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L'édito

Le bain tiède des fans de Poutine

Stéphane Benoit-Godet se questionne sur les fans de Vladimir Poutine. Si jusqu'à maintenant afficher un tel soutien ne posait pas (trop) de problème, avec la guerre il leur a fallu se faire oublier. Pourtant, selon lui, les travers de ce régime n'ont jamais été cachés. Le fait est que si Poutine est un tyran, il ne l'est pas devenu en envahissant l'Ukraine...

Paulsen Poutine

En 2009, le milliardaire suédois Frederik Paulsen devient consul honoraire de Russie en Suisse après avoir reçu l’Ordre de l’amitié par Vladimir Poutine. Le 1er mars dernier, il prend «la décision de fermer le consulat général honoraire avec effet immédiat et d’en interrompre les activités jusqu’à nouvel avis», en raison «des circonstances extraordinaires et dramatiques hors de notre contrôle qui se déroulent en Ukraine».

AFP via Getty Images

La Suisse romande n’est pas à l’abri des tourments de l’histoire. Les crimes de guerre perpétrés par Vladimir Poutine en Ukraine ont des répercussions partout. Les agissements du régime le plus dangereux du monde mettent les amis suisses du Kremlin en pleine lumière.

Une série de personnalités a fait couler ces vingt dernières années un bain tiède pour que prospère l’image de la Russie dans la région. Le centre de cette influence se nomme Frederik Paulsen, richissime entrepreneur et patron de Ferring et, jusqu’à il y a peu, consul honoraire du pays de Vladimir Poutine à Lausanne. Les bombes pleuvant sur le peuple ukrainien, il a fermé en catastrophe la représentation, son site officiel et annoncé qu’il n’était plus une personne publique.

Le même Frederik Paulsen a financé des spectacles, un institut de l’EPFL, des expéditions scientifiques, le site Heidi.news pour mettre la Suisse romande à bonne température. L’Opéra de Lausanne lui a rendu son argent, estimant que cette proximité faisait désormais tache. L’ex-consul a aussi activement participé aux fameux voyages d’Eric Hoesli, l’ex-journaliste devenu organisateur de séjours en Russie pour happy few.

Cet attrait pour la Russie de Poutine parle beaucoup à certains dont l’idéologie s’est formée avec les idéaux nés dans les années 1960. Ils sont farouchement anti-américains, ont pu être un temps pro-européens et sont fascinés par l’image de l’«homme fort». Ils se nomment Mélenchon ou Zemmour en France et se sont davantage battus pour la liberté d’expression de RT (anciennement Russia Today) que pour celle d’Alexeï Navalny. Jusqu’au mois dernier, le «wokisme» les inquiétait plus pour l’avenir de la civilisation que les risques posés par une dictature violente et menaçante.

Si le retournement de situation fait si mal à ce microcosme aujourd’hui, c’est qu’aucun des travers du régime auquel ils se sont frottés n’était alors caché. Vladimir Poutine n’est pas devenu un gangster doublé d’un tyran le 24 février en envahissant l’Ukraine. Il l’était déjà auparavant.

Alors que le scénario d’une troisième guerre mondiale n’a jamais été aussi réaliste, il faut mettre ceux qui ont pratiqué le soft power pour le compte du Kremlin face à leurs responsabilités. Au risque sinon de démontrer par notre complaisance que la stratégie du bain tiède a fonctionné.

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 9 mars 2022 - 08:29