L’équation paraît simple: si je roule sobre, je paie moins; si je roule glouton, je paie plus. Mais le passage de la théorie à la pratique est beaucoup plus délicat qu’il n’y paraît pour les deux raisons suivantes.
1. Absolu ou relatif?
C’est le gros dilemme: faut-il établir un classement écologique absolu ou relatif des voitures? Autrement dit: est-ce qu’une grosse voiture qui consomme peu doit être classée, comme c’est le cas aujourd’hui, au même niveau qu’une petite voiture qui consomme elle aussi peu? Le lobby automobile répond oui, alors que les sensibilités écologistes réclament un classement absolu, sans pondération due à la taille du véhicule.
2. Le rôle clé de l’étiquette
Contrairement à l’étiquette-énergie des appareils ménagers, purement informatives, celles qui accompagnent les voitures sont ou seront sans doute déterminantes pour fixer taxes, impôts, bonus et autres malus. L’enjeu autour du système de classement et des étiquettes est donc capital.
Petite mais nerveuse: un genre montré du doigt
Moyennement, voire mal classée partout, cette Yaris musclée passe quand même entre les gouttes du malus genevois.
Cette Toyota Yaris 1,8 est un cas d’école de la voiture désormais considérée comme anachronique sur le plan écologique. Ce modèle compact mais nerveux hérite d’un très moyen D sur son étiquetteénergie. Et l’Ecomobiliste lui attribue carrément deux médiocres étoiles rouges. Et pourtant son clone de 1,3 litre est salué respectivement d’un A et de… cinq étoiles, soit les deux cotations maximales!
Mais qu’est-ce que cette petite boule de nerfs subit comme sanction avec la nouvelle réglementation plébiscitée il y a dix jours par les Genevois pour toute voiture neuve immatriculée sur leur canton? Rien! Cette Yaris 1,8 échappe à toute pénalité, puisque la sanction consistant à augmenter durant trois ans de 50 % la taxe auto ne concerne que les voitures émettant plus de 200 g de CO2/km. Or, elle n’en émet que 170. Elle reste cependant très loin de la limite maximale (120 g) pour obtenir l’éxonération de ladite taxe durant trois ans. En fait, ce changement de régime fiscal cantonal ne concerne guère que les véhicules équipés de moteurs 2 litres et plus.
Malus genevois: 0 fr.!
Une hybride qui économise aussi… des sous!
L’exemple genevois permet enfin de mesurer concrètement les avantages pécuniaires qu’une voiture sobre offre en cas de bonus-malus.
Les hybrides sont les chouchous des classements. La Toyota Prius n’échappe pas à la règle: l’étiquette-énergie fédérale actuelle lui décerne les doigts dans le nez un A. Et le plus sourcilleux Ecomobiliste de l’ATE la salue avec cinq étoiles vertes sur fond vert, puisqu’elle fait partie des dix voitures les plus vertes du marché suisse. Autant dire que la route des bonus et des exonérations de taxes (fédérales ou cantonales) est grande ouverte devant son capot. Et si l’étiquette-énergie actuelle devait être remplacée par une étiquetteenvironnement, elle y gagnerait encore. Cette voiture n’a pas attendu la votation d’il y a dix jours pour être encouragée par le canton de Genève: elle appartenait déjà aux modèles exonérés de la taxe auto la première année. Désormais, elle pourra en être absoute durant trois ans.
Bonus genevois: - 786 fr. sur trois ans.
ATE : copier l’Europe ATE
La grande association nationale pour une mobilité plus écologique plaide pour une étiquette-environnement, mais pas celle-là!
L’Association transports et environnement n’aime ni l’étiquette-énergie actuelle ni le projet d’étiquetteenvironnement en consultation mais déjà considéré comme mort. L’ATE propose sa propre étiquette, avec son classement annuel des voitures vendues en Suisse: l’Ecomobiliste (www.ate.ch). Pour décrocher les cinq étoiles vertes, la voiture doit être bonne dans plusieurs domaines, comme celui du bruit.
En revanche, l’ATE n’est pas favorable à la multiplication de taxes ou de bonus-malus pénalisant ou récompensant directement le consommateur. C’est en amont que l’association estime que le principe du pollueur-payeur devrait être appliqué, c’est-à-dire au niveau des importateurs. «La Suisse pourrait très bien adopter le modèle européen», estime-t-on au siège de l’ATE.
TCS: statu quo!
L’étiquette-énergie
actuelle convient au Touring-Club Suisse. Quant aux taxes, le TCS
suggère surtout des bonus pour les voitures vertes.
Le TCS (www.tcs.ch)
adopte une position claire en matière d’étiquette: le club se dit
satisfait de l’étiquette-énergie et s’oppose à la «trop compliquée»
étiquetteenvironnement. Car, en cas d’avalanche de nouvelles taxes,
certaines catégories de véhicules (limousines, breaks, monospaces
familiaux) sobres par rapport à leur poids seraient moins durement
touchées. «Ce système ne pénalise donc pas les familles, qui
resteraient libres de choisir une voiture adaptée à leurs besoins
plutôt que d’être poussées à l’achat de deux petites voitures»,
explique le porte-parole du TCS, Gérard Métrailler. Et, sur le plan des
taxes, le TCS privilégie un bonusmalus, mais surtout un… bonus: «Si
l’on additionne toutes les taxes routières actuelles, les usagers
paient déjà 11 milliards de francs par an.»