Michel Pont, 55 ans, tient dans sa main quelques petits objets qui ressemblent à des pierres, lisses, rondes, mignonnes. Il a l’œil qui frise. «Tu sais ce que c’est? On les appelle les yeux de sainte Lucie. On dit qu’ils amènent de la chance. J’ai beau aimer le travail et les statistiques, j’ai toujours été superstitieux. Juste avant le match, j’en enfonce donc un dans chaque moitié du terrain, quelques millimètres sous la terre. Et ça marche!»
Cela marche même du tonnerre: onze matchs de suite sans défaite depuis qu’il les utilise. Soit depuis la défaite surréaliste de la Suisse contre le Luxembourg, en septembre 2008. Alain Fischer, l’étudiant qui lui apporte un utile soutien statistique depuis trois ans, lui parle alors de ces grigris. Dans les moments de détresse, l’être humain déboussolé s’ouvre à l’improbable. Michel Pont ne dit pas non à ces jolis opercules qui servent de porte-bonheur aux pêcheurs méditerranéens. «Le père d’Alain les trouve au fond de l’eau, en Sardaigne. Désormais, il m’en rapporte.»
Pont, humain, à l’écoute. Il est bien davantage que l’assistant du coach national Hitzfeld. Dans les moments gais, dans les moments de victoire, les micros s’orientent irrésistiblement dans sa direction. C’est lui qui sait le mieux être heureux. Avec Pont au bout du fil ou du crayon, on sait qu’il saura exprimer, lui, des mots justes de bonheur et de plaisir.
«Le lendemain du match, j’avais déjà reçu 98 SMS»
La Suisse a terminé sur un terne nul contre Israël, le stade ne s’est pas enflammé comme aux grandes heures de Turquie-Suisse (2005) ou de Suisse-Estonie (1993)? Pas grave, Michel reste pareil: vivant. «Je suis un jovial, moi, reconnaît-il, je n’aime pas voir souffrir autour de moi. Je sais que faire plaisir ne coûte rien.»
Il ne faut pas sous-estimer la force de l’état d’esprit dans une équipe, surtout une équipe nationale, sorte de puzzle étrange qui se forme et se déforme en quelques jours. Il ne faut pas minimiser le rôle de cet amoureux de rock, de théâtre et de chocolat qui possède tant de copains qu’il a sérieusement hésité à aller voir Carouge-Servette samedi. «J’étais vidé et je connaissais la moitié du stade.»
Un signe: en se réveillant le lendemain de la qualification, il avait 98 messages sur son téléphone portable. Tel celui du président du FC City Genève: «On y est! Bravo à vous tous et bravo pour ton discours sur les petits clubs et les présidents qui souffrent.»
2004, 2006, 2008, 2010: Pont, l’air de ne pas y toucher, fête sa quatrième participation de suite à une phase finale. Un cas unique. Même Ottmar Hitzfeld, entraîneur reconnu dans le monde entier, avoue avec le sourire s’appuyer largement sur l’expérience de l’ancien de Perly, Chênois, Carouge, Servette.
Pas de quoi changer Pont en star. Après les adieux à ses troupes, il a pris quelques heures pour décompresser, chez lui, à Chambésy. «Même si je ressens une vraie plénitude, dix jours en équipe nationale épuisent autant que trois mois dans un club. Tu as tout le pays sur le paletot, c’est une sensation physique incroyable.»
Puis il est ressorti. Le vendredi, il a serré les mains qui se tendaient dans le restaurant de son épouse Daisy, à deux pas de la TSR, fréquenté par des étudiants très éloignés de l’univers «Hopp Schwyz». Le soir, il a donné le coup d’envoi d’un match de hockey puis mangé indien avec une dizaine d’amis chez l’ex-président de Carouge, Luc Perret. Le week-end, il a regardé les matchs de ses internationaux à la télévision, Hertha Berlin, Arsenal, la Sampdoria.
Très vite, il s’est réjoui de se retrouver sur un terrain de foot, par exemple avec ces p’tits gars de 10 ans à qui il rend visite depuis des années dans leurs camps. «Au travers de l’équipe nationale, j’ai envie de parler des gens qui font vivre le foot. Un Senderos ou un Barnetta sortent d’ici. J’ai envie de partager avec ces présidents de clubs qui se bagarrent, avec plus de couacs que de satisfactions. Ces anonymes entraîneurs de jeunes à qui l’AVS demande 5000 francs de défraiement alors que cette somme pourrait servir à des repas d’équipe...» Partout, il a été reçu avec le sourire, on lui a tapé dans le dos et il a aimé cela. C’est un tactile, un sociable.
Il meurt d’envie de partager ce succès. «J’aimerais élargir le débat. J’ai l’impression que la Suisse perd tellement de ses valeurs, ces derniers mois: l’affaire Kadhafi, le secret bancaire. Comme pour Federer, quand quelque chose de rassembleur arrive dans ce pays, cela fait un bien fou.»
Il aime que le gardien Benaglio ait éclaté en sanglots la veille du match en comprenant que, malade, il ne pourrait pas jouer. Soudain, il n’y avait plus de salaires fous ou de rumeurs de transferts. Il lutte pour que ses joueurs, si choyés, si bien payés, soient dignes de ce qui leur arrive. «C’est notre seul travail. Influer sur l’aspect humain. Le gars qui vient en équipe nationale pour marquer son goal et se tirer, tant pis pour lui. Ottmar a un mot fétiche: «Ausstrahlung.» Le rayonnement.»
Pont dissèque tout
Comme un flash, il a revu ses débuts, il y a neuf ans, quand Köbi Kuhn est venu le chercher. «Je tiens à lui rendre hommage. On lui a manqué de respect quand il est parti. On ne peut pas tenir huit ans sans posséder quelque chose de supérieur.» Hitzfeld est différent. Allemand méticuleux, il aime maîtriser. Toute information le passionne. «Si je lui signale qu’un joueur adverse s’est laissé pousser les cheveux, il sera content.» Depuis son arrivée, Pont dissèque tout. Vraiment tout. Les temps de jeu, la concurrence, les soucis dans la vie privée.
Il s’adapte à ce nouveau régime. Il sait d’où il vient: Carougeois pure souche, fils d’un gendarme qui fut chef de poste à Carouge et aux Pâquis. «J’ai été cadré, je remercie d’avoir reçu ces valeurslà. Comme flic, mon père était le roi des zigues. Je le revois partir faire sa tournée. Il se promenait toute la journée, c’était un autre contact qu’aujourd’hui.» Ce père venait au match, se cachait un peu, fier comme un pape. «C’était un bourru, mon père, un grand timide.»
Carouge n’abritait pas encore des médecins et des avocats. C’était un mélange de cultures. Les saisonniers portugais ou italiens vivaient dans des baraquements près du centre sportif, jouaient au club, apportaient couleur et amour du foot. «Quand nous sommes montés en ligue A, en 1977, il y avait 10 000 personnes, dont la moitié d’étrangers.»
Avec Pont, jamais la Suisse ne s’était trouvé meilleure passerelle.
Coupe du monde, mode d’emploi
Comment obtenir des billets pour la compétition qui aura lieu en Afrique du Sud? Et à quel prix?
La Coupe du monde a lieu du 11 juin au 11 juillet 2010, dans 10 stades d’Afrique du Sud. Le match d’ouverture et la finale se disputent à Johannesburg (Soccer City). La Suisse connaîtra ses adversaires (8 groupes de 4 équipes) le 4 décembre, après le tirage au sort du Cap.
Jusqu’à ce tirage, le seul moyen officiel d’obtenir des billets passe par le site de la FIFA (www.fifa.com). Nous en sommes à la seconde phase de vente, qui dure jusqu’au 16 novembre, d’après le principe du «premier arrivé, premier servi». Le prix des billets va de 80 francs (cat. 3, match de groupe) à 900 francs (cat. 1, finale).
Un vol vers Johannesburg vaut d’ordinaire environ 1000 francs. Ce montant a déjà doublé pour la période allant du 11 juin au 3 juillet 2010: il coûte autour de 2000 francs depuis la Suisse.
L’équipe nationale logera certainement à 1 h 30 de Johannesburg, dans un hôtel situé à 1800 m d’altitude. Elle le rejoindra cinq jours avant son premier match, après s’être préparée à Crans-Montana, dès le 23 mai. Elle s’entraînera à Lens (VS), sur le terrain du Christ-Roi. De quoi convoquer les miracles.