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© David Crane via www.imago-images.de

Alicia Keys, celle qui faisait pleurer Bob Dylan

Publié dimanche 22 mars 2020 à 12:34
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Publié dimanche 22 mars 2020 à 12:34 
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Dans le showbiz américain, on la surnomme Maestro. Pianiste virtuose, auteure-compositrice inspirée et inspirante, Alicia Keys (39 ans) est une artiste à part, et pas uniquement parce que, depuis trois ans, elle refuse de se maquiller.
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«Je pensais à Alicia Keys, sans pouvoir retenir mes larmes. Quand elle est née à Hell’s Kitchen, je vivais ma vie à fond...» La voix rauque est identifiable entre mille. C’est celle de Bob Dylan, 78 ans, qui, en 2006, avoue dans sa chanson «Thunder on the Mountain» avoir pleuré en écoutant la «nouvelle reine de la soul», comme la définit le magazine Rolling Stone. La jeune New-Yorkaise, 25 ans à l’époque, est scotchée.

DR
Alicia Keys est fière de ses origines métissées. On la découvre toute petite, à gauche, avec sa maman Terri Augello, d’origine italo-irlandaise.

Pas sûr que, en dépit d’un talent quasiment inné pour la musique – elle découvre le piano à 4 ans, écrit ses premières chansons à 11, signe ses premières compositions à 14 – Alicia Keys serait montée si haut si sa mère n’avait su la convaincre d’abandonner Alicia Wild, le nom de scène de strip-teaseuse (!) qu’elle s’était d’abord choisi... Major de sa promotion au sein de la Professional Performing Arts School of Manhattan – l’équivalent du collège de Fame, pour les nostalgiques – à 16 ans, elle optera finalement pour le pseudonyme Alicia Keys, clin d’œil aux clés de solfège de son enfance. Un passe pour la gloire.

Sevrée de jazz et de classique – elle vénère Chopin –, dotée d’une voix de contralto couvrant trois octaves, Alicia Keys puise son inspiration chez Marvin Gaye et Stevie Wonder. Elle ouvre une voie, aux confins du r’n’b et du hip-hop, qu’emprunteront bientôt Beyoncé, Rihanna et les autres. Au sortir du collège, elle obtient une bourse pour l’Université Columbia. Elle tiendra quatre semaines... L’artiste a soif d’exister. Elle veut chanter l’amour et la condition féminine.

Un chasseur de têtes du label Columbia – un hasard – l’embauche, mais elle refuse de se laisser formater. Miss Keys ne transige pas. En 1998, le magnat du disque Clive Davis la fait signer chez Arista Records. Elle a 17 ans. Deux ans plus tard, le label J Records est lancé sur son seul nom, ou presque. L’immense Isaac Hayes, envoûté, la coache lors de l’enregistrement de «Songs in A Minor» – «Chansons en la mineur» en français, spécificité dont le disque est dépourvu! –, son premier album solo qui sort en juin 2001. Il se vendra à 12 millions d’exemplaires! Un titre en particulier, «Fallin’», émeut l’opinion, et plus encore après le 11 septembre.

Kevin Mazur
Avec Rihanna, Madonna et Beyoncé (en haut), à New York en mars 2015.

Près de vingt ans plus tard, celle que l’on surnomme désormais Maestro ou AK-47 – un comble pour une pacifiste – croule sous les Grammy Awards! La sortie mondiale d’«Alicia», son 7e album, prévue le 20 mars et repoussée au 15 mai, a notamment été précédée en janvier par la mise en ligne sur YouTube d’«Underdog», un très joli titre coécrit avec Ed Sheeran. «Enfin une chanson où il n’est question ni de sexe, ni de drogue, ni de claquer du fric, libre d’idioties et de déclarations polémiques», salue un internaute. Ça nous changera.

La petite Alicia Lila-Sarah Augello-Cook, née le 25 janvier 1981 à Harlem, a trimé pour en arriver là. Terri Augello, sa mère, d’origine italo-irlandaise, travaillait comme assistante juridique et actrice à temps partiel. En 1985, elle parvient à placer sa fille unique dans un épisode du «Cosby Show», à une époque où personne encore ne soupçonne l’acteur Bill Cosby d’être un pervers... Craig Cook, le papa, Afro-Américain, est stewart. La gamine a 2 ans quand ils se séparent. Elle grandira avec sa mère, qui a déménagé à Hell’s Kitchen, et son père lui donnera deux demi-frères, prénommés Clay et Cole.

DR
Alicia Keys observant tout sourire sa grand-mère afro-américaine en train de préparer à manger.

Pour rompre la monotonie de son existence solitaire, elle choisit le piano, puis le chant. «J’ai écrit mes premières chansons à 11 ans, en sortant d’une salle de cinéma où j’étais allée voir "Philadelphia"», racontera-t-elle.

En deux décennies, Alicia Keys s’est hissée au rang d’icône américaine. En 2008, associée au rappeur Jay-Z et à la chanteuse Joss Stone, elle compose le thème de campagne du sénateur Barack Obama, futur président. L’année suivante, toujours avec Jay-Z, elle signe le superbe «Empire State of Mind», aussitôt promu nouvel hymne de New York. Elle lance sa société, AK Worldwide, et sort une ligne de bijoux (The Barber’s Daughters).

Sa vie privée reste privée. En 2009, elle nie farouchement toute relation avec le rappeur et producteur Swizz Beatz, de son vrai nom Kasseem Dean, alors qu’ils s’aiment depuis un an déjà. Problème: il est marié et, bien qu’une procédure de divorce soit engagée, son épouse Mashonda Tifrere soutient qu’Alicia Keys fait tout pour les séparer… Un rare écueil dans son histoire. La chanteuse garde le silence, même après leurs fiançailles célébrées le 26 janvier 2010 et confirmées... quatre mois plus tard. Elle devient Mme Dean le 31 juillet 2010, en Corse. Le couple aura deux garçons: Egypt Daoud (9 ans) et Genesis Ali (5 ans).

GC Images
Alicia Keys et son mari Swizz Beatz tout de vert vêtus au gala du Met, à New York.

Artiste adulée, épouse et mère comblée, Alicia Keys intervient volontiers dans le débat public. Donald Trump? Elle le juge responsable «du regain de racisme, de sexisme et d’inégalités» qui frappe son pays. Cofondatrice de l’association Keep a Child Alive, elle récolte des fonds pour soigner les enfants victimes du sida et soutenir leurs familles, en Afrique et en Inde.

Ces dernières années, c’est en tant que féministe qu’elle s’est surtout distinguée, en lançant le mouvement #nomakeup, qui dénonce le maquillage comme instrument d’une pression sociale avilissante pour les femmes. Tout est parti d’une tribune, publiée en juin 2016 sur le site web Lenny Letter. Alicia Keys y révèle son «insécurité à sortir non maquillée», se moquant de sa «superficialité». «Désormais, je ne veux plus me couvrir, écrit-elle. Ni mon visage, ni mon esprit, ni mon âme, ni mes pensées (...). Rien.» Elle tiendra parole.

C’est au naturel qu’elle est apparue, trois saisons de suite, en tant que jurée de «The Voice» à la télévision et c’est encore sans fard à joues qu’elle a présenté les cérémonies des Grammy Awards 2019 et 2020. Ce qu’elle ne dit pas, mais que Dotti, sa «maquilleuse» attitrée, balancera sans vergogne au magazine W, c’est qu’entretenir ce teint de pêche lui coûte désormais une petite fortune en soins. Nobody’s perfect.

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Alicia Keys, hilare, en 2018, avec ses deux garçons, Egypt (t-shirt vert) et Genesis, sur ses genoux, et Kasseem David Jr., le fils de son époux né d’une autre relation.

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