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Décès de Belmondo

Ah! la Bébel vie! Un hommage en citations

Impossible que ça vous ait échappé: Jean-Paul Belmondo s’est éteint le lundi 6 septembre. Hommage national, émotion internationale, mais aussi très locale, voire intime, car il faisait partie de toutes les familles. Souvenirs d’un immortel qui a tapissé notre mémoire collective de toutes les couleurs.

French Actor Jean-Paul Belmondo (Photo by Richard Melloul/Sygma/Sygma via Getty Images)
Sygma via Getty Images

«Tranquillement»? C’est ce qu’il a affirmé, son ami et avocat Michel Godest, le lundi 6 septembre: «Il s’est éteint tranquillement ce matin.» Tranquillement?!? Les hélicoptères et les trains auxquels il s’accrochait, ainsi que les voitures qu’il pilotait, sont toutes et tous à la casse depuis longtemps, bouffés par la rouille, et on veut nous faire croire que Bébel est parti tranquillement? Pas de ça avec nous. Il est évident qu’il s’est envolé en faisant du trampoline sur le lit de son domicile parisien, à Saint-Germain-des-Prés, en attrapant un nuage, puis une étoile, puis une galaxie, et s’écriant, avec un grand salut de la main: «Tagada-tsoin-tsoin! Saint-Germain, Saint-Frusquin, Saint-Glinglin, me voili, me voilà!»

«Une paella sans coquillages, c’est comme un gigot sans ail, un escroc sans rosette: quelque chose qui déplaît à Dieu!»
(Un singe en hiver, Henri Verneuil, 1962)

Un monde sans Bébel ne déplaît pas seulement à Dieu. C’est un monde moins drôle, moins généreux, moins virevoltant, moins gouailleur. Un monde où les derniers de la classe, les cancres, les indisciplinés perdent un modèle. Un monde où les gueules cabossées se retrouvent en minorité face aux Ken et Barbie de la téléréalité. En 2013, Quentin Tarantino avait été invité au Festival Lumière à Lyon pour lui rendre hommage: «Même son nom, Belmondo, n’est pas seulement le nom d’une star du cinéma, et ce n’est pas seulement le nom d’un homme: c’est un verbe, un verbe qui représente la vitalité, le charisme, la force de la volonté. Il représente la super-cool attitude.» Mais oui, Tarantino lui-même. Car si Bébel n’a jamais répondu aux sirènes de Hollywood – «sinon il aurait fallu apprendre l’anglais, et alors là…» –, son influence fut et reste mondiale. A l’annonce de son décès, Variety, le plus important magazine de cinéma américain, a prétendu que ni Warren Beatty dans Bonnie and Clyde, ni Robert De Niro dans Taxi Driver n’auraient joué pareillement s’ils n’avaient pas vu l’A bout de souffle ou le Pierrot le fou de Godard. De même, Steven Spielberg a toujours raconté qu’Indiana Jones devait tout ou presque à L’homme de Rio.

«Quitter son pays, sa famille, son armée, ses copains, franchir les océans pour voir une donzelle s’agiter dans un bruit de casseroles, ça vous paraît normal?»
(L’homme de Rio, Philippe de Broca, 1964)

On le jugeait franchouillard, il envoie valdinguer ce cliché dans les hommages que la presse mondiale lui a rendus la semaine dernière. Le New York Times a salué sa «beauté brute» en le comparant à Humphrey Bogart, Marlon Brando et James Dean: comme eux, «M. Belmondo a forgé sa réputation en jouant des personnages durs, sans sentiments, voire antisociaux, et en rupture avec la société bourgeoise. Plus tard, il a accepté des rôles plus populaires, sans pour autant renoncer à son audace magnétique.» «Antihéros nonchalant» pour le Washington Post. «Star française jusqu’à la moelle» pour le britannique The Guardian. «Icône du cinéma» pour l’espagnol El País. «L’homme pour qui rien n’était impossible» pour l’allemand Die Welt…

>> Lisez aussi: Belmondo, formule 1 du cinéma français

Jean-Paul Belmondo:
«Quand je te regarde, c’est une souffrance.»
Catherine Deneuve:
«Pourtant, hier, tu disais
que c’était une joie.»
Jean-Paul Belmondo:
«C’est une joie
et une souffrance.»
(La sirène du Mississippi,
François Truffaut, 1969)
C’est dingue: même à l’annonce de sa mort, Jean-Paul Belmondo donne autant envie de pleurer que de sourire à la simple évocation de son nom. Une souffrance et une joie. Ou plutôt un soulagement: cet AVC du 8 août 2001… Vingt années de tristesse, à le voir apparaître, disparaître, réapparaître, affaibli, peinant à jacter malgré des efforts bien plus surhumains que ses cascades. Nous étions toutes et tous touchés. D’ailleurs, vous avez remarqué? A côté des hommages internationaux et des pleurs des grands de ce monde, des larmes de Delon, son meilleur ennemi, ou du chagrin de Jean Dujardin, son fils spirituel, jusqu’aux frissons de Macron, qui lui a accordé les Invalides comme si peu d’artistes avant lui à part Aznavour ou d’Ormesson, un nombre incroyable de journaux locaux, en France, en Belgique ou, notamment dans Le Nouvelliste, en Suisse ont choisi de donner la parole à des gens qui l’avaient juste rencontré, ne serait-ce que pour un repas ou une visite de courtoisie. Ce Catalan qui se souvient que Bébel lui avait emprunté sa voiture pour aller faire des courses. Ce patron d’hôtel qui le faisait rire en piégeant son lit grâce au vieux gag des draps en portefeuille. Quelle autre star aura été si proche de son public?

UNSPECIFIED - AUGUST 02: young Jean-Paul Belmondo with his brother Alain playing in Clairefontaine, c. 1940 (Photo by Apic/Getty Images) VOLET ENFANCE/FAMILLE HD

De 1942 à 1944, le jeune Belmondo vit à Clairefontaine (Yvelines) et improvise des spectacles avec son frère Alain, né en 1931, futur acteur et producteur.

Getty Images

«Qu’est-ce que je peux faire? J’sais pas quoi faire! Qu’est-ce que je peux faire? J’sais pas quoi faire! Qu’est-ce que je peux faire? J’sais pas quoi faire!»
(Pierrot le fou, Jean-Luc Godard, 1965)

1937. Le petit Jean-Paul a 4 ans lorsque son père, le sculpteur Paul Belmondo, réalise un buste de son fiston. Papa emmène le petit tous les dimanches au Louvre, sous l’œil bienveillant de la maman, Madeleine, qui est peintre. Jean-Paul, lui, ce sera, comme la plupart de ses quatre enfants et six petits-enfants, le théâtre. Sans Godard et A bout de souffle en 1960, il y serait resté. Il lui faudra vingt-sept années pour y revenir. Entretemps, sa décontraction sonne non seulement comme une révolution, mais aussi comme une revanche du dernier de la classe, du luron bondissant des amis du Conservatoire de 1951 (avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Anouk Aimée, Bruno Cremer et Claude Rich, quelle volée!), du délit de faciès aussi: «Tout le monde trouvait que j’avais une sale gueule. Alors une fois, ça va, deux fois, ça va, trois fois, non! Ma mère m’a dit: «Comme ton père, tu devras avoir du courage.» Et je n’ai jamais manqué de courage, ce qui fait que je suis là.» Un beau pied de nez à la Comédie-Française qui lui refusa l’entrée. Et aux jurés de laquelle il avait adressé un bras d’honneur.

«Les femmes ne veulent jamais faire en huit secondes ce qu’elles veulent bien faire huit jours après.»
(A bout de souffle, Jean-Luc Godard, 1960)

Dans Première, en 1995, il se souvenait: «Je trouvais le cinéma très emmerdant. C’est avec Godard que j’ai eu la révélation. Là, liberté totale.» Sauf que, «quand je suis arrivé en Italie, les journalistes m’appelaient «Il Brutto». J’étais tout fier: il brutto, la brute… On m’a expliqué que ça voulait dire «le laid»! Chez nous, il y avait Jean Marais, Georges Marchal, Henri Vidal… que des beaux mecs! René Clair avait dit: «Oui, il est très bien… Mais il a une sale gueule! Il ne peut pas faire de cinéma.» La révolution d’A bout de souffle, c’est aussi que le jeune premier n’était pas le «beau»… Tout à coup, je me suis retrouvé dans les bras de Sophia Loren, de Gina Lollobrigida et de Claudia Cardinale!» Les femmes. Toutes les femmes de sa vie. Mais ça, c’est une autre histoire. En 1952, son professeur au Conservatoire, Pierre Dux, avait lui aussi tranché: «Avec la tête qu’il a, il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras, cela ne serait pas crédible.» «Le charme, répondra Belmondo quelques années plus tard, est la capacité de faire oublier aux autres que vous ressemblez à vous.»

FAR5383588 Canton Vallese (Suisse), 03/01/1964 Jean-Paul Belmondo on holiday in Valais with his wife Elodie Constantin, 1964 (b/w photo); it is possible that some works by this artist may be protected by third party rights in some territories. Photos: Bridgeman Images 

En 1959, Belmondo met la bague au doigt d'Elodie Constantin, sa première épouse. Ici en 1964 lors de vacances en Valais.A leur divorce en 1968, ils ont trois enfants.

Bridgeman Images

«J’en ai assez d’être aimé pour moi-même, j’aimerais être aimé pour mon argent.»
(Docteur Popaul, Claude Chabrol, 1972)
Docteur Belmondo et Mister Bébel. Celui de la Nouvelle Vague, chez Godard, Chabrol ou Truffaut. Puis celui du Guignolo, de L’animal, de L’as des as et surtout du Magnifique, chez Georges Lautner, Henri Verneuil, dans la collection VHS René Château et surtout chez Philippe de Broca. Jean-Paul laisse les deux. Souvent incompatibles mais pas toujours. L’art ou le cochon… pardon, l’art ou le pognon. Parfois les deux. «Le problème, avouait-il en 1985 dans Libération, c’est que les scénaristes essaient de se mettre à ma place. Ils me proposent ce qu’ils croient que j’attends d’eux.» Le lundi 6 septembre, 6,6 millions de téléspectateurs ont regardé les films que les chaînes ont dégainés à l’annonce de sa mort (normalement, elles réagissent un jour plus tard!). Un vrai rappel: dans les années 1970 et 1980, Bébel était numéro un au box-office francophone, succès dont il se félicitait en montres, voitures et propriétés. Un véritable empire bâti sur une filmographie à, attention les yeux, 160 millions de spectateurs. Moulinet des bras: «Je n’ai vraiment pas de regrets. Et si vous me donnez à choisir entre une carrière de maudit qui joue devant 100 personnes avec des critiques dithyrambiques et un acteur trop populaire, je n’hésite pas: je recommence demain.»

«On vient de se taper 200 km à pied en six jours. Ça vaut bien un petit week-end!»
(Week-end à Zuydcoote, Henri Verneuil, 1964)
A-t-il jamais pris son statut au sérieux? Il était entré en cinéma, un monde très coincé dans les années 1960, avec nonchalance. Il n’a jamais cessé de le tourner en dérision. S’amuser à entrer dans un restaurant guindé du boulevard Poissonnière en mimant, avec son copain Marielle, un air d’abruti, puis sauter sur les tables et shooter les plats? Il l’a fait. Installer une armoire à glace devant la porte de la chambre de François Périer pendant le tournage du Stavisky d’Alain Resnais, frapper à la porte et entendre la femme de Périer dire «C’était qui?» et l’autre de répondre «Que moi»? Il l’a fait. Placer, juste pour entendre des hurlements, des petits crocodiles dans les chambres des autres clients de l’hôtel qui accueillait l’équipe de L’homme de Rio? Il l’a fait. Jouer à la pétanque dans le couloir d’un hôtel de luxe? Il l’a fait. Emballer le sapin de Noël d’un palace avec du papier de toilette? Suivez mon regard. S’amuser à une course-poursuite de bolides sur les Champs-Elysées avec Johnny Hallyday? Pas la peine de vous dire qui. Même Sophie Marceau, qui a partagé l’affiche avec lui dans Joyeuses Pâques, a confirmé: «Jean-Paul, ce n’est que des anecdotes. Parce que c’est un gros déconneur! On faisait des concours de Malabar, celui qui ferait la plus grosse bulle… Moi, ça va, j’avais 16 ans, mais lui, il avait quelques années de plus.» Trente-cinq de plus exactement.

«Le meilleur moyen de faire croire que tu connais tout, c’est de ne jamais avoir l’air étonné. Parce que toi, tu as souvent l’air étonné, c’est un défaut.»
(Itinéraire d’un enfant gâté, Claude Lelouch, 1988)
Combien de gars, de papas, de grands-papas se sont crus vrais mecs en imitant Bébel, ses costumes blancs, ses cols roulés, ses blousons de cuir, ses jeans moulants, ses rouflaquettes, ses lunettes de soleil, ses cigarettes et ses cigares? Il reste un livre à écrire sur la testostérone que l’acteur a déversée sur plusieurs générations. «Dans un film d’action, faut pas hésiter. Si le gars finit en lopette, c’est pas bon. Le public n’aime pas ça. Après La sirène du Mississippi, quand j’allais à des matchs de boxe, les mecs me disaient: «Mais comment! Vous vous faites torturer par cette gonzesse! Vous devriez l’étrangler à la fin, et vous bougez pas…» Ils étaient furieux.» Propos de 1985. Autres temps et, heureusement, autres mœurs.

«Un marchand de tableaux est un voleur inscrit au Registre du commerce.»
(Le guignolo, Georges Lautner, 1980)
Saviez-vous que Bébel n’est, en fait, pas seulement le diminutif de Belmondo? Quand ses vieux copains turbulents du Conservatoire ont constaté qu’il s’amenait chaque jour avec le même pull mité, ça leur a rappelé Jean Gabin dans Les bas-fonds. Un film de Jean Renoir où le personnage s’appelait Pépel Wasska. «J’étais fier qu’on puisse me comparer d’une façon ou d’une autre à Gabin… Et sans qu’on sache vraiment pourquoi, ça s’est transformé en Bébel. Sur le tournage d’Un singe en hiver, alors que je m’inquiétais pour l’avenir, Gabin m’a dit: «Regarde ta fiole! Quand t’auras des pailles blanches, tu plairas encore aux gonzesses. Te magne pas la devanture et laisse couler l’Orénoque.» A la suite d’une faute de frappe, Pépel est devenu Bébel, et c’est resté. Au départ, ça me faisait bizarre. Maintenant, ça me flatte d’avoir son surnom», écrivait l’acteur en préface du livre Plus Bébel la vie. Gabin, Bébel… seul Lino Ventura peut se glisser entre ces deux noms. Les boss, les tôliers du cinéma français. Désormais, la place reste à repourvoir.

«Je sais bien que t’as pas buté l’autre imbécile! Mais t’en as fait flinguer d’autres! Si on rajoute à ça le racket, la drogue, les putes, ça fait une jolie carrière, quand même! Les vingt ans que tu vas prendre, c’est un peu la médaille du travail qu’on va te remettre.»
(Flic ou voyou, Georges Lautner, 1979)
Plus de 80 films. Une trentaine de pièces de théâtre. Ce ne sont pas vingt ans mais septante que Belmondo nous a donnés. Et pourtant, ces médailles du travail sont venues tardivement: une Palme d’or honorifique à Cannes en 2011, un Lion d’or pour la carrière à Venise en 2016… et un César d’honneur en 2017. Cette dernière statuette, première voiture compressée de sa vie, avait failli ne jamais arriver. Il fuyait la cérémonie depuis quatre décennies et avait même refusé son couronnement comme meilleur acteur dans Itinéraire d’un enfant gâté en 1989. Pourquoi? Parce que le sculpteur César avait dit du mal de son père, Paul! «Ne vous encombrez pas avec des angoisses, amusez-vous», professait Bébel à ses héritiers Dujardin, Gilles Lellouche, Vincent Lindon, Clovis Cornillac. Sauf qu’il n’y arrivait pas toujours lui-même. La politesse du désespoir. Le mardi 7 septembre, sur BFMTV, Jean Dujardin a raconté comment, avec les amis précités, ils se sont réunis pour une veillée, «pour le célébrer, pour parler de lui, pour rire, pour pleurer aussi. Il aurait souhaité ça. Qu’on se retrouve, qu’on mange ensemble, qu’on prenne du limoncello, qu’on parle de cinéma, qu’on fasse les cons, qu’on parle de tout… C’est vrai qu’on perd un guide… Bizarrement, on ne pensait pas qu’il était mortel. Apparemment si. La mort ne va pas à grand monde, mais certainement pas à Jean-Paul Belmondo.»

hommage Belmondo

Absent aux Invalides, Alain Delon, 85 ans, a assisté à la cérémonie en l’église Saint-Germain-des-Prés, accompagné de son fils Anthony. La foule l’a applaudi. Visages graves et pause clope pour Gilles Lellouche et son complice Jean Dujardin, tous deux fans ultimes de Bébel.

Abaca/Dukas, Bestimage/ Dukas

«Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent.»
(Cent mille dollars au soleil, Henri Verneuil, 1964)
Sur la balance de la douleur, celle d’Alain Delon n’est pas dans la catégorie poids légers. «Complètement anéanti», l’acteur a sangloté à l’antenne de CNews: «Je vais essayer de m’accrocher pour ne pas faire la même chose dans cinq heures… Remarquez, ce serait pas mal si on partait tous les deux ensemble. C’est une partie de ma vie. On a débuté ensemble il y a soixante ans.» Belmondo-Delon.
Delon-Belmondo. Deux parallèles qui se rejoignent à l’infini. Et c’est bien mieux que se faire la gueule pendant des années parce que, sur Borsalino, leur collaboration, Delon a mis son nom deux fois sur l’affiche. L’infini plutôt. Et au-delà. «C’était des disputes d’amoureux, avait confié Bébel. On était de grands copains de cinéma. Il y avait assez de place pour nous deux.» Et de préciser: «Je ne parle jamais de politique avec Delon.» Belmondo votait systématiquement contre les extrémismes et avait combattu Marine Le Pen.

«Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur? Un voleur, de temps en temps, ça se repose.»
(Flic ou voyou, Georges Lautner, 1979)
Belmondo a toujours aimé faire le con. Sauf en 1974. C’est l’année de la fracture. Jusque-là, il valdingue avec bonheur entre films d’auteur et productions populaires. Puis arrive Stavisky d’Alain Resnais. L’acteur a placé beaucoup d’espoir dans le film, qui se fait étriller à Cannes et ne rencontre pas le public espéré. C’en est trop: Belmondo, blessé par les critiques, devient Bébel et se tourne quasi définitivement vers le divertissement pur. Son film suivant, Peur sur la ville, en 1975, dans lequel il exécute lui-même des cascades risquées, remporte un immense succès. La fracture n’est pas physique, mais artistique: «Pour l’intelligentsia parisienne, j’étais devenu un cascadeur, je ne savais plus jouer la comédie.»

Peur sur la ville de HenriVerneuil avec Jean Paul Belmondo, 1975 CASCADE ET SPORT

En 1975, dans Peur sur la ville, d’Henri Verneuil, il court sur les toits des Galeries Lafayette, à Paris, et se fracture même la main droite en s’accrochant à une gouttière. Ce qu’il en disait? «Je prends mon pied, sans penser au danger. Je calcule toujours les risques avant mais, quand c’est parti, je ne recule pas. Si un jour j’en ai assez, alors je dirai les textes de Duras.»

©Rue des Archives/Collection CS

Arrière les Esquimaux! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos,à vos pingouins.»
(Un singe en hiver, Henri Verneuil, 1962)
La RTS a rappelé la semaine dernière cette interview de 1972 accordée au journaliste André Nusslé où Belmondo confiait: «Quand je serai mort et sous terre, je m’en fous complètement de ce que l’on dira de moi. Ce qui compte, c’est maintenant. Je vis maintenant. Le cinéma est une chose présente et vivante. Je ne fais absolument pas des films pour laisser des choses derrière moi.» Désolé, «Magnifique», ça, c’est la principale chose que tu as ratée dans ta vie. Tu nous en laisses tant. Tant mieux pour nous. Il nous suffit à présent de rembobiner les films, en commençant par celui qui a fait dire à Macron, le jeudi 9 septembre aux Invalides, les mots «rien à foutre» qu’on imaginait ne jamais entendre de sa bouche:

«Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre!»
(A bout de souffle, Jean-Luc Godard, 1960)


* Directeur artistique du Festival international de films de Fribourg

Par Thierry Jobin* publié le 14.09.2021