Vers 17 heures, la mariée lance son bouquet aux
jeunes filles présentes sur la terrasse. Il est temps de passer à
table. L'entrée est au choix: soupe de homard, petits carrés de légumes
et flageolets ou soupe d'écume d'asperges et croustillant d'asperges.
Puis salade de printemps à la sauce française, suivie de tagliolini aux
truffes noires. Un sorbet citron en guise de trou normand annonce une
pause. Car Robert Federer a préparé une surprise pour son fils et sa
belle-fille. Trois chanteurs folkloriques originaires d'Appenzell
attendent les mariés.
«En début d'année, nous avons reçu un coup
de téléphone nous demandant si nous voulions chanter à Zurich pour une
occasion spéciale que nous n'oublierions pas», explique Ueli Koller,
leader du groupe. «Une semaine avant Pâques, j'ai reçu un appel,
poursuit son collègue Edi Tanner. C'était Robert Federer. L'occasion
spéciale, ce n'était plus à Zurich mais à Bâle. Et c'était le mariage
de son fils! Ma scie électrique m'en est tombée des mains!»
«Voici ma femme»
La
grand-mère paternelle de Roger est née à Weissbad (AI). Robert Federer
souhaitait montrer à Mirka les origines de la famille dans laquelle
elle s'apprêtait à entrer. Le trio a yodlé un moment puis a posé pour
une photo-souvenir. «Roger avait l'air très touché», ajoute le
troisième membre du groupe, Ivo Streule.
Après cet intermède, les
convives reviennent s'asseoir autour des tables rondes décorées de
lilas. Le plat principal fait honneur à Mirka la Zurichoise: émincé de
veau, rösti, petits pois, carotte et un Castello Luigi 2005 du Tessin.
Après le buffet de fromages français, le point d'orgue de ce mariage
finalement très formel: le gâteau des mariés. Trois étages rose et
blanc fourrés de crème noisette. Un régal!
Au final, une belle
journée et une grande émotion pour les mariés. «C'était très spécial,
confia finalement Roger à Monte-Carlo. Nous étions très émus de voir
que nous nous aimons toujours autant. Je pensais être relax, parce
qu'on s'aime depuis longtemps et que ça ne va pas changer
fondamentalement notre vie. Mais ça change notre état d'esprit. C'est
finalement très différent. Maintenant, quand je présente Mirka, je dis:
voici ma femme. C'est tout de même mieux que de dire: c'est ma copine.
Il va falloir que je m'habitue un peu, mais c'est tellement mieux...»