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Santé

Contraception chez les jeunes: la pilule sous la loupe

Malgré les polémiques passées, la pilule séduit encore, depuis plus de soixante ans. Elle reste aujourd'hui, avec le préservatif masculin, le moyen de contraception le plus utilisé, malgré les multiples alternatives existantes. Décryptage de cette méthode contraceptive aux nombreuses idées reçues. 

pilule

Avec le préservatif masculin, la pilule contraceptive est le moyen de contraception le plus utilisé.

Dimitri Otis/Stone/Getty Images

Avec le préservatif masculin, la pilule contraceptive est le moyen de contraception le plus utilisé, selon la dernière Enquête suisse sur la santé (2021). Chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans, la pilule est en tête des méthodes les plus demandées pour se prémunir d’une grossesse non désirée. Ces dernières années toutefois, sa popularité a connu une légère baisse. En cause: la polémique quant aux risques thrombo-emboliques des dernières générations de pilule, mais aussi la mise sur le marché de méthodes contraceptives de longue durée – dispositifs intra-utérins ou implants – qui se destinent désormais également aux adolescentes. Malgré cette évolution, la fameuse pilule – ou les pilules devrait-on dire – garde une place de choix, y compris chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans n’ayant jamais eu de rapports sexuels. Selon cette même enquête, 90% d’entre elles l’utilisent pour ses effets favorables sur le cycle ou pour être prête le jour où elles commenceront leur vie sexuelle. Décryptage d’un médicament qui a révolutionné la vie sexuelle des femmes, il y a plus de soixante ans déjà.

1. Comment ça marche?

La pilule fait partie des méthodes contraceptives dites hormonales. On distingue deux grandes familles: les pilules combinées, qui allient un œstrogène et un progestatif, et les progestatives qui ne contiennent qu’un progestatif seul. Les premières sont à prendre durant 21 jours, avec sept jours de pause ou des comprimés placebo tandis que les secondes (avec progestatif seul) se prennent en continu. Les pilules ont trois mécanismes d’action. Au niveau central, elles bloquent l’ovulation dans les ovaires «par une diminution des sécrétions de gonadotropes, hormones impliquées dans l’activité folliculaire», explique la Dre Michal Yaron, médecin agrégée, responsable de l’unité de policlinique de gynécologie et de gynécologie pédiatrique et des adolescentes aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Elles ont également pour effet d’épaissir la glaire cervicale empêchant ainsi les spermatozoïdes de traverser le col de l’utérus. Enfin, elles modifient l’endomètre: «La muqueuse qui tapisse la cavité utérine, sous l’effet des hormones, devient trop fine pour accueillir l’œuf fécondé et empêche son implantation», poursuit la gynécologue.

2. Pas une, mais des pilules

Il existe plusieurs générations de pilules, qui se définissent par les molécules progestatives utilisées et par leur arrivée sur le marché. Les pilules de première génération, les plus anciennes et les plus dosées, ne sont plus prescrites. «L’utilisation de progestatifs plus puissants dans les pilules des générations suivantes a permis de réduire le dosage en œstrogènes et de diminuer ainsi les effets secondaires», explique la Dre Yaron. Les pilules de 2e génération recourent à un progestatif pouvant avoir des effets androgéniques (stimulation des glandes sébacées, par exemple) tandis que les pilules de 3e et 4e générations recourent à des progestatifs aux propriétés anti-androgéniques (effets bénéfiques sur la peau, la pilosité, mais possible baisse de libido). Mais ils ne sont pas sans risque, poursuit la gynécologue: «Ces nouveaux progestatifs neutralisent moins efficacement le pouvoir coagulant des œstrogènes, ce qui augmente le risque de complications thrombo-emboliques.» C’est pourquoi une pilule de deuxième génération est le plus souvent prescrite en première intention. Les risques d’effets secondaires sont plus importants au début de la prise, les facteurs de coagulation se normalisant avec le temps.

Les pilules se différencient ensuite par leur taux d’œstrogènes et de progestérones. «On privilégie le dosage le plus bas. Mais s’il est trop faible, la masse osseuse risque de ne pas se constituer de façon optimale (surtout chez les jeunes utilisatrices de moins de 26 ans) et des saignements inter-menstruels peuvent par ailleurs survenir», prévient la Dre Yaron.

3. Pourquoi prendre la pilule?

La pilule peut être prise dans un but contraceptif si la jeune fille envisage ou a déjà une activité sexuelle. Mais elle peut également être prescrite pour régulariser les cycles, diminuer les saignements en cas de règles abondantes ou de fortes douleurs. Elle peut aussi avoir comme but d’amener un climat endocrinien plus favorable et d’améliorer ainsi les problèmes d’hirsutisme ou d’acné. La prise de pilule peut enfin être indiquée dans certaines problématiques médicales (troubles de la coagulation sanguine, par exemple).

4. Quelle est son efficacité contraceptive?

La pilule est très efficace (taux d’échec entre 5 et 8%), à condition de la prendre correctement (chaque jour à heure fixe). Les moyens contraceptifs à longue durée d’action, tels que l’implant ou le dispositif intra-utérin (hormonal ou en cuivre) offrent une meilleure sécurité contraceptive, parce qu’ils ne sont pas liés à la prise de la patiente. Un manquement dans la prise fait courir le risque d’une grossesse non désirée: «La fenêtre d’erreur est d’autant plus grande que la pilule est faiblement dosée, explique la Dre Yaron. Ce, surtout chez les jeunes qui sont particulièrement fertiles.» Pour se prémunir des oublis, il existe des plaquettes avec des comprimés placebo à prendre lors de la semaine de pause. Mais pour une plus grande sécurité, la pilule peut être associée au préservatif, qui en plus protège contre les infections sexuelles transmissibles (IST). «A noter encore que l’efficacité de la pilule peut être réduite par certains médicaments dont certains antibiotiques», ajoute la Dre Martine Jacot-Guillarmod, responsable de la consultation gynécologie et adolescence au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

5. Les avantages

Ils sont nombreux, selon les spécialistes interrogées, mais dépendent en grande partie de ce que chaque femme attend d’une contraception. La pilule permet de réduire les saignements (et donc les risques d’anémie), les douleurs et de régulariser les cycles, mais «de manière artificielle et tant que l’on poursuit la prise, précise toutefois la Dre Yaron. Car sous pilule, ce ne sont pas de vraies règles mais des saignements de déprivation.» En cas de syndrome prémenstruel, l’apport régulier d’hormones peut soulager les symptômes (douleurs, maux de tête, troubles de l’humeur, etc.) liés aux fluctuations hormonales du cycle naturel. Bien dosée, la pilule peut favoriser la densité osseuse et donc prévenir la perte osseuse autour de la ménopause. A plus long terme, la prise de pilule réduit notamment la survenue de kystes de l’ovaire, des mastopathies (modifications bénignes des tissus glandulaires des seins) et offre une protection contre les cancers de l’ovaire, de l’endomètre et du cancer colorectal. D’un point de vue pratique, c’est enfin un moyen de contraceptif accessible et bon marché.

6. Les risques et inconvénients

L’un des risques les plus redoutés est celui de l’événement thrombo-embolique, majoré les premiers mois après le début du traitement. Le médecin doit donc évaluer soigneusement le risque individuel en fonction de différents paramètres (âge, antécédents personnels, familiaux, tabagisme, surpoids, etc.) et tenir compte des attentes de la patiente. «Une à deux jeunes femmes sur 10 000 est concernée. Ce risque est certes deux fois plus élevé lorsqu’on prend la pilule, mais il est cinq à dix fois plus grand autour de la grossesse, et dix à trente fois plus durant le post-partum», détaille la Dre Yaron.

Comme pour n’importe quel médicament, la liste des effets secondaires potentiels est longue: céphalées, nausées, augmentation de l’appétit, perturbations de l’humeur, baisse de la libido, etc. Parmi les inconvénients, la contrainte de devoir prendre un médicament chaque jour est l’un des plus souvent cités.

7. Laquelle est pour moi?

Généralement, le ou la gynécologue prescrit une pilule faiblement dosée en œstrogènes en première intention. La situation (âge, antécédents familiaux, etc.), les habitudes de vie (tabagisme) et les besoins de la patiente sont pris en compte. Une nouvelle consultation est planifiée après trois à quatre mois pour adapter la prescription en fonction des éventuels effets secondaires. «Si cela ne convient pas, il ne faut pas hésiter à changer de pilule, voire de contraception. Le panel disponible est large et il est essentiel que la patiente adhère à la contraception choisie», souligne la Dre Martine Jacot-Guillarmod.

8. Comment me la procurer?

Une contraception peut être prescrite à une mineure sans autorisation parentale. «Dès l’âge de 14 ans, une jeune fille est libre de prendre ses propres décisions thérapeutiques pour autant qu’elle soit capable de discernement. Le fait de demander une contraception en est une preuve», explique la Dre Martine Jacot-Guillarmod.


Quelques alternatives à la pilule:

Sur le marché, l’éventail des méthodes contraceptives est large. Extrait.

Le préservatif
Masculin ou féminin (Femidom®), il protège ponctuellement d’une grossesse non désirée et des infections sexuellement transmissibles. Un moyen bon marché et accessible.

Le patch
Il diffuse un œstrogène et un progestatif à travers la peau. On le change chaque semaine, et on observe une pause de sept jours durant laquelle les saignements de privation surviennent.

L’anneau vaginal
Ce dispositif souple et invisible s’insère dans le vagin pour une durée de trois semaines. Une faible dose d’œstrogène et de progestatif est diffusée à travers les parois vaginales. Comme avec le patch, il n’y a pas de risque de malabsorption digestive et le risque d’oubli est moindre.

L’implant
Ce bâtonnet invisible s’insère sous la peau (bras) sous anesthésie locale. Il diffuse en continu un progestatif qui supprime l’ovulation, épaissit la glaire cervicale et rend l’endomètre inadapté pour la nidation. On peut le laisser en place jusqu’à trois ans. Certaines femmes n’ont plus leurs règles, d’autres ont des saignements irréguliers.

Les dispositifs intra-utérins (DIU)
Contraceptif de longue durée d’action, les DIU (en cuivre ou hormonal avec diffusion continue de progestatif) sont posés dans l’utérus pour une durée de trois à dix ans. Autrefois prescrits aux femmes ayant eu des enfants, les DIU sont désormais accessibles à toutes, y compris aux adolescentes, pour qui des modèles plus petits ont été conçus.


«Je n’ai jamais pris la pilule»

Nathalie, 32 ans

«A 18 ans, je suis allée au Planning familial, où on m’a présenté les différents moyens de contraception. Je ne me voyais pas prendre la pilule tous les jours, d’autant plus qu’à l’époque j’avais des horaires de travail irréguliers. J’ai choisi le patch, un moyen pratique mais peu connu. C’est assez simple, on le colle sur la peau et on le change une fois par semaine. Le coût est acceptable, et ma complémentaire m’en rembourse une partie.

Plus tard, je me suis fait poser un implant. L’idée de ne plus avoir à penser du tout à ma contraception me séduisait. J’espérais également ne plus avoir mes règles, mais j’avais des saignements irréguliers et j’ai pris beaucoup de poids. Je l’ai donc fait retirer après deux ans et demi. J’ai repris le patch jusqu’à ce que, avec mon conjoint, on décide de fonder une famille. Je suis maman depuis peu. Aujourd’hui, après douze ans de contraception, je n’ai plus envie de prendre des hormones, même si elles m’ont permis d’atténuer mes douleurs menstruelles. Je redécouvre mon corps, mes sensations, ma libido, et c’est intéressant.»

Par Elodie Lavigne publié le 4 mars 2022 - 08:27