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Horlogerie

A Hollywood, Hamilton joue la montre!

On l’appelle l’horloger du cinéma. Et pour cause, les montres du manufacturier d’origine américaine, racheté par Swatch Group en 1974, sont apparues dans plus de 500 films. Elvis Presley et Stanley Kubrick en ont raffolé. Saga d’une marque qui crève l’écran depuis bientôt un siècle.

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Hamilton

John David Washington, héros de «Tenet», le dernier thriller d’espionnage de Christopher Nolan.

Warner Bros. Entertainment

On dira que sa réputation est inversement proportionnelle à sa gamme de prix. Grâce au cinéma, la marque fondée en 1892 en Pennsylvanie a en effet réussi à se forger une solide notoriété avec des montres qui ont de tout temps été accessibles au grand public. Ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas forcément le cas de Rolex ou de Cartier, ses luxueuses concurrentes avec lesquelles elle partage le plus souvent l’écran et le poignet des stars. Le nom de Hamilton est à ce point lié au septième art qu’il est devenu indissociable de celui de Hollywood. L’horloger, entré dans le giron de Swatch Group il y a bientôt un demi-siècle, affirme d’ailleurs entretenir une relation quasi intime avec le légendaire studio. A témoin, l’événement qu’il a créé en 2006 et qu’il célèbre chaque automne depuis, aux Etats-Unis: les Hamilton Behind the Camera Awards, réunissant édition après édition une belle brochette de stars. Natalie Portman, Rami Malek, Mel Gibson ou encore Denzel Washington s’y sont bousculés pour remettre les prix. «C’est pour nous un moyen d’honorer et de reconnaître les talents de celles et ceux qui, derrière leur caméra, travaillent dur pour créer la magie et le glamour que nous voyons sur l’écran», confie Vivian Stauffer, CEO de Hamilton depuis l’été 2020.
 

Hamilton

1912: Au début des chemins de fer américains, il n’existait aucune méthode de chronométrage commune et les accidents étaient fréquents. Ce problème sera résolu grâce à la précision des montres de poche Hamilton, qui recevront par la suite un label d’excellence, «l’exactitude horlogère du chemin de fer».

Hamilton Watch

La première apparition au cinéma d’une «tocante» conçue par le manufacturier helvético-américain remonte à 1932. Une entrée par la grande porte puisque c’est la légendaire Marlene Dietrich qui l’étrennait dans un film entré lui aussi dans la légende, «Shanghai Express». «Le cinéma a toujours été l’un des piliers centraux de l’univers de Hamilton. Au fil des décennies, nos montres ont été le choix des aventuriers et des super-héros, ajoutant de l’authenticité aux scènes charnières. Nous sommes profondément inspirés par le métier des studios et nous continuerons à faire partie de ce voyage chaque fois que cela aura un sens pour l’histoire», poursuit le Vaudois, cinéphile passionné.

S’il arrive parfois que la montre joue un rôle central dans un scénario, ce sont avant tout les acteurs et les actrices qui ont façonné l’aura de la marque. Le public a par exemple découvert un modèle devenu emblématique lors de son apparition au poignet d’Elvis Presley, dans la romance intitulée «Sous le ciel bleu d’Hawaï», en 1961. «Elvis a lui-même choisi ce modèle, première montre électrique au monde à cette époque. Pour toute une génération, elle a été «la montre d’Elvis» avant de devenir, grâce à son boîtier asymétrique et à son style futuriste, celle de l’agent J dans «Men in Black»», raconte Vivian Stauffer, visiblement sous le charme. Parfois présentée comme étant aussi celle de l’aviation (elle équipe par exemple tous les pilotes de la compagnie Air Zermatt depuis dix ans), la marque a multiplié les coups d’éclat au fil de centaines d’apparitions. Parmi les plus prestigieuses, on citera 2001, «l’odyssée de l’espace», le chef-d’œuvre des années 1970 signé Stanley Kubrick. Pour son long métrage, le réalisateur américain avait demandé à Hamilton de créer une montre adaptée aux astronautes du futur, ce qui avait contraint ses ingénieurs à imaginer l’avenir. Un mandat parfaitement rempli qui a contribué au style immortel de l’épopée de science-fiction, estime le CEO.

Hamilton

Roger Moore, qui a incarné James Bond de 1973 à 1985, porte également une montre Hamilton. James Bond ayant passé dans le camp d’Omega entre-temps, l’horloger préfère ne pas s’appesantir sur cette période, histoire de ne pas faire de l’ombre au «grand frère» de Swatch Group.

DR

C’est donc tout naturellement qu’un autre réalisateur de renom, Christopher Nolan, a fait appel à la marque pour équiper Matthew McConaughey, alias Cooper, jouant le rôle d’un ancien pilote de la NASA dans son film «Interstellar», sorti en 2014. Avant de partir dans l’espace, Cooper confie sa montre à sa fille. Une drôle de bonne idée puisque, grâce à la trotteuse de son garde-temps créé expressément pour le film, cela lui permet de lui envoyer par la suite un message en morse qui sauve littéralement l’humanité. «Cette montre est devenue un véritable morceau de l’histoire du cinéma que les gens peuvent porter à leur poignet», se réjouit Vivian Stauffer. Un avis sans doute partagé par Christopher Nolan puisque ce dernier est revenu à la charge une année plus tard, à l’occasion du tournage de «Tenet», son thriller de science-fiction sorti l’an dernier. «Il nous a demandé de fabriquer une montre contenant des fonctionnalités qui n’existaient pas dans notre collection. Relever ce défi a été un sacré pari mais, au vu du résultat, on peut dire aujourd’hui que cela s’est avéré être notre plus grande collaboration hollywoodienne», estime le CEO. Dans la foulée de ces prototypes réservés à Nolan, Hamilton a lancé deux éditions limitées de 888 exemplaires chacune pour le grand public. Les deux dotées d’une trotteuse à pointe bleue ou rouge en référence aux couleurs phares du film.

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Hamilton a aussi créé une montre futuriste pour le film «2001, l’odyssée de l’espace». 

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Vingt ans plus tôt, en 2001, c’est Michael Bay qui avait appel au savoir-faire de Hamilton pour son film «Pearl Harbor». Une collaboration coulant de source puisque la montre que Ben Affleck porte à l’écran était celle qui équipait les militaires de l’armée américaine. Facilement reconnaissable, elle a assurément contribué à renforcer la crédibilité et l’authenticité du scénario. Subtil mélange de l’esprit américain et de la précision helvétique, la marque a ainsi pu proposer la montre idéale pour chaque film, ce qui lui a permis de se faire une place très enviée au cœur du cinéma et de son studio le plus emblématique. Près de 90 ans de partenariat avec Hollywood, se réjouit Vivian Stauffer, qui parle de passion et de créativité pour expliquer ces noces de chêne. «Pour nous, les montres font bien plus que dire l’heure. Elles racontent une histoire du passé, du présent et du futur. Nos partenariats sont autant d’opportunités de revisiter les pièces qui font le prestige de la marque, autant de traits d’union entre hier et demain. En survolant notre héritage, on peut dire que nous avons créé une véritable capsule temporelle pour le poignet.» Dans sa volonté de perpétuer cette tradition, Hamilton finance un projet visant à soutenir les réalisateurs en herbe. «Nous leur avons demandé de réaliser un film sur l’histoire de la marque qui rende hommage à notre héritage américain et aux plus grandes dates de notre histoire.» L’art de passer d’un tour de cadran du rôle de figurant à celui d’acteur principal…

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Alice Eve dans «Men in Black 3» a choisi de porter une montre du groupe helvético-américain pour s’afficher à l’écran. 

Entertainment Pictures / Alamy Stock Photo

 

«J’ai besoin d’une montre pour un projet dont je ne peux pas vous parler»

 

Pour «Tenet», le dernier thriller de science-fiction signé Christopher Nolan, la marque biennoise a rendu l’impossible possible. Chef décorateur de la production, Nathan Crowley en est encore ébahi.

C’est sous le nom de code du «Protagoniste» que John David Washington joue l’agent secret de la CIA dans Tenet, l’une des rares grosses productions sorties en 2020, en pleine pandémie. Armé de son Hamilton Khaki Navy BeLOWZERO en titane créée spécialement pour le film, le fils de Denzel tente de sauver le monde en voyageant à travers un univers obscur d’espionnage international dans une mission qui se déroule au-delà du temps réel. «Je les ai appelés en leur disant: «J’ai besoin d’une montre pour un projet dont je ne peux pas vous parler. Je ne peux d’ailleurs en parler à personne», raconte Nathan Crowley, chef décorateur de l’œuvre, qui a mis en place le concept.

«On s’est rencontrés à plusieurs reprises avec l’équipe de l’horlogerie. Ces gens aiment le cinéma, ça les stimule, c’est évident. Au final, ils ont réussi l’impossible: allier deux technologies dans une seule montre. J’avais en effet besoin d’une montre traditionnelle, à aiguilles, qui ressemble à une montre militaire ordinaire, mais dotée d’un écran digital à l’intérieur, avec la tige du remontoir directement connectée au système digital afin de déclencher un compte à rebours. Celles et ceux qui ont vu le film voient exactement de quoi je parle. Les ingénieurs de la marque ont réussi ce tour de force en dix-huit mois. J’en suis encore impressionné. Faire une montre sur mesure aux caractéristiques uniques, il n’y a qu’eux pour relever ce genre de défi», s’enthousiasme le technicien britannique, visiblement sous le charme.

Par Christian Rappaz publié le 26 novembre 2021 - 11:55