L’écologie au quotidien est parfois crispante. L’écocitoyen croit en effet bien faire en choisissant tel ou tel produit et apprend quelques semaines plus tard que son option verte n’était qu’illusion.
LE CHAMPION C’EST LE CARTON
La vaisselle compostable n’a pas échappé à cette malédiction de la fausse bonne solution. En fait, ces gobelets, assiettes et couverts fabriqués avec de l’amidon de maïs et d’autres matières renouvelables se situent, selon la plupart des écobilans scientifiques, en dessous de la vaisselle réutilisable, mais en dessous aussi de celle en carton recyclé. Cela dit, elle ne constitue par pour autant une aberration, dans la mesure où elle est mieux notée que la vaisselle en plastique.
«Je tiens d’abord à préciser que le comportement des gens demeure primordial. Un gobelet en carton représente un impact environnemental comparable à 100 mètres de trajet en voiture. Dans le cadre d’une fête, la gestion du transport est donc bien plus importante que celle de la vaisselle. Et si la vaisselle réutilisable a le meilleur écobilan, c’est en admettant a priori qu’elle sera transportée et lavée de manière aussi rationnelle et écologique que possible», précise Sébastien Piguet, directeur du Bureau d’investigation sur le recyclage et la durabilité, et secrétaire romand de Pusch (Fondation suisse pour la pratique environnementale).
Dans une étude, l’OFEV aboutit à des conclusions plutôt mitigées: «Les qualificatifs «compostable» ou «biologiquement dégradable» ne doivent pas être assimilés à l’adjectif écologique. La charge environnementale des gobelets compostables n’étant en général guère plus faible que celle des gobelets jetables classiques de bonne qualité, leur utilisation n’est pas à recommander spécialement.» Cette étude accorde pourtant un bon point consolateur aux assiettes en feuilles de cocotier et celles fabriquées à base de déchets de l’industrie sucrière.
LES COMPOSTEURS SONT MITIGÉS
En fait, le principal inconvénient de la vaisselle compostable, c’est... son compostage! Car contrairement aux feuilles de salades et épluchures de pommes de terre, ces objets ne se laissent pas dégrader en quelques morsures de bactérie. «Les adeptes de cette solution devraient se renseigner sur les contraintes de la compostière régionale où finiront ces déchets. Certaines peuvent les accepter, d’autres pas, explique Ronald Ermatinger, viceprésident du Groupement des compostières professionnelles.
Cela dépend de l’infrastructure, notamment si ces objets se laissent broyer par les machines. Les gens devraient aussi se poser une question simple: estce que je mettrais cela dans mon propre compost de jardin? Enfin, il faut que les gens soient disciplinés. Or, cette vaisselle nous arrive souvent mélangée avec des déchets non compostables.» Bref, les professionnels aimeraient bien se passer de ces ovnis.
Où trouver de la vaisselle compostable?
Au magasin Swiss Eco Shop, à Bex (VD), www.theswissecoshop.ch, chez BioApply, www.bioapply.ch, chez Vimat, www.vimat.ch
LE CLASSEMENT
1 La solution la plus verte reste la vaisselle réutilisable (à condition que son lavage soit luimême écolo).
2 Elle est suivie par le carton, mais à condition qu’il s’agisse de carton recyclé, sans encres industrielles.
3 Puis viennent les «compostables», parmi lesquels les assiettes à base de feuilles compressées ont un avantage sur les produits végétaux de synthèse de type amidon de maïs.
4 Et c’est le plastique, c’est-à-dire le pétrole, qui fait définitivement passer le pique-nique vert dans le rouge.