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Natation 

24 heures pour traverser le lac Léman? Le défi d'un jeune nageur

Le 16 juillet, le Morgien Noam Yaron (24 ans) se lance un défi que seuls deux hommes ont réussi avant lui: la traversée du lac Léman dans le sens de la longueur à la nage en moins de 24 heures. Fou!

Noam Yaron

Si les conditions météo le permettent, Noam Yaron, 24 ans, s’élancera ce vendredi 16 juillet vers 15 heures à l’assaut du Léman dans le sens de la longueur. Son objectif? Nager les 75 km en moins de 24 heures chrono.

Julie de Tribolet

«Je vais pousser mon organisme dans ses retranchements, mais je suis confiant», affirme Noam Yaron. Son défi? Couvrir les 75 km séparant la plage du château de Chillon (VD) des Bains des Pâquis à Genève en moins de 24 heures. Le lac Léman dans sa longueur en mode sprint, en alternant le crawl et le dos. «En termes d’effort, une telle distance en natation équivaut à 300 km de course à pied (!), mais j’adore nager.» Une chance. Il ajoute: «Le lac est un être vivant. Il faudra collaborer avec lui pour aboutir.»

Seuls deux nageurs ont, officiellement, réussi pareille entreprise. D’abord le Nyonnais Alain Charmey, athlète olympique sur 400 m aux Jeux de Munich, qui signa en 1986 un temps de 22 heures et 42 minutes. Trente ans plus tard, Jaime Caballero, nageur espagnol en eau libre, faisait trois petites minutes de mieux. Noam Yaron a tout analysé, revu et corrigé pour sa tentative. En termes d’assistance par exemple. «Je serai suivi par des bateaux, mais je ne pourrai pas m’y agripper. J’aurai droit à une bouée pour m’alimenter, mais pendant vingt-quatre heures, je resterai immergé.» Une première. «A l’entraînement, j’ai couvert plus de la moitié du parcours, soit 40 km, souligne-t-il. J’ai souffert, mais au bout, je me sentais bien.»

Les défis, il adore ça. Sur Instagram, il relève ceux que lui soumettent ses quelque 20 000 abonnés, mais ne le qualifiez pas d’influenceur. Ça l’agace. «Je suis un créateur de contenus. J’essaie de faire des choses qui ont du sens, des choses inspirantes, pas juste des photos. Si demain Instagram disparaît, ma vie continuera. Je ne suis pas une création virtuelle. J’ai des diplômes et des idées.»

Nageur depuis ses 8 ans, le Morgien peut aussi s’enorgueillir d’un titre de champion suisse en eau libre sur 3000 m. L’odyssée du Léman (le nom de son défi, ndlr), il l’a certes imaginée comme une épreuve sportive, mais aussi en termes de développement durable, en encourageant par exemple le ramassage des déchets présents dans le lac.

Installé à Morges, l’athlète doit son prénom singulier au chanteur Noam, l’interprète du générique de Goldorak en 1978. Aîné de deux frères, il est né le 14 janvier 1997. Un papa israélien, patron d’une boîte d’informatique, une maman romande, assistante de direction. «Je suis fier d’être Suisse et Israélien. J’ai hérité du côté méticuleux des premiers et du côté méditerranéen des seconds.»

Matheux, le Vaudois a l’esprit d’entreprise, de l’ambition et une tête bien faite. Le bac en poche, il s’est lancé en autodidacte sur internet, en réalisant des pastilles vidéo, des pubs, etc. «J’ai créé ma propre boîte de contenus tout en faisant un bachelor en marketing et communication.» Depuis cinq ans, son cœur est pris par une nageuse rencontrée «dans les bassins».

Noam Yaron

Le nageur morgien s’est rapproché de l’Association pour la sauvegarde du Léman pour attirer l’attention sur les déchets qui encombrent ce lac, donnant ainsi une dimension écologique à son défi sportif.

Julie de Tribolet

Six mois d’entraînement intensif, toujours en conditions réelles, l’ont amené à son état de forme du moment. Rien n’a été laissé au hasard. Sa combinaison en néoprène, homologuée, a démontré sa valeur quand l’eau du lac était à 5°C. «Je fais pipi dedans, indique-t-il en riant. C’est un très bon moyen naturel de se réchauffer, sachant que le corps perd environ 1°C chaque heure.»

La nutrition constitue un point crucial. «Sur un effort de cette durée, on perd entre 5 et 8 kg!» Noam, qui mesure 1 m 78 pour 70 kg, a planifié avec soin son régime alimentaire. «On a découvert que la perte de poids est liée au manque d’hydratation. On se déshydrate dans l’eau! Il faut donc beaucoup boire. Pour me nourrir, j’aurai des barres protéinées, des pâtes de fruits, des préparations sucrées en poudre à mélanger avec de l’eau et aussi… un café toutes les trois heures.»

Pour mieux appréhender les changements météo, les courants, les tourbillons, le Morgien s’est adjoint les services d’un ingénieur de l’EPFL, créateur de la plateforme Meteolakes.

Dans l’eau, histoire de filer droit, Noam Yaron suivra une ligne d’eau, comme en piscine. Ses lunettes high-tech lui fourniront de précieuses indications. Il ne nagera pas en silence, mais en musique, écouteurs sur les oreilles. Dans sa playlist: des chansons, des concerts live, mais aussi des podcasts et même des sketchs de Florence Foresti! «En mode survie, l’humeur oscille. Je dois pouvoir m’adapter pour ne pas gamberger.»

Résolument optimiste, Noam Yaron ne doute pas qu’il ralliera les deux rives ce week-end. Battra-t-il le record de 22 heures et 39 minutes? Il y croit et espère «prendre du plaisir». Maso, le mec.

Par Blaise Calame publié le 16 juillet 2021 - 08:40