Aller au contenu principal
Publicité
© Darrin Vanselow

Agnès Wuthrich, l'amour retrouvé

Publié samedi 25 août 2018 à 07:54
.
Publié samedi 25 août 2018 à 07:54 
.
La journaliste vedette du TJ de midi avait perdu Boris, son mari, dans des circonstances dramatiques fin 2016. Aujourd’hui, elle tourne une page et s’affiche avec Denis, son nouveau compagnon, sans toutefois oublier le père de ses deux enfants. Témoignage exclusif.
Publicité

Agnès Wuthrich, journaliste vedette du TJ de midi sur la RTS, 42 ans, est un visage familier des Romands. Il y a un an et demi, touchée par un drame familial, elle témoignait dans nos colonnes de la perte de son mari. Mère de famille, femme active, elle était placée comme tant d’autres face à l’inéluctable. Boris Siaka Stevens, son mari, 48 ans, était emporté par une embolie pulmonaire consécutive à une maladie génétique du sang le 6 décembre 2016. Deux enfants étaient nés d’une union heureuse de dix-sept ans: K’tusha, 12 ans aujourd’hui, et Taio, son petit frère de 6 ans. Avec eux, la jeune femme combative avait décidé d’avancer, s’effondrant parfois lorsque le fardeau devenait trop pesant. Si elle ne renie rien du passé et chérit le souvenir de l’être aimé, elle ne s’est pas interdit de retomber amoureuse et s’en est ouverte à ses enfants. Encore fallait-il trouver un être capable de vivre avec les contraintes qu’engendrait le veuvage, à mi-chemin entre le chagrin et un bonheur naissant. Le nouvel homme dans sa vie s’appelle Denis Givel. La cinquantaine, divorcé depuis dix ans, il est père d’un garçon de bientôt 25 ans et d’une fille âgée de 22 ans. Agnès et lui ont accepté de partager leur expérience avec l’intelligence du cœur.

Darrin Vanselow
Pour Agnès, Denis cumule deux qualités indispensables chez un homme: la générosité et l’humour.


Nous sommes à Echallens, où vit Denis pendant la semaine. Agnès nous a prévenus avec un sourire complice: «Il a un accent prononcé, je ne comprends pas toutes ses expressions vaudoises, comme «T’as coté?», ce qui signifie fermer à clé.» Si son accent ne nous saute pas vraiment aux oreilles, on remarque très vite chez cet homme aux cheveux et à la barbe poivre et sel deux qualités majeures: sa générosité et son humour. «Pour moi, elles sont indispensables chez un homme», souligne Agnès.

Ils se sont rencontrés il y a un an. «C’était à la veille de mon départ en vacances pour Santorin avec mes enfants», précise la journaliste. Si le hasard a bien fait les choses, ce ne fut pas le coup de foudre. «Après ce premier rendez-vous, nous nous sommes envoyé des messages, tissant notre complicité. Ce qui n’était pas prévu au programme, c’est que Denis nous rejoigne les quatre derniers jours. Il me l’a proposé.» Sur l’île des Cyclades, il a fait la connaissance des enfants d’Agnès. «C’est là que notre relation a commencé.»

Darrin Vanselow
Denis et Taio jouent au frisbee dans le jardin. Dans la vie, leur relation est un perpétuel échange.


Cet été, ils ont passé leurs toutes premières vacances à quatre. Mais comment s’intégrer, trouver sa place, devenir un beau-père, alors que le souvenir du mari, papa défunt, est encore vivace? «Agnès entretient le souvenir de Boris. Lui et moi avons le même âge, confie Denis. Ils ont vécu quelque chose de fort. Elle lui laisse une place importante au quotidien. Je n’en suis pas jaloux. J’aurais fait pareil pour les miens.» Prévenant, ce diplômé en gestion d’entreprise a même souhaité qu’elle demande à ses enfants si cela ne les gênait qu’ils apparaissent et témoignent au grand jour. K’tusha et Taio ont donné leur feu vert sans hésiter. Agnès Wuthrich, déjà confrontée à la perte brutale de ses propres parents entre 21 et 22 ans – une mère emportée par un cancer, un père décédé d’un AVC – est sereine dans sa démarche. Avec Boris, dont la santé s’était dégradée progressivement, ce fut «un deuil en pente douce», selon son expression, même si les circonstances dramatiques ont mis toute la famille à rude épreuve.

Darrin Vanselow
Agnès, son fils Taio et Denis avancent,dans la sérénité. Une famille recomposée où chacun a trouvé sa place et réclame sa part d’amour.


Aujourd’hui, elle distingue clairement les deux aspects de son existence, qui se superposent. «Je peux m’autoriser à retrouver le sentiment amoureux dans une phase constructive et heureuse de ma vie et être triste à la fois. Mes enfants, en revanche, ont perdu définitivement leur papa. Je sais qu’il ne sera pas là lors des étapes importantes de leur parcours. Ma belle-mère, pour qui ma nouvelle relation a été assez difficile à accepter, ne retrouvera jamais plus son fils. Il faut entretenir la flamme, pour eux comme pour moi.»
Parfois, le souvenir de Boris surgit involontairement et Agnès en rigole avec K’tusha et Taio. Agnès poste aussi des messages sur les réseaux sociaux, comme autant de signaux à destination de son ex-mari. «Ma belle-famille est éparpillée, c’est aussi une façon d’être reliés les uns aux autres entre Veyrier, Bâle, Seattle et le Canada.» Les dates clés ne sont pas seulement des cases cochées sur un calendrier, elles ont une fonction symbolique et cathartique, aux effets parfois inattendus.


«Le 6 décembre dernier, jour de l’anniversaire de la mort de Boris, ma fille s’est révoltée contre moi, se souvient Agnès. A cette époque, j’ai souffert d’une bronchite. Ce n’était pas anodin. Boris est décédé d’une embolie pulmonaire.» Le médecin de la jeune femme lui a demandé d’y réfléchir et l’a mise en congé. A la même période, le cadet exprimait lui aussi son ressenti. «Il m’a posé beaucoup de questions sur son père, notamment pourquoi la médecine n’avait pas réussi à le sauver.»


Pour Agnès, il n’y a pas conflit de loyauté envers Boris. «Je continue à élever nos enfants, ce que nous avions commencé à deux. Je ne veux pas qu’ils se disent un jour: «Maman s’est privée d’un nouvel amour pour nous.» Ils doivent vivre leur vie et ne me doivent rien.» Ses belles-sœurs, comme son réseau d’amis, l’ont encouragée à franchir le pas afin de rencontrer un nouvel homme. Agnès, selon ses propres termes, est passée d’une période d’hibernation à une phase de réveil. «J’avance à mon rythme, parfois j’ai des rechutes. Les choses nous rattrapent. Cela fait partie du processus de deuil.»
Denis est tout aussi concerné par ces anniversaires qui rythment l’année. Le 1er août, Boris aurait eu 50 ans. «Nous étions en Sardaigne, précise le Vaudois. Agnès a montré une vidéo à Taio, il y faisait un château de sable avec son père. Sur la plage, lorsque j’ai voulu en construire un avec lui, il m’a dit: «Non, je fais comme Daddy m’a appris.» Et je lui ai dit: «C’est très bien, fais comme il t’a appris.»


Le petit n’a pas beaucoup de souvenirs de son père. «Un jour, il a lancé spontanément: «Avant il y avait Daddy, maintenant il y a Denis.» Il a fallu expliquer à Taio que Denis, qu’il affectionne, n’était pas son papa», ajoute Agnès. Cet été, c’est bien avec Denis qu’il a appris à nager. «Il n’avait pas son fond, ni son masque. Je l’ai invité à sauter dans mes bras depuis le bord. Il me disait, hésitant: «Tu sais Denis, si je tremble ce n’est pas parce que j’ai froid, c’est que j’ai peur.»


L’aînée, en pleine adolescence, réagit à sa façon. «Elle cultive beaucoup la ressemblance avec Boris, elle se rebelle et c’est sain, avance Agnès. Une fois, je lui ai demandé si elle aimait Denis. Elle m’a répondu que non avant de rectifier: «En fait, je l’aime… parce que tu l’aimes!»


Denis a déjà eu des ados à la maison, il en connaît la mécanique. «J’ai une relation très directe, très franche avec Taio et j’évite tout conflit avec K’tusha. Je passe par sa mère. Si le ton monte entre elles, je conseille à Agnès l’apaisement.» Les choses se calment aussitôt. «Un homme dans ma situation pourrait commettre l’erreur d’exiger que les choses se passent selon son bon vouloir.» Et puis chacun vit chez lui pour le moment. «Cela nous laisse aussi le temps de nous manquer», disent-ils.


Agnès est une fervente adepte de la course à pied, c’est sa façon de faire le vide. «Cela a un rôle thérapeutique. J’appelle ça le «lave-linge des soucis», rigole-t-elle. Le problème est toujours là après les kilomètres, mais on le voit autrement. Lorsque je ne cours pas pendant un moment, tout le monde le sent!» Ces jours, elle s’entraîne en vue de La Montheysanne. Une course caritative agendée le 26 août et dont elle est la marraine depuis sa création, il y a sept ans. «Elle a pour but de récolter des fonds en faveur des femmes atteintes d’un cancer. L’une des catégories permet aux malades d’y participer à leur rythme et selon leurs capacités physiques, même en chaise roulante.» Il y a trois ans, une fillette atteinte d’une tumeur incurable au cerveau a fait le parcours. «Personne n’était au courant. Elle a terminé portée par des participants. Deux mois après, elle disparaissait», relève Agnès.


L’émotion à l’antenne…


Dans son malheur, la journaliste se dit qu’elle a été «privilégiée». «Que ce soit grâce à l’amour que m’ont apporté Boris et nos années partagées ou à celui dont me gratifie Denis.» Ce dernier est devenu un téléspectateur assidu du TJ, qu’il regarde avec une certaine fierté. Il trouve sa compagne plus souriante et plus jolie dans la vie qu’à l’écran. «Mes amis me font la même réflexion. Elle est très sérieuse à l’antenne. C’est normal. En découvrant les coulisses de ce rendez-vous d’information, j’en mesure le stress. Lorsque je la retrouve, je suis avec Agnès et pas avec la dame de la télé.»


Dans l’étrange lucarne, Agnès Wuthrich maîtrise ses sentiments. Parfois la digue est à deux doigts de céder. «En quittant la Maison-Blanche, lorsque Barack Obama a rendu hommage à son épouse, je n’ai pas pu m’empêcher d’être émue, je crois que cela s’est vu. C’est une émotion positive, sans doute partagée par le public, je l’assume plus qu’avant.» D’ailleurs, elle partage spontanément sa joie sur Instagram. Désormais, Denis a sa place dans cet espace mosaïque. La vie, plus forte que tout, continue. Et l’amour, lentement, fait sa mue.

Newsletter L'Illustré Recevoir la newsletter L'Illustré