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5G, une mère courage interpelle Federer

Publié samedi 30 mars 2019 à 12:48
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Publié samedi 30 mars 2019 à 12:48 
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En faisant l’apologie du futur réseau de téléphonie mobile, notre Roger Federer national joue sur un terrain glissant. La nouvelle technologie est loin de susciter autant d’enthousiasme dans la population. Pétition, mobilisation des Verts, l’inquiétude est bien réelle. La mère d’une jeune électrosensible a même écrit une lettre au champion. Alors, Roger, 2e service?
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On ne peut pas la rater. Elle est partout, la publicité Sunrise, l’opérateur qui se targue d’atomiser tous ses concurrents dans la course au réseau 5G dans notre pays. Sur des affiches format XXL à tous les coins de rue, sur les réseaux sociaux et sur toutes nos chaînes TV bien sûr. Et tant qu’à investir massivement dans la promotion, a dû se dire la société zurichoise, autant le faire avec l’homme-­sandwich le plus porteur du moment: son «altesse» Roger Federer en personne. Bien vu.

Adulé et admiré par son peuple et bien au-delà, le grand champion, assis sur une fortune estimée à 700 millions de dollars, a encore moins de rivaux dans la pub que sur les courts. C’est dire si le recordman des titres en Grand Chelem (20) et deuxième joueur le plus titré de l’histoire en simple (100 victoires) est l’homme de la situation. Il va cartonner, c’est sûr. Car ce que Rodgeur veut, tous les Suisses et encore plus les Suissesses le voudront aussi. Roulez tambours et sonnez trompettes. On se tape les mains, on sabre le champagne et on s’agglutine autour des petits fours sans micro-ondes.

Pétition et fronde verte

Le hic, c’est que la 5G, cette technologie qui nous promet de rendre minable Lucky Luke, l’homme qui tire pourtant plus vite que son ombre, en matière de rapidité d’accès à internet, ne fait de loin pas l’unanimité. C’est même peu de le dire, à voir exploser le nombre de ceux qui lui résistent depuis quelques semaines. «La pétition d’un jeune contre la 5G fait un carton», titrait 20 Minutes jeudi passé. Et notre confrère d’expliquer que, en un mois, Marvin Grimm, un Glandois de 21 ans, avait récolté 27'000 signatures alors qu’il en attendait au mieux… 300!

>> Retrouver notre dossier:  "Faut-il avoir peur de la 5G?"

Emportés par ce tourbillon anti-5G, les Verts vaudois s’y sont mis à leur tour, demandant un moratoire et invitant toutes les communes du canton à refuser toute installation de nouvelles antennes. Une fronde qui va sans doute en appeler d’autres, à en croire la Neuchâteloise Céline Vara, la jeune vice-présidente suisse du parti écologiste. «Je sais que d’autres sections cantonales sont sur le point de déposer la même demande que les Vaudois.»

Mais pourquoi tant de haine et de rejet envers une technologie dont on dit qu’elle va révolutionner notre mode de vie? Peut-être parce que les gens en ont marre des révolutions, justement. Surtout lorsque le sens et l’utilité de celle qui nous occupe ne sautent pas aux yeux et que, en plus, elle met, ou mettrait, la santé des humains, des animaux, des végétaux, en un mot de la planète, en danger.

La pression monte

C’est en tout cas ce qu’expliquait le biologiste vaudois Daniel Favre à L’illustré, le 21 novembre dernier, dans le cadre d’un dossier intitulé «Faut-il avoir peur de la 5G?». Au cours d’une interview choc, le président de l’Association romande Alerte aux ondes magnétiques (ARA) assurait que la 5G entraînera une augmentation considérable de l’exposition aux champs magnétiques, laquelle s’ajoutera au rayonnement induit par les réseaux 2G, 3G et 4G dont on a déjà la preuve des effets nocifs pour les êtres humains et l’environnement. «Le déploiement de la 5G revient à mener des expériences sur les êtres humains et l’environnement, ce qui est considéré comme un crime en vertu du droit international», assénait le signataire d’un appel paraphé par 170 scientifiques du monde entier (dont deux Suisses), demandant à l’ONU d’ordonner l’arrêt immédiat du déploiement de la 5G.

>> Lire l'interview du scientifique vaudois qui interpelle l'ONU

Une mise en garde que le Conseil fédéral n’a visiblement pas entendue, ou pas voulu entendre, lui qui a attribué aux trois grands opérateurs nationaux les fréquences 5G contre 380 millions de francs, le 8 février dernier. «Par le biais d’une procédure plus qu’opaque, sans aucun débat démocratique préalable, ni en référer au parlement et au mépris du principe de précaution», tonne le conseiller national socialiste Thomas Hardegger, qui a déposé une interpellation en décembre 2018 à propos de la composition, peu équilibrée à son goût, du groupe de travail mandaté par Doris Leuthard pour étudier l’impact écologique de la 5G. «Maintenant que les fréquences sont attribuées pour quinze ans et que les opérateurs ont déjà investi des centaines de millions pour déployer cette technologie, à quoi serviront cette étude et ses résultats, censés tomber en juillet prochain?» interroge le Zurichois.

Rodgeur ne répond plus

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La lettre d’une lectrice jurassienne, qu’elle a souhaité voir publier dans son entier, pour dire son inquiétude et sa déception à son champion favori.

Un groupe auquel Roger Federer n’appartient évidemment pas (là, on taquine). «Lui s’occupe de tennis et nous de la 5G», nous a répondu Thérèse Wenger, porte-parole de Sunrise, autoproclamée répondante du champion. Pourtant, c’est bien à lui, via son clan, que nous avons envoyé et soumis la lettre qu’une lectrice jurassienne, Nathalie F., mère d’une fille de 24 ans souffrant d’électrosensibilité, lui a adressée par notre intermédiaire, en milieu de semaine dernière. Curieusement, c’est Sunrise qui nous a répondu, deux heures à peine après notre e-mail.

Plus tard, nous avons envoyé un second courriel au clan Federer, demandant à ce dernier de s’exprimer sur la déception que son engagement en faveur de la 5G suscite auprès de certains fans, ainsi que sur l’éventuel dégât d’image que cette campagne pourrait provoquer. Deux questions qui sont restées sans réponse. «Je me dis qu’il a dû s’engager en totale méconnaissance de cause», tempère Nathalie F., qui se dit effondrée et triste par la démarche de celui à qui elle vouait une admiration sans borne jusque-là.

La 5G, c’est léger

De son côté, Sunrise affirme suivre scrupuleusement les règles et les lois en vigueur dans notre pays. L’opérateur nous aiguille également sur des experts en matière de rayonnement non ionisant (RNI) de l’Office fédéral de l’environnement ainsi qu’en recherche en électricité et communications mobiles, qui ont, de leur côté, publié des études nettement moins inquiétantes sur la 5G. Selon eux, si la technologie est utilisée dans le respect des normes, elle ne présenterait, au contraire, aucun risque ni pour l’humain ni pour son environnement. «Au vu de ces conclusions et de ces expertises, Roger Federer ne voit pas de raison de ne pas utiliser la 5G», conclut Sunrise, qui fait savoir que 150 localités seront couvertes par ce réseau d’ici à la fin du mois. Parmi elles, quelques romandes comme Ecublens, Belfaux, Autafond et Auboranges, quatre villages du canton de Fribourg.

L’opérateur ne précise pas s’il entend déployer rapidement la 5G à Rapperswil (SG), où Federer a récemment acquis 16'000 m² de terrain pour un montant estimé à 50 millions de francs.


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