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© Denis Kormann

Ce qu'il faut savoir sur le harcèlement sexuel au travail

Publié jeudi 14 décembre 2017 à 00:00
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Publié jeudi 14 décembre 2017 à 00:00 
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Il commence souvent de manière insidieuse et devient vite insupportable!
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Dès son premier jour de travail, le collègue guigne dans son décolleté. Jeanne Zeller** pense que c’est de sa propre faute. Sa blouse est-elle trop audacieuse? Les semaines suivantes, elle fait mine de ne pas entendre les compliments équivoques, mais elle se sent toujours plus mal à l’aise dans son nouvel emploi. Puis son collègue l’invite chez lui pour un petit souper. Et précise qu’elle peut aussi rester pour la nuit. Là, Jeanne Zeller comprend de quoi il retourne vraiment… A la suite des révélations à propos du producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, le sujet des abus sexuels a refait surface. Hormis le facteur glamour que l’on imagine à Hollywood, les mésaventures de bien des femmes au travail ne sont pas très différentes. Le harcèlement commence souvent de manière insidieuse: par des regards, des blagues, des gestes furtifs, des remarques équivoques. Question: qu’est-ce qui est tolérable, qu’est-ce qui est inadmissible?

À quoi reconnaît-on le harcèlement sexuel?

En matière de harcèlement sexuel au travail, c’est le ressenti subjectif de la personne impliquée qui prévaut. Peu importe, par conséquent, ce que vise par son comportement la partie adverse: qu’elle veuille bel et bien obtenir une faveur sexuelle ou qu’elle justifie son comportement par l’humour ou une véritable affection. Le harcèlement sexuel commence quand la situation devient désagréable pour la personne visée et qu’elle se sent rabaissée dans sa dignité.

Qui se fait harceler?

Beaucoup de femmes – mais régulièrement des hommes aussi – subissent le même sort que Jeanne Zeller. Les jeunes employé(e)s, relativement néophytes dans l’entreprise et en position de faiblesse, les auxiliaires et les apprenti(e)s sont en moyenne plus concernés que d’autres. Des minorités comme les homosexuel(le)s subissent aussi souvent des harcèlements sexuels.
Selon un sondage représentatif, en Suisse, 1 personne sur 2 subit un comportement importun au moins une fois dans sa vie professionnelle. «Le harcèlement sexuel survient dans tous les métiers, mais on constate une accumulation dans les secteurs des soins, de la restauration et de la construction», indique Aner Voloder, juriste au Bureau de l’égalité de la ville de Zurich.

Qui sont les harceleurs?

Les femmes sont le plus souvent harcelées par des hommes du même niveau hiérarchique qu’elles, rarement par des supérieurs. Pour les hommes victimes, le harcèlement émane en général de groupes.
Un apprenti maçon raconte à ses collègues maçons qu’il a une copine. Dès lors, ils le harcèlent de questions sur ses succès et ses pratiques sexuelles avec l’élue de son cœur. Estimés, au début, comme inoffensifs, les propos salaces finissent par être une vraie galère et l’ambiance au travail est ressentie comme hostile.
Le harcèlement sexuel n’émane pas que de collègues de travail ou de supérieurs. Il arrive souvent que des clients ou des patients dépassent les limites. Un patient psychiatrique ne peut s’empêcher d’exploiter la proximité corporelle inhérente aux soins pour tripoter sa soignante. Les habitués d’un bistrot ne peuvent s’empêcher de donner une tape sur les fesses de la serveuse. Une kiosquière est embarrassée par un client qui feuillette régulièrement des revues pornos dans son magasin, fait des commentaires et lui adresse des clins d’œil égrillards.

Que peut faire l’employeur contre le harcèlement sexuel?

La loi sur l’égalité oblige les entreprises à instituer des mesures propres à empêcher tout comportement discriminatoire, notamment le harcèlement sexuel. Par conséquent, avec ses prescriptions et ses sanctions, la loi s’adresse à l’employeur et non au harceleur.
Pour satisfaire aux exigences légales, l’employeur doit veiller à ce que règne dans l’entreprise un climat dans lequel le harcèlement sexuel est complètement hors de propos, écrit l’Union patronale suisse. «Si cela devait néanmoins se produire, tous les intéressés doivent savoir quelle est la procédure adéquate. Et l’employeur doit prendre à l’endroit du harceleur des mesures pouvant aller de l’avertissement écrit au licenciement sans délai.
Les mesures de prévention à prendre dépendent de la situation et du type d’entreprise. Il faut en particulier: une affirmation claire dans le règlement d’entreprise que le harcèlement sexuel n’est pas toléré; des formations internes contribuant à sensibiliser le personnel à la question: des aide-mémoire énumérant les règles de comportement des personnes concernées et de leurs supérieurs; beaucoup de grandes entreprises ont mis en place un centre d’écoute où une personne de confiance est chargée d’entendre les employés impliqués.

Quelles mesures concrètes existent?

L’employeur doit agir lorsqu’il se trouve face à un cas de harcèlement effectif. Les mesures suivantes sont envisageables :
Le collègue de Jeanne Zeller reçoit un avertissement de l’employeur, précisant qu’on ne tolérera pas un climat sexualisé dans l’entreprise. Il est en outre menacé de licenciement immédiat en cas de récidive.
Le chef de l’apprenti maçon procède de la même façon et fait savoir que la limite du tolérable a été franchie, même dans le contexte de mœurs plus «rustiques» de l’industrie de la construction.
Dans le cas du patient psychiatrique, la direction de l’institution ordonne que ce dernier ne soit désormais soigné que par des hommes ou, à défaut, par deux femmes en même temps.
Le tenancier du bistrot dont la serveuse se fait tripoter informe ses habitués que l’établissement ne tolère aucun geste déplacé.
La kiosquière intime au client importun l’interdiction de fréquenter son commerce.

Quels sont les droits des personnes concernées?

Une indemnisation de l’entreprise, jusqu’à un maximum de six mois de salaire suisse moyen, peut être obtenue par les victimes en plus de l’arrêt du harcèlement sexuel.  Mais à condition que l’employeur ne puisse pas prouver qu’il a pris les mesures idoines pour empêcher tout harcèlement.
Le problème est que les victimes ne se défendent pas ou alors très tardivement. «Les femmes ne veulent pas paraître trop sensibles, les hommes ne veulent pas être taxés de chochottes», explique Aner Voloder, au Bureau zurichois de l’égalité.
Endurer et ne rien faire en cas de harcèlement est une erreur. «Une culture d’entreprise sexualisée, dans laquelle les blagues, les propos et les allusions sexistes sont monnaie courante, accroît la probabilité d’abus.» C’est ce qu’écrit le site Belästigt.ch (pour des conseils et des informations en français, voir Soupape.ch). Il conseille de ne pas attendre que le harcèlement cesse de lui-même. Car en général, c’est le contraire qui se produit: il augmente.

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