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© Brian Jones

20 ans d'Orbiter 3: journal d'un vol historique

Publié samedi 23 mars 2019 à 11:39
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Publié samedi 23 mars 2019 à 11:39 
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Jour après jour, Bertrand Piccard a consigné ses impressions dans un petit carnet vert. En exclusivité pour les lecteurs de L'Illustré, l'aérostier dévoilait en mars 1999 les doutes et les espoirs qui l'ont animé tout au long des trois semaines de cette extraordinaire aventure. Pour les 20 ans de cet exploit, le site de L'illustré republie ce journal de bord.
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1er mars 1999: le Cervin nous salue

Je n'ai pas envie de faire de grand discours. J'ai besoin d'être un peu plus discret sur le plan personnel. Les autres fois, j'étais trop disponible. Toutes les émotions soulevées m'empêchaient de me concentrer.

Le moment du décollage a été impressionnant dans les turbulences du vent. Nous nous sommes élevés très rapidement, beaucoup plus vite que les autres fois. Le ballon se stabilise maintenant à 8000 mètres pour la première traversée des Alpes. Nous jouissons d'une superbe vue sur le Cervin (photo ci- dessus). Nous atteignons Nice au coucher du soleil. Je suis inquiet de savoir combien notre ballon consomme de carburant. Nous passons beaucoup de temps à nous familiariser avec les instruments de bord.

Keystone
Pour la troisième fois après 1997 et 1998, Breitling Orbiter s’envole du Pays-d’Enhaut le 1er mars 1999. Cette fois sera la bonne.

2 mars: aller jusqu'au bout...

Lever de soleil sur les Baléares. Je me sens un peu moins dans une atmosphère philosophique que lors des deux premières expéditions. Mon envie de réussir est bien plus forte que lors des précédents vols. J'ai le désir absolu d'aller jusqu'au bout et cela génère une plus forte tension.

3 mars: le désert, un fond marin

Nous filons toujours en direction du Maroc avant de prendre enfin la direction de l'est. Quand je me lève pour reprendre les commandes, j'admire les cimes enneigées de l'Atlas éclairées par la pleine lune. Nous passons juste à côté de Marrakech. En fait, nous suivons le trajet de l'Aéropostale.

La glace qui s'est accumulée sur le ballon fond. Je ressens pour la première fois que notre ballon est une bulle feutrée à l'abri de toutes les horreurs du monde. Le désert, en dessous, est un fond marin sans mer avec des reliefs incroyables. A certains endroits, on dirait des colonnes vertébrales de brontosaures géants qui sortent des sables sur des kilomètres.

Le ballon donne l'impression de respirer et de ronfler. On entend les coups de brûleurs réguliers qui rythment le silence de la nuit.

4 mars: je pense à Saint-Exupéry

Je reçois les premiers messages de Michèle et de mes enfants qui découvrent à Genève tout le travail de l'équipe au sol. La lune est pleine dans un ciel étoilé au-dessus du désert, avec une légère brume blanche qui brille autour de nous. Laquelle est l'étoile du Petit Prince?

Devant une telle immensité de vide, je comprends qu'on puisse écrire tout et Tout en face du désert. J'imagine Saint-Exupéry assis à côté de son avion en panne. J'aimerais prendre le sable de mes doigts pour avoir un contact plus charnel avec cette terre, mais je préfère de loin rester encore longtemps dans le ciel.

Ce matin, nous sortons à l'extérieur de la cabine pour larguer les quatre bouteilles auxiliaires. Nous passons le degré zéro de Greenwich à 15 h 18. Nous sommes à 8000 mètres et à plus de 100 km/h. C'est une incroyable impression que d'imaginer que nous sommes suspendus à de l'air plus léger, c'est-à-dire de l'hélium emprisonné dans une enveloppe. Le principe est simple, mais quelle technique il faut pour que ça marche. J'écoute de la musique en regardant le désert défiler par les hublots. En fait, la terre serait un désert s'il n'y avait pas des plantes qui poussent et qui créent autour de la planète une mince couche d'humus de quelques dizaines de mètres d'épaisseur.

Je cherche à 8000 mètres la trajectoire la plus au sud. La vitesse augmente. Je téléphone à la maison et je vais me coucher. J'ai eu Luc Trullemans au téléphone. Il a les larmes aux yeux. Il est convaincu pour la première fois qu'il est possible de passer au sud de l'Himalaya et de contourner les endroits interdits de Chine.

5 mars: émotion à l'approche d'Assouan

A 7h05, nous entrons dans le jet-stream. Luc et Pierre me demandent de ralentir. On doit prendre une branche plus basse du jet, qui va en direction du sud. Au coucher du soleil, nous passons un très bon moment, Brian et moi, à parler de nos proches, de nous, de notre vie. C'est toujours deux heures avant le coucher du soleil que le ballon vole le mieux et que Brian et moi avons du temps pour parler de nous.

Durant la nuit, Brian a quelques émotions. Les contrôleurs aériens lui rappellent que la zone du barrage d'Assouan est totalement interdite de survol et qu'il faut faire un détour, ce qu'il parvient à faire.

6 mars: La Mecque, respect pour Dieu

J'assiste à un lever de soleil rouge sur le Soudan, un désert de montagnes sombres avec du sable gris clair au fond de lits de rivières nombreuses, mais complètement asséchées. Je serai bientôt un expert en déserts... Mais cette traversée du désert est plus motivante que celle de ces trois derniers mois à attendre désespérément un créneau pour décoller. C'est tout juste si le public n'était pas fâché que nous ne décollions pas. Nous atteignons la mer Rouge à 6 h 20. Je suis tellement heureux de voir ces merveilles de notre planète. Nous allons passer tout près du nord de l'Erythrée. Des gens s'y battent sans même savoir pourquoi. Ce sont bien sûr ceux qui ne veulent pas la guerre qui trinquent.

Un peu plus tard, nous avons la vue sur la côte saoudienne face à La Mecque. Respect pour Dieu quel que soit son nom.

Au milieu de la nuit, je reçois une consigne incroyable: nous devons perdre des degrés sud à cause d'une zone interdite au Yémen. Swisscontrol parvient à nous faire traverser cette zone. Nous jouons avec de gros cumulus au-dessus de l'Arabie saoudite. Je téléphone encore à ma famille.

 

7 mars: Andy vient d'amerrir

Cette fois, c'est un lever de soleil jaune qui éclaire le Yémen. Il est 3 heures du matin. On vit à l'heure universelle. Les couchers de soleil changent d'heure chaque fois. A 4 h 15, je reçois un fax de Joan Jones, la femme de Brian, nous signalant qu'Andy vient d'amerrir au large du Japon. J'ai peur d'être affreusement déçu si nous échouons aussi. Luc et Pierre nous ont donné une cible à atteindre à 12 heures Zoulou (heure universelle). L'entrée en Chine est prévue le 9 mars à 18 heures.

Arrivée sur la côte d'Oman. C'est un haut plateau qui tombe dans la mer qui l'a érodé, comme un seul versant du Grand Canyon. Nous n'avançons pas très vite en direction de l'Inde. Il fait une chaleur étouffante et moite.

8 mars: sommeil en autohypnose

Le jour se lève sur l'océan Indien parsemé de petits cumulus. La couche de vent dans laquelle je vole mesure à peu près 100 mètres d'épaisseur. Il faut vraiment piloter le ballon. Luc et Pierre sont très confiants. Ils prévoient déjà l'arrivée au Maroc le 18 mars au matin. Nous avons fini d'utiliser la basse pression qui nous a fait descendre sur le Maroc. Elle allait plus vite que nous et elle nous aurait entraînés sur le nord de l'Himalaya.

Sommeil excellent en autohypnose pendant quatre heures.

9 mars: le bonjour de Charles-André

Je suis de retour dans le cockpit à minuit avec des habits frais et j'assiste à un très beau lever du jour sur l'Inde. C'est une journée cruciale, celle du dernier ajustement de positionnement avant la traversée de la Chine. Un avion de ligne m'appelle et m'annonce une surprise. Il s'agit de Charles-André Ramseier (ndlr: le directeur de l'Office vaudois du tourisme) et de la délégation suisse qui va promouvoir le tourisme suisse en Inde. C'est très émouvant de parler à Charles-André Ramseier, parce que c'est lui qui m'a amené dans le monde du ballon à Château-d'Oex.

Nous arrivons sur le Bangladesh vers 14 heures. Le contrôleur aérien nous transmet les félicitations et les voeux des autorités de son pays. C'est mon tour d'aller dormir. Brian a l'honneur d'entrer sur la Chine à 160 km/h. Lorsque je reprends les commandes, nous sommes à la verticale de Kunming. Nos météorologues sont très excités et heureux. J'appelle l'aéroport de Kunming et dis au contrôleur qu'il peut regarder dehors parce que nous sommes à la verticale du tarmac. Il répond qu'il n'a pas de fenêtre pour regarder. A ce moment-là, j'entends un pilote d'avion me dire par radio: moi, j'ai des fenêtres pour vous voir.

10 mars: nous allons trop vite

J'envoie des fax aux autorités suisses et à l'ambassade de Suisse en Chine pour les remercier de leur aide.

Nos météorologues nous disent qu'on va trop vite. Nous sommes obligés de redescendre et de voler à la limite des nuages.

11 mars: au-dessus du Pacifique, j'ai peur

Nous arrivons sur le Pacifique. C'est un point de non-retour. C'est véritablement la définition de l'aventure, quelque chose d'irréversible qui nous emmène vers l'inconnu et il faut l'accepter. Le soleil se couche lorsque nous sommes entre la Chine et Taiwan. Nous avons une trajectoire très au sud. Je suis très impressionné et j'ai peur en reprenant les commandes après avoir passé une nuit assez agitée. Le Pacifique est impressionnant. Pourvu qu'il porte bien son nom!

En fait, ce moment rompt la douce torpeur dans laquelle nous sommes tombés. Dans quelques heures, nous survolerons la fosse des Mariannes et je repense que c'est là que mon père a plongé à près de 11'000 mètres avec le batiscaphe. Nous avons beaucoup de calculs de trajectoire à faire. Nos météorologues comptaient nous faire passer sur le nord du Pacifique et ils se retrouvent confrontés à beaucoup de risques d'orages et de trajectoires dangereuses. Ils nous conseillent de passer très au sud, là où le Pacifique fait 12'000 km de long au lieu de 5000 ou 6000. Nous survolerons une seule île pendant la traversée: Ivujima, petite île volcanique avec un aéroport.

Je téléphone évidemment à mon père en survolant la fosse des Mariannes. Je sens qu'il y a une similitude dans nos destins. Lorsqu'il a plongé dans le Gulf Stream, il a été poussé pendant un mois par les courants marins et, moi, je suis poussé exactement de la même manière par un courant aérien.

Nous commençons à perdre le contact avec notre base. Nous sommes trop au sud pour le satellite. Nous effectuons une sortie extravéhiculaire avec Brian au-dessus d'un Pacifique très calme et totalement désert. Encore un désert différent. Ce désert-là me fait peur... Le passage du Pacifique nord au Pacifique sud est extrêmement angoissant. Alors que je suis tenaillé par ce doute, Brian Smith, du centre de contrôle, m'envoie un fax contenant l'e-mail d'un astrologue anglais qui dit que les planètes du jour de décollage du Breitling Orbiter 3 étaient alignées avec mon jour de naissance et également avec le jour du premier vol humain en 1783! Il croit donc à la possibilité d'un succès qui serait inscrit dans notre destin.

12 mars: je téléphone à Adolf Ogi

Un fax m'annonce que nous venons de faire 20 000 km. Je téléphone à Adolf Ogi et le remercie de son soutien.

13 mars (le 12 encore à l'heure universelle): j'ai la boule à l'estomac

Les nouvelles sont bonnes. Encore quarante-huit heures à basse vitesse avant le jet-stream qui doit nous amener en Mauritanie le 19 mars au matin. L'espoir revient. Brian et moi refaisons des plans et des rêves. Le plus difficile, ici, est de contenir en moi toute mon impatience et mon immense désir de réussir. Nous avançons à 45 km/h en direction du jet-stream qui nous attend à deux jours d'ici. Deux jours à nous traîner à basse vitesse sur le plus grand désert du monde, le Pacifique. Je dois dominer toute velléité de faire autre chose que suivre le souffle du vent.

Je filme un très beau coucher de soleil sur les nuages à l'aide de la caméra frontale. Je dors très bien. Il fait frais, presque froid. La direction est très au sud. J'espère tellement que cela va nous permettre d'attraper le jet-stream que Luc et Pierre nous annoncent depuis deux ou trois jours. J'ai la boule à l'estomac.

Comme le dit Brian, si nous dormons plus sur le Pacifique qu'au début du vol, c'est qu'en dormant nous avons moins peur. Notre seule communication possible par radio HF passe par San Francisco. Je ressens comme un vertige, le désir d'être ailleurs alors que c'est impossible.

14 mars: et si nous manquions de propane...

Je repense à Peter Bird et au trophée que j'ai reçu à Dijon. Peter Bird est le navigateur qui s'y est pris à quatre fois pour traverser le Pacifique à la rame. J'aimerais me rappeler toujours de ce que je ressens maintenant. Cela m'aidera sûrement dans mes prochaines périodes de doute. La traversée du désert, c'est maintenant. Et, dans ce désert, je n'aimerais pas rester quarante jours.

Je suis aux commandes de nuit avec une veste duvet. Maintenant, le compte à rebours a commencé. Les degrés diminuent de 180 à 9 degrés 27 minutes, notre ligne d'arrivée. Nous nous rapprochons de chez nous. Je ressens l'angoisse de ne pas avoir assez de propane pour terminer le tour du monde. J'éprouve la même tension intérieure que si je dépensais de l'argent emprunté. Nous vivons à crédit sur un propane qui doit nous faire aller jusqu'au bout. En fait, je suis obsédé par le désir de réussir. Il faut relativiser. Je me sens soudain mieux. Je me vois avec plaisir jouer avec les enfants, à la montagne...

Lever d'un croissant de lune. C'est une nouvelle lune. Le jour se lève. Je réveille Brian et nous laissons le ballon descendre jusqu'à 4000 mètres. Nous devons reconnecter les réservoirs que nous avions débranchés pendant la sortie précédente. Il faut aussi larguer une partie de la nourriture de réserve pour augmenter notre plafond opérationnel. Le ballon dégivre. Beaucoup d'eau coule. Je lave les hublots avec une perche prolongée d'une éponge. Il nous reste six à neuf jours d'autonomie de carburant.

15 mars: je rêve que je réussis ce vol

Lever de soleil inouï au milieu de voiles rougeâtres. Très bonnes perspectives météo. Nous sommes dans le jet-stream. Au plafond, le ballon forme son propre nuage de condensation. Luc et Pierre nous conseillent de gagner un degré au sud pour être plus au centre du jet-stream.

Je me couche à 4h10, juste après le coucher du soleil. J'ai froid et je mets des heures à m'endormir. Puis je rêve que je réussis ce vol et que je ne peux pas encore dire aux gens, que je dois les éviter jusqu'à la partie officielle...

Lorsque je me lève, Brian a dépassé les 100 noeuds (180 km/h) et notre record de distance est officiel. C'est un moment d'euphorie dans les interviews à distance avec les journalistes qui ont afflué à Genève.

 

17 mars: j'appelle Michèle et je pleure

Il fait froid. J'utilise le sac en matière polaire et m'engouffre à l'intérieur du sac duvet. Le ballon a énormément consommé cette nuit. Lever de soleil sur le Mexique. Mais je n'ai pas le moral. Je me sens d'ailleurs de plus en plus mal. Brian aussi. La vitesse s'est effondrée. La direction est de 110 degrés. C'est la direction du Venezuela... Je me sens mal. Je téléphone à Michèle et je pleure.

Un ami hypnothérapeute me téléphone. C'est un moment très important de cette journée. Il me rappelle la valeur du doute et de l'angoisse à surmonter pour finir l'exploit qui est déjà à portée de main. Il me connaît bien et me rappelle des moments de sécurité intérieure que j'ai ressentis dans ma vie. En fait, il me fait une séance d'hypnose par téléphone.

En fin d'après-midi, je trouve enfin la couche d'air qui repart au nord-est. Luc et Pierre me disent que tout se joue maintenant.

18 mars: go pour l'Atlantique!

Brian est aux commandes. Il a survolé la Jamaïque pendant la nuit. Nous allons de plus en plus vite. Le jet-stream est au nord-est de Cuba. Quand je me réveille, je reprends les commandes au-dessus de la mer des Caraïbes. La direction et la vitesse sont extraordinaires. Le soleil se couche à 22 h 30, au nord de Porto Rico. A 19 h 30, nous avons eu avec Alan Noble, notre directeur de vol, la «go-decision» pour l'Atlantique. Nous étions au-dessus des dernières terres où on pouvait nous récupérer. Nous avons pris la décision de traverser l'Atlantique. J'ai un pincement au coeur en me rappelant le Chrysler Challenge (ndlr: traversée de l'Atlantique en ballon en 1992). Je me dis qu'à l'époque toute l'expédition, c'était l'Atlantique. Et, maintenant, ce n'est que la fin du vol.

19 mars: je commence à y croire

Lever de soleil sur l'Atlantique. Je trouve la vitesse et la direction exactes que nos météorologues nous proposaient. Je prie pour que le jet-stream nous garde en son centre et ne nous éjecte pas comme il peut le faire parfois. Il paraît que les grands médias sont en effervescence. Mais je n'ose pas penser à toutes ces choses, ni à l'espoir de toute l'équipe, de nos familles et de nos amis. Je commence à y croire, mais je tente de brider mon enthousiasme. Même après le succès, je n'arriverai pas à croire que nous avons réussi. Je remarque qu'il n'y a pas le même laisser-être que dans le Breitling Orbiter 2 où nous n'avions pas de but. Le vent nous poussait alors où il voulait. Peu de temps après le départ, nous avons su que nous ne réussirions pas le tour du monde et, par conséquent, nous pouvions profiter de chaque instant différemment. Cette fois, il y a un but et nous sommes tendus vers ce but. Le ballon vole extrêmement bien. J'ai une pensée émue pour nos techniciens et les ingénieurs. Notre ballon frise la perfection.

20 mars: j'aimerais remercier la main invisible

Le ballon file à 180 km/h. Nos météorologues nous confirment que nous sommes en plein centre du jet-stream. Ce que je remarque, c'est que, pendant nos trois semaines de vol dans notre monde à nous, les gens continuent à souffrir sur cette planète que nous regardons avec tellement d'admiration. Il y a peut-être quelque chose à faire avec le tremplin offert par notre réussite.

Lever du jour à 6h15. Je viens de franchir la côte du Sahara occidental. Brian m'a demandé de le réveiller au moment où nous arriverions sur la ligne d'arrivée. Il fait froid dans la capsule, moins deux degrés. Il reste à peu près quatre heures avant la ligne d'arrivée, sans doute les heures les plus longues de toute ma vie.

Notre rêve vient de se réaliser. Je n'ai pas marqué l'heure exacte. Nous avons risqué de nous perdre à de nombreuses reprises. C'est un travail d'équipe. Le centre de contrôle a assuré notre sécurité et nos météorologues nous ont sortis de tous les pièges. Nous sommes les privilégiés d'une grande équipe que j'aimerais remercier en partageant avec Breitling le résultat de nos rêves les plus fous. J'aimerais surtout remercier la main invisible qui nous a guidés dans les moments les plus difficiles.

Je me retrouve seul dans le cockpit pour cette dernière nuit et cela me plaît beaucoup. Une lune renaissante se lève. J'aimerais aussi renaître à une forme plus profonde, sereine et essentielle de moi-même. Puisse ce vol me permettre de me recentrer sur l'essentiel de la vie et que j'arrive à laisser tomber certaines de mes attitudes irritables ou égocentriques. Je suis si heureux et fier par rapport à tous les gens qui ont cru en nous, Breitling, les autorités, les diplomates, le CIO, la plupart des journalistes et le public.

Les deux «météo-brothers» sont les intermédiaires entre la nature et nous. Bientôt, nous survolons le désert égyptien. Nous négocions l'atterrissage. Tout reste dans l'esprit et le coeur. Plus besoin de l'écrire dans le carnet de bord...

 

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